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Jean-Luc Raunicher : «un Medef de contact au plus près de ses adhérents»

le - - Grand témoin

Jean-Luc Raunicher : «un Medef de contact au plus près de ses adhérents»
Céline Vautey

Elu en septembre dernier à la présidence du Medef Auvergne-Rhône-Alpes, Jean-Luc Raunicher a succédé à Patrick Martin, devenu président délégué du Medef national. Assis dans ses nouvelles fonctions, le dirigeant haut-savoyard de l'entreprise Promedif (fabrication de mobiliers métalliques pour l'industrie) souhaite un « Medef de contact au plus près de ses adhérents ». Pour cela, il axe son mandat autour de quatre piliers stratégiques : la gouvernance, l'organisation, le financement et la territorialité. Malgré un large consensus initialement établi autour de sa candidature (il a été élu à l'unanimité), il sait qu'il devra emporter l'adhésion sur la durée auprès des 12 Medef territoriaux et des 30 branches professionnelles qui composent le syndicat patronal régional.

Quelles ont été vos motivations pour briguer le poste de président du Medef Auvergne- Rhône-Alpes ?

Mon engagement patronal date de 2004, d'abord comme membre du conseil d'administration de la chambre syndicale de la métallurgie de Haute-Savoie, puis en tant que président. J'ai ensuite été élu président du Medef de Haute-Savoie en 2016, et, à ce titre, membre du bureau du Medef Auvergne-Rhône-Alpes.

Ma candidature au Medef régional a été, en fait, liée à la candidature de mon prédécesseur, Patrick Martin, au Medef national. Un consensus s'est ainsi progressivement constitué autour de ma candidature au fur et à mesure que la campagne de Patrick Martin avançait. Je me suis naturellement positionné pour lui succéder une fois que ce dernier a été désigné président délégué du Medef national, ce dont nous nous réjouissons tous. L'engagement patronal est à mes yeux fondamental : ma volonté est de valoriser et de défendre toutes les entreprises, seuls vecteurs de création de richesses et d'emplois, quels que soient leur taille et leur secteur d'activités.

Cette candidature unique traduit-elle aussi une crise des vocations à ce niveau de poste ?

Absolument pas, en tout cas pas pour l'élection qui m'a concerné, ni même pour celle au Medef national, qui a compté 10 candidats : du jamais vu ! Nous devons toutefois redoubler d'efforts pour ras- sembler encore davantage et inciter les chefs d'entreprise à s'engager à nos côtés, notamment des jeunes dirigeants et des femmes, de façon à renforcer notre représentativité. Pour cela, le Medef doit évoluer, tout comme son image... Comment pourriez-vous décrire économiquement la région ? Auvergne-Rhône-Alpes est un territoire d'exception, avec un grand nombre de filières d'excellence et une dynamique à la fois économique et démographique qui en fait la 2e région économique et la première région industrielle de France. Dans notre région, l'industrie pèse près de 18 % de notre activité, contre 12 % au niveau national, et l'emploi y est plus robuste, avec 7 % de chômage contre 9 % en France. Dans certains départements, comme l'Ain et la Haute-Savoie, celui-ci oscille même entre 5 et 6 %. L'organisation actuelle du Medef Auvergne-Rhône-Alpes vous convient- elle ?

« Avant de payer de l'impôt, il faut gagner de l'argent et pour gagner de l'argent il faut retrouver des marges »

Le Medef Auvergne-Rhône- Alpes est certainement l'un des plus structurés et dynamiques de France. Pour Paris, nous faisons figure de Medef « témoin » en étant le laboratoire d'un grand nombre d'innovations. A l'image du Medef national, nous devons néanmoins travailler sur plusieurs axes : la gouvernance, l'organisation, le finance- ment et la territorialité. Il nous faut être un Medef de contact, au plus près de ses adhérents. Et surtout ne pas oublier que nous travaillons au service des toutes les entreprises d'Auvergne-Rhône- Alpes. 90 % de nos adhérents sont d'ailleurs des TPE-PME. Dans ce schéma, notre mission première est bien de coordonner et d'animer l'ensemble de nos 12 Medef territoriaux et de nos 30 branches professionnelles, avec l'ambition de créer les conditions de projets communs et d'initiatives collectives, dans les domaines de l'emploi, de la formation, de l'économie.... Chacun de nos adhérents a des attentes particulières, c'est ce qui fait notre richesse. Nous devons faire du sur-mesure, et je m'y engage personnellement. Dans le cadre de notre activité syndicale patronale, nous gérons également près de 400 mandats régionaux au sein d'une cinquantaine d'organismes (CARSAT, Pôle Emploi, Fongecif, CCIR, Ceser...), qui défendent quotidiennement, avec beaucoup d'engagement et d'abnégation, le point de vue de l'entreprise. Le travail de nos mandataires est fondamental.

Quid du financement du Medef Auvergne-Rhône-Alpes ?

A l'échelon national, les organisations patronales s'appuient principalement sur deux ressources : les cotisations des adhérents et les fonds de l'AGFPN,Association de gestion du fonds paritaire national. Le Medef est moins « AGFPN dépendant » que d'autres, avec 60 % des ressources qui proviennent des cotisations et 40 % qui proviennent des fonds AGFPN. L'une des idées clés de la nouvelle gouvernance du Medef national est de dépendre le moins possible des fonds AGFPN. Cela passe par plus d'adhésions, pour une plus grande représentativité et davantage de moyens, ce qui dégagerait davantage de marges de manœuvre. Au niveau régional, nous béné-ficions d'une réallocation partielle de ces fonds AGFPN pour financer notre action syndicale patronale, notamment la gestion des mandats, et des cotisations de nos Medef territoriaux et des branches professionnelles. Nous nous appuyons également sur d'autres financements liés aux actions de partenariat pour lesquels nous sommes sollicités en tant qu'opérateurs de services pour les entreprises. Vous avez salué les économies réalisées par la Région dans son fonctionnement...

Le pêché originel de notre pays, c'est la dépense publique. Notre dette publique est abyssale, à 2 300 Md€. Même si les dépenses publiques sont évidemment nécessaires, elles se doivent d'être mesurées et les deniers publics doivent être utilisés de manière beaucoup plus parcimonieuse. Alors, oui, je salue le travail mené par Laurent Wauquiez dans la gestion de la Région.

Votre avis sur la mobilisation des gilets jaunes ?

Je peux parfaitement comprendre l'origine du mouvement, liée entre autres au ras-le-bol fiscal des français. Le problème, ce sont ses conséquences pour les entreprises : c'est catastrophique, notamment pour le commerce, la logistique et la production, et donc l'économie toute entière. Le gouvernement doit proposer des solutions proportionnées. Il en a déjà trouvé, et même au-delà de ce que nous pouvions imaginer, notamment en ce qui concerne l'augmentation du SMIC, via la prime d'activité.

Le mouvement s'est aussi ra- dicalisé, ce que nous déplorons. Ce n'est pas de nature à créer un climat de confiance pour les entreprises, qui ont besoin de stabilité et de visibilité pour investir et se développer. Sans parler de l'image déplorable que cela renvoie à l'étranger ! Au-delà de la dépense publique, l'augmentation considérable des impôts et des taxes sur la production ces dernières années pose aussi un problème majeur.

La baisse de certaines charges (cotisation maladie et assurance chômage) et le maintien du CICE sont indispensables mais en trompe-l'œil car, dans le même temps, les impôts de production (CVAE, CFE, taxe foncière, TLPE, TASCOM, le Verse- ment Transport) s'envolent.

Notre baromètre régional de la fiscalité locale (initié en Auvergne-Rhône-Alpes et déployé depuis sur toute la France) montre que certaines de ces augmentations frôlent les 10 % depuis trois ans. Quant à la baisse de l'IS, c'est bien mais ce n'est pas là la priorité. Avant de payer de l'impôt, il faut gagner de l'argent, et pour gagner de l'argent, il faut retrouver des marges.

Quels sont vos dispositifs d'accompagnement en Auvergne- Rhône-Alpes ?

Au-delà de notre activité syndicale, le Medef Au- vergne-Rhône-Alpes propose, avec l'ensemble de ses partenaires, une palette de services très opérationnels et très concrets pour les entreprises régionales : rapprochement école-entreprise, aide au recrutement, accompagnement au financement et à la croissance externe, stratégie export, sensibilisation au handicap... Nous avons dans ce cadre des partenariats extrêmement forts avec le conseil régional, la Direccte, l'Agefiph, et l'Europe.

L'internationalisation est-elle une priorité pour les entre- prises ?

Si le déficit du commerce extérieur de la France est de l'ordre de 65 Md€, au moment où l'Allemagne doit avoir un excédent commercial de près de 300 Md€, la Région Auvergne-Rhône- Alpes affichait encore un excédent en 2017 et est presque à l'équilibre en 2018. C'est beaucoup mieux que d'autres, mais c'est encore insuffisant. Donc oui, nous sommes mobilisés, avec la Région, la Direccte, la CCIR, la CPME, les CCE ou encore Business France, avec lesquels nous entretenons d'excellentes relations au sein de l'équipe régionale de l'export.

Si nos TPE-PME ne sont pas entraînées par les grands groupes ou les ETI, elles ont du mal à exporter. C'est un process coûteux et complexe. Tout ce qui peut aider les entreprises de moins de 250 salariés à entreprendre une démarche d'internationalisation est à engager. C'est ce que nous faisons par exemple avec notre programme régional d'accélération Export Direct.

On parle actuellement de fracture territoriale, avec une tendance à centraliser la puissance économique dans les métropoles ; quelle est votre analyse ?

Une entreprise, pour croître et se développer, a besoin d'un écosystème favorable. La métropolisation peut évidemment répondre à ce principe de réalité en regroupant la plupart des acteurs : partenaires économiques, collectivités, universités, centres de recherche, institutions...

Mais il est impératif de garantir l'équilibre de nos territoires et une cohésion d'ensemble qui font la richesse de notre région. C'est la raison pour laquelle nous devons nous assurer - et c'est mon rôle en tant que président du Medef régional - que les entreprises puissent s'appuyer sur des infrastructures de transport et numériques fiables, dans le cadre d'une politique d'aménagement du territoire vertueuse. La question de la disponibilité du foncier constitue à ce sujet un enjeu majeur pour faciliter l'implantation d'entreprises dans certains territoires.

Un point sur les levées de fonds qui font partie de vos expertises...

En partenariat avec le Conseil régional et l'ensemble des acteurs du financement en Auvergne-Rhône-Alpes, nous maximisons en effet les chances de succès de plu- sieurs dizaines d'entreprises chaque année dans leur recherche de financements. Concrètement, les entre- prises de toutes tailles que nous accompagnons bénéficient de formations collectives et individuelles, avec notamment la rencontre d'investisseurs, pour définir leur besoin réel de financement, bâtir leur business plan, et préparer le montage financier correspondant à leur développement. Depuis quatre ans, une entreprise sur deux parvient à lever des fonds, soit 300 entreprises accompagnées et 100 M€ levés, avec 500 emplois créés en région. Plus globalement, nous devons accentuer encore nos efforts pour rendre l'offre régionale plus lisible, en lien étroit avec tous nos partenaires qui œuvrent à nos côtés pour le développement de nos entreprises. Chacun des acteurs doit être à la fois opérateur et prescripteur, en évitant surtout les doublons !

Un mot sur l'emploi et la formation pour lesquels vous restez toujours aussi attentifs...

Le taux de chômage régional, même s'il demeure plus satisfaisant que le taux national, est encore trop élevé. Le paradoxe est que les entre- prises ont énormément de mal à recruter les compétences dont elles ont besoin. Même en période de croissance économique, nous ne sommes pas capables d'infléchir la courbe par rapport aux autres pays de l'OCDE. Dans le cadre de la réforme de l'assurance chômage qui s'annonce, le Medef veut peser dans les négociations en actionnant plusieurs leviers : mettre en adéquation l'offre et la demande, adapter les formations au terrain, qu'elles soient initiales ou en alternance, valoriser l'apprentissage et mieux utiliser son compte personnel de formation.

Par exemple, il y a en Auvergne-Rhône-Alpes 7 000 à 8 000 emplois non pour- vus dans le numérique. Nous avons apporté notre pierre à l'édifice en créant, en novembre dernier, un CFA consacré aux métiers du digital, baptisé IngésNum. Nous formons de jeunes ingénieurs et des diplômés de Master qui souhaitent se doter d'une expertise supplémentaire dans le numérique. Cette formation peut

également intéresser des salariés qui ont besoin de se perfectionner en la matière. C'est une première en France avec l'ambition de former les futurs managers de la trans- formation des entreprises. Un autre levier porte sur le système d'assurance chô- mage. Lorsqu'une personne perd son emploi, il faut bien, j'en suis convaincu, lui assurer un niveau d'indemnisation correspondant à son salaire, de façon à ce qu'elle puisse faire face à ses charges.

Mais il est impératif de mettre tout en œuvre pour lui permettre de retrouver le plus rapidement possible un nouvel emploi, en renforçant l'accompagnement et la formation, évitant ainsi le décrochage avec le monde du travail, qui, au bout de 24 mois (durée d'indemnisation maximale, portée à 36 mois pour les personnes de plus de 50 ans), peut devenir un handicap.

En Auvergne-Rhône-Alpes, nous menons à ce propos une action d'accompagne- ment des entreprises pour les aider à trouver les compétences dont elles ont besoin : Mode d'emplois, qui permet le recrutement de 450 personnes chaque année.




Julien THIBERT
Journaliste

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