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MedTech / Les opportunités de la médecine 2.0

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MedTech / Les opportunités de la médecine 2.0

Des robots chirurgicaux pour accompagner les gestes des médecins, la réalité virtuelle pour la prise en charge des patients, des logiciels pour aider au suivi… Les MedTech s'attaquent aux usages dans la médecine, au bénéfice des patients, des praticiens et de la société tout entière. Alors que ces nouvelles technologies croisent les champs disciplinaires, Auvergne-Rhône-Alpes est déjà un terrain propice pour les entreprises du secteur.

LA TECHNOLOGIE AU SERVICE DE LA SANTÉ

Des laboratoires performants. Des industriels innovants. Un berceau de la médecine et de la santé à Lyon. Autant de clignotants au vert pour positionner Auvergne-Rhône-Alpes comme une place où les MedTech peuvent se développer.

La France compterait près de 1 400 sociétés développant des dispositifs médicaux, selon le Panorama de la filière industrielle des dispositifs médicaux en France. Pluridisciplinaires par essence, les MedTech combinent santé et nouvelles technologies. Elles font appel à l'informatique, la mécanique, le textile, la robotique, l'intelligence artificielle… Des secteurs d'activités présents, avec excellence, en AuvergneRhône-Alpes.

Entre les biotechs et la e-santé, elles ont ainsi toute leur place dans la région, terre historique d'innovations industrielles et médicales, pour développer des thérapies innovantes, des parcours de santé personnalisés, des dispositifs pour améliorer la qualité de vie des patients, des solutions pour optimiser le pilotage des outils de santé pour les médecins… Avec des temps de développement plus courts qu'un médicament par exemple, les technologies MedTech arrivent rapidement sur le marché.

Sauf qu'elles doivent convaincre, démontrer leurs effets cliniques, faire preuve de pédagogie pour utiliser des protocoles méconnus et se confronter à un environnement réglementaire français long et peu propice. Carole Eyssautier, cofondatrice de Capsix Robotics, à Lyon, résume le challenge des MedTech : « Nous proposons une double rupture : une rupture technologique et une rupture d'usage. Difficile pour les financeurs, les accompagnateurs, voire les professionnels de santé et les utilisateurs finaux de nos solutions de nous cataloguer. » Autre challenge à relever : imaginer un business model pour des dispositifs qui ne bénéficient pas, pour la plupart, d'un remboursement de la Sécurité sociale.

« La France dispose d'excellents ingénieurs qui ont la capacité à innover et à détecter les sources d'innovation. Mais il est difficile de faire bouger les lignes sur les remboursements et pour que l'innovation soit payée à son juste prix par la Sécurité sociale », déplore Fabrice Paublant, cofondateur de Hara (Health angels Rhône-Alpes) et dirigeant d'entreprises de MedTech. La problématique du marché se pose alors. Les MedTech valident leurs concepts avec les professionnels de santé et commercialisent leurs solutions auprès des entreprises, des mutuelles, voire des particuliers en direct. Des changements de paradigme dont les entreprises locales ont parfaitement saisi les enjeux.

DES FINANCEMENTS DE PLUS EN PLUS IMPORTANTS

Comme pour les biotechs ou toute entreprise technologique à potentiel, les financements restent un enjeu crucial. Pour des entreprises aux positionnements parfois hybrides convaincre les investisseurs demeure un challenge.

Plus de 25 M€ pour EyeTechCare qui développe des dispositifs médicaux thérapeutiques non invasifs pour le traitement du glaucome. 35 M€ pour Biom'Up qui conçoit des dispositifs médicaux implantables à base de collagène. « Les medTech arrivent à des financements relativement élevés, analyse Florence Agostino-Etchetto, directrice générale de Lyonbiopôle.

La complexité réglementaire incite d'ailleurs à des besoins de financement de plus en plus importants. De nombreux fonds d'investissements interviennent dans la Medtech car ils ont aussi pris conscience des enjeux de ces innovations. » Si tous ne financent pas la MedTech, les fonds régionaux comme CEA Investissement, Kreaxi, Sofimac ou encore Mérieux Développement accordent des lignes aux entreprises à potentiel qu'ils estiment se positionner sur les mêmes enjeux que les biotechs. Bpifrance mais aussi la Région Auvergne-Rhône-Alpes financent ces entreprises.

Un constat partagé par Fabrice Paublant, cofondateur de Hara et entrepreneur : « L'Europe exige des procédures plus strictes et demande que l'on fasse la preuve du bénéfice clinique. Un marquage CE et la preuve sur un ou deux marchés pilotes que le dispositif ou la solution se vendent bien et sont bien acceptés par les médecins sont un minimum pour les investisseurs.

Pourtant, certains initialement intéressés par une mise sur le marché plus rapide que des biotechs constatent qu'on se rapproche des standards des biotechs justement. » La e-santé se positionne sur des tickets entre 300 000 € et 3 M€, les biotechs dépassent les 15 M€. « Les MedTech sont au croisement de ces deux secteurs avec des financements escomptés entre 3 et 15 M€ », selon Fabrice Paublant.

FLORENCE AGOSTINO-ETCHETTO, LYONBIOPOLE

« Répondre à une mutation du système sanitaire global »

Lyonbiopôle déploie un accompagnement pour les MedTech qui viennent chercher, au sein du pôle de compétitivité, « une connaissances du secteur de la santé et un réseau », selon Florence Agostino-Etchetto, sa directrice générale (photo ©C.Vautey).

Comment définissez-vous la MedTech ?

C'est encore aujourd'hui toute la difficulté de ce terme qui cache une diversité importante de situations et d'offres en matière de produits et services de santé. On peut caractériser une MedTech comme une entreprise dont une offre technologique répond à un besoin de santé. Ce qui reste assez imprécis. Des entreprises utilisent des briques comme le numérique, la plasturgie, le textile qui peut embarquer des capteurs par exemple, les matériaux innovants pour des prothèses… Mais il y a aussi le diagnostic et des outils d'aides à la décision, en imagerie, avec des logiciels ou des applications qui connaissent une forte croissance. La gradation provient des marquages. Pour adresser le marché de la santé, un produit doit obligatoirement détenir le marquage CE.

Quels types d'entreprises s'emparent de ces sujets ? Les majors de la pharma ? Des start-ups ?

Sur les 1 400 entreprises recensées dans ce secteur en pleine explosion, 92 % sont des PME et des start-ups. Historiquement, ce sont plutôt des PME qui disposent d'un savoir-faire et veulent se diversifier dans le secteur de la santé. Aujourd'hui, nous constatons une diversité des profils. Souvent, la genèse revient à un médecin qui a noté un besoin clinique non adressé. De plus en plus, l'informatique et les logiciels prennent une place significative dans l'approche des produits et services nouveaux proposés par ces entreprises.

Quels sont les enjeux portés par ces nouvelles entreprises ?

Les MedTech répondent à une mutation du système sanitaire global. L'externalisation des patients hors de l'hôpital ou encore des maladies chroniques de plus en plus présentes vont accentuer le suivi des patients. La médecine s'intéresse donc de près aux outils de suivi à distance et d'accompagnement du parcours de soin.

Comment les grands groupes s'emparent de ce sujet ?

Depuis près de trois ans, les grands groupes avec lesquels Lyonbiopôle est en contact nous questionnent sur le potentiel des MedTech, notamment sur les logiciels, l'optimisation de l'industrialisation ou encore le deeplearning, la modélisation, la gestion et l'utilisation du patrimoine des données biologiques, souvent gardées comme un trésor de guerre. On note un intérêt fort de toutes les pharma au plan mondial, car la compétition est bien internationale, sur des sujets comme les datas et l'intelligence artificielle. Elles ont chacune des stratégies différentes. Certaines sont à l'affût de briques technologiques en acquisition précoce, on voit apparaître des deal importants entre de grosses universités et des grandes pharma. D'autres sous-traitent plus classiquement. Mais toutes s'y intéressent.

Quels sont les atouts d'Auvergne-Rhône-Alpes ?

Le textile sur le bassin de Saint-Etienne ; les capteurs ou la robotique à Grenoble ; l'orthopédie et les dispositifs médicaux implantables à Lyon ; la chaudronnerie et les alliages dans la Vallée de l'Arve ; la plasturgie dans l'Ain ; l'impression 3D et les biotechnologies. Les polarités historiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes lui permettent de proposer des atouts industriels indéniables pour accompagner le déploiement des MedTech.

LES MÉDECINS « RATTRAPÉS PAR LES INNOVATIONS »

« La formation initiale des médecins ne proposent pas de modules spécifiques sur les MedTech, explique Bruno Lina, professeur de virologie aux HCL et à l'université Claude-Bernard Lyon 1 et chargé de mission pour les équipes en santé à Lyon 1. Ils sont en contact avec ces nouvelles technologies à l'occasion de stages et en fin d'internat. Mais ils sont forcément rattrapés par les innovations. »

La mission première de l'université reste bien « de former des médecins à faire un diagnostic et aucune technologie ne remplacera le savoir humain dans ce domaine ».

Pourtant, la notion de « médecine 2.0 » est appréhendée par les professeurs d'université. « Les outils d'IA vont révolutionner la façon de pratiquer la médecine et nous apprenons à nos étudiants à désormais travailler en réseau de compétences, en s'appuyant sur des technologies mais également sur des pools d'experts, notamment pour éviter les erreurs médicales », affirme Bruno Lina.

La technologie et la médecine ne sont donc « pas en opposition mais en complémentarité ». Le professeur, qui estime que « la médecine est un art et non une science », alerte sur « la vigilance à avoir de ne pas tomber dans la dépersonnalisation de la médecine où les rapports humains sont essentiels ».

DEEPSEN : LA RÉALITÉ VIRTUELLE POUR LUTTER CONTRE LA DOULEUR ET L'ANXIÉTÉ

Le casque Deepsen est proposé aux patients anesthésiés pour les aider dans la gestion de la douleur et de l'anxiété. La valeur ajoutée de la start-up lyonnaise tient dans le contenu : des séances audiovisuelles thérapeutiques conçues selon un protocole développé avec des médecins formés à l'hypnose médicale.

Le casque Deepsen accompagne les protagonistes d'un bloc opératoire (©Deepsen)

Un casque de réalité virtuelle doté d'écouteurs pour garder le patient dans une bulle. Lui proposer des images et des sons apaisants. Le guider et le rendre autonome dans la gestion de ce moment lors d'une anesthésie locale. Deepsen déploie une solution alternative à la médication, bénéfique au praticien, « il travaille ainsi dans un environnement serein et apaisé », au patient « qui gère son angoisse et sa douleur, tout en ayant moins d'effets secondaires car il a eu moins de sédatifs » et à la société tout entière « en améliorant la prise en charge globale du patient qui récupère ainsi plus rapidement avec des conséquences économiques importantes », explique Tanguy Perrin, co-fondateur de Deepsen à Saint-Didier-au-Mont-d'Or, en 2017 qui s'appuie sur « les techniques éprouvées » de l'hypnose médicale, la luminothérapie, la musicothérapie…

Ce dispositif de classe 1 doté d'un marquage CE est testé par une vingtaine d'établissements hospitaliers en France après plus d'un an de développement par un pool de sept associés issus de l'audiovisuel, comme Tanguy Perrin, mais aussi des professionnels de santé, membres de son conseil scientifique. « Aux Etats-Unis, certaines études montrent qu'une immersion en réalité virtuelle permettrait de diminuer de 60 % l'administration de doses de morphine. Nos contenus, six pour l'heure, répondent à des aires thérapeutiques différentes : l'oncologie, l'orthopédie... L'objectif est de les enrichir pour adapter les temps, de 10 à 60 minutes, et les contenus », selon Tanguy Perrin.

Deepsen mise sur un chiffre d'affaires de 500 000 € pour 2019, issu d'abonnements à sa solution, et l'embauche de cinq personnes. Si la partie R&D s'est faite en collaboration avec le milieu hospitalier, ce secteur n'est pas forcément le marché visé : « La douleur chronique est partout, constate Tanguy Perrin. Les mutuelles mais aussi la médecine du travail, les centres gérant la douleur ou les services de maintien à domicile s'intéressent à notre solution. »

Le casque Deepsen accompagne les protagonistes d'un bloc opératoire (©DR)

Capsix Robotics : les massages d'un robot collaboratif

Après trois ans de développement en interne, le robot masseur de Capsix Robotics, mis au point avec des kinésithérapeutes, intéresse les entreprises. Robotique, électronique, informatique, connaissance du corps humain, le projet fait appel à des compétences variées.

François Eyssautier est ingénieur en robotique. Il a passé une quinzaine d'années à concevoir des machines spéciales et a perçu les opportunités des robots collaboratifs, ailleurs que dans l'industrie. Sa femme, Carole Eyssautier, est docteur un informatique et affiche une expérience de responsable R&D dans différentes structures. Stéphane Rollet est kinésithérapeute. Ils ont associé leurs compétences pour créer un robot masseur, en phase de pré-commercialisation depuis début 2019. « L'ergonomie des postes de travail ne fait pas tout aujourd'hui, constate Carole Eyssautier. Une solution comme la nôtre, dont les protocoles sont mis au point avec des kinésithérapeutes dont la connaissance du corps humain nous est indispensable, permet de proposer des massages ciblés pour dénouer les tensions en rendant le receveur autonome grâce à une télécommande qui pilote notamment l'intensité des pressions. Notre premier marché est donc les entreprises, qui se montrent très intéressées, puis les salles et les clubs de sport. »

L'entreprise compte sept collaborateurs aux profils ingénieurs et techniciens pour développer les interfaces et les logiciels pour piloter le robot.

Plus de 300 000 € ont déjà été investis dans l'intelligence du robot, issus des fonds propres apportés par les dirigeants, des premières prestations de l'entreprise, de love money, de Bpifrance, de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. « Un prêt de la Région et de la Direccte de 220 000 € devrait déclencher un effet de levier de 200 000 € auprès des banques. Une seconde levée de fonds en crowdfunding et love-money pour un montant total de 300 000 € permettra de terminer le développement technologique du robot et d'amorcer le volet commercial. Avant de lever des montants plus importants en capital risque au premier trimestre 2020 », indique François Eyssautier. L'entreprise incubée à EMLyon vise un chiffre d'affaires de 250 000 € pour 2020, basé sur un modèle de location de son robot masseur dans les entreprises.

François et Carole Eyssautier ont imaginé un robot masseur (©DR)




Stéphanie POLETTE
Journaliste

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