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Mécénat culturel : financer et soutenir

Mécénat culturel : financer et soutenir
© Celine Vauthey

Economie Publié le ,

Les dotations publiques ne cessent de diminuer d'année en année. Tous les secteurs sont touchés. La culture n'échappe pas à la règle. Le mécénat semble une solution adoptée par toutes les instances culturelles pour palier la baisse des subventions de l'Etat et des collectivités. Ainsi sur un budget annuel de 15 M€, l'Auditorium affiche un autofinancement de 30 %, quand la moyenne nationale n'est qu'à 15 %. « La billetterie a fortement progressé puisque l'Auditorium, qui compte 15 000 abonnés, a accueilli 250 000 spectateurs l'année écoulée, témoigne Jean-Marc Bador, directeur général de l'Auditorium de Lyon et de l'Orchestre national de Lyon. Pendant de longues années, le mécénat n'intéressait pas la direction. La culture devait se cantonner à des financements publics, sous peine de perdre une quelconque légitimité ou liberté si des financeurs privés intervenaient. Or, devant le gel de la subvention d'équilibre de 9 M€, donnée par la Ville de Lyon, et l'augmentation mécanique de la masse salariale, un des principaux postes de dépense de l'Orchestre national de Lyon, il était temps de s'interroger sur des financements complémentaires. Pour soutenir le mécénat, une fondation verra le jour en septembre. »

Même son de cloche du côté de la Maison de la danse qui constate « des signes alarmants de désengagement des collectivités en faveur de la culture », souligne Dimitry Ovtchinnikoff, administrateur général de la salle qui propose 180 levers de rideaux chaque année pour le plus grand bonheur de quelque 150 000 spectateurs. Sur un budget global de 6 M€, 2 M€ de subventions lui sont accordés sous forme de cash et de mise à disposition du bâtiment et du personnel technique par la Ville de Lyon. « L'outil mécénat a fait son entrée à la Maison de la danse il y a trois ans, rappelle-t-il. Pour cela, nous avons changé de statut pour passer en scop. Un processus long à mettre en place. En 2015, notre budget s'est appuyé sur 300 000 € de mécénat et de partenariats grâce au soutien de grandes entreprises, nationales notamment. Nous faisons du cousu-main pour ces partenaires. L'important pour nous est de positionner le mécénat au service de la création. C'est ce projet que nous proposons à nos mécènes. »

Respecter les choix artistiques

Ces témoignages incitent Jean-Marie Chanon, avocat, ancien bâtonnier, président de la Banque Populaire Loire et Lyonnais et membre fondateur du Cercle Poussin, a poser la question qui brûle toutes les lèvres : « A-t-on dans ce pays une véritable politique culturelle ? Je n'en suis pas sûr. Le problème du financement des musées n'est pas récent. Or, un musée qui n'achète pas meurt. » D'où l'initiative d'une poignée d'entrepreneurs lyonnais, engagées dans la création d'une Fondation et d'un fonds de dotation pour accompagner les acquisitions de nouvelles œuvres par le Musée des Beaux Arts de Lyon. Le Cercle Poussin a permis l'achat du tableau de Nicolas Poussin, La fuite en Egypte, pour 17 M€ et, plus récemment des œuvres de l'outrenoir du contemporain Pierre Soulages. « Ce sont les achats des particuliers et des entreprises lyonnaises qui participent financièrement parce que, avant tout, les Beaux Arts font partie des grands musées français », insiste Jean-Marie Chanon. Selon lui, les avantages fiscaux ne seraient pas le principal moteur des mécènes. « Il faut vraiment que ce soit des dons, sans en attendre de réelles contreparties, ajoute l'avocat. Le projet de l'institution compte. Mais attention, les mécènes privés veulent bien soutenir financièrement les institutions culturelles à condition que les collectivités publiques ne se retirent pas complétement. En aucun cas, nous ne souhaitons de partenariat déséquilibré. »
Revient alors la fameuse question levée, au début du débat, sur l'autonomie des directions culturelles quant aux choix des œuvres ou spectacles proposés. Quand l'objet artistique proposé est politiquement incorrect, les financeurs privés se retirent-ils ? « Ceci revient à se demander si les entreprises vont dicter la politique culturelle, résume Dimitry Ovtchinnikoff. Aux Etats-Unis, certaines fondations décident des expositions. » « Le mécénat fonctionne uniquement dans le respect des choix artistiques de la direction », affirme Jean-Marie Chanon.

Valorisation interne

Si l'incitation fiscale constitue la première étape des particuliers et des entreprises pour soutenir les institutions culturelles, la passion rattrape vite les donateurs. Pour les structures bénéficiaires, cet apport financier s'avère indispensable pour accompagner le fonctionnement même de l'institution et pour soutenir la création. Finance et culture peuvent faire bon ménage. En témoigne le débat, organisé par Le Tout Lyon Affiches en partenariat avec l'Auditorium. Quelques acteurs majeurs de la scène culturelle lyonnaise et des mécènes ont échangé sur les enjeux du financement de la culture. Morceaux choisis.

Quels avantages l'entreprise tire-t-elle en finançant la culture ? Au départ fiscale, la véritable motivation des entreprises et de leurs dirigeants tient à l'accompagnement de projets et à l'impact du mécénat sur leur notoriété. « Financer une institution culturelle est aussi efficace que n'importe quelle campagne de communication, souligne Anne-Sophie Franc, avocate chez Delsol. Sans compter l'impact en interne. A l'heure où la génération Y est en quête de sens et que les charity days font leur apparition dans les entreprises françaises, le mécénat a les vertus d'un formidable outil de communication interne. »

Thierry Lévêque, entrepreneur et fondateur de la Fondation de l'olivier, s'est, avant tout engagé dans le mécénat, car « nous avons tous un blocage avec la fiscalité en France et tout entrepreneur veut optimiser sa fiscalité ». Rapidement, les investissements se sont transformés en actions qui tiennent à cœur au dirigeant. Donner son argent donne surtout du sens. Axée au départ sur des actions humanitaires au Burkina Faso (scolarité des enfants, projets en lien avec l'eau), la Fondation de l'olivier s'intéresse aujourd'hui aussi à la culture « parce que c'est une chance qu'une collectivité aussi belle que le musée des Beaux Arts s'ouvre aux entreprises ». Une chance partagée par le bénéficiaire qui voit ses finances profiter d'une bouffé d'oxygène mais aussi d'un public nouveau.

Seule la volonté du dirigeant impulse la dynamique. La danseuse du patron a du bon. « Il décide au départ des investissements à engager mais l'adhésion des collaborateurs d'une entreprise, qui demandent des comptes, est impérative », nuance Jean-Marie Chanon. Entre discrétion d'une démarche altruiste, celle de mécènes individuels qui restent dans l'ombre par exemple, et souhait de communiquer au plus grand nombre tout le bénéfice du mécénat à la fois pour les institutions culturelles, l'entreprise qui donne et ses différents publics, la posture n'est pas toujours figée.

Participer

Existe-il de nouvelles formes de mécénat ou de financements privés de la culture ? « Non. Si elles existaient, on le saurait », tranche Jean-Marie Chanon. Pourtant, les plateformes de crowdfunding ou de financement participatif constituent une alternative sur des petits projets culturels. « En général, les artistes appréhendent de demander de l'argent, constate Réda Sidi-Boumédine, de l'agence artistique RSB Artists. Via le crowdfunding, ils offrent une contrepartie et confèrent une nouvelle dynamique aux projets. La participation devient ainsi une composante essentielle pour ces artistes. » Une façon aussi d'encourager et de faciliter l'accompagnent par tous de nouveaux projets culturels.

La « démocratisation » du mécénat encourage les PME/PMI à s'intéresser au sujet. « Même conseillées par des juristes, ls entreprises du CAC 40 payent beaucoup d'impôts. Elles ont davantage intérêt à faire du mécénat que les autres, analyse Thierry Lévêque. Pourtant, on assiste à un réel mouvement de fonds des petites entreprises ou des professions libérales qui s'intéressent au mécénat. Il est aussi de la responsabilité des institutions culturelles de s'ouvrir à ces nouveaux partenaires. Si elles arrivent à créer du sens pour ces nouveaux financeurs, je suis persuadé que les PME suivront. » Dimitry Ovtchinnikoff renchérit. « Nous nous tournons naturellement vers les grandes entreprises mais des micro-projets commencent à voir le jour pour travailler spécifiquement avec les PME et PMI. Le mécénat de compétence attire particulièrement ces partenaires. »
Donner du sens, telle est bien la volonté de tous les partenaires engagés dans une action de mécénat culturel. « Nous ressentons un véritable besoin des concitoyens de fréquenter l'art en général, constate Jean-Marc Bador. Nos publics sont nos premiers mécènes. Ils font l'acte de venir assister à des spectacles. Ils payent pour participer à la création artistique. Dans cette même logique, l'Auditorium, implanté au cœur de la Part-Dieu, a rejoint le club des entreprises pour être en proximité directe avec les acteurs du quartier d'affaires. » L'avocat engagé dans le Cercle Poussin confirme le rôle de tous dans la politique culturelle d'un pays : « Les mécènes sont des consommateurs qui créent des consommateurs. Leurs actions entrainent de la richesse et de l'emploi au service de la politique culturelle. Nous participons à l'économie du pays. »

La Fondation de l'Auditorium de Lyon


Hébergée par la Fondation Bullukian et lancée par la Société philharmonique de Lyon, la Fondation de l'Auditorium de Lyon verra le jour en septembre. Dotée de 200 000 € par an, sur trois ans, elle accueillera la générosité des particuliers et des entreprises pour soutenir la création du site lyonnais. Les premiers fonds levés permettront l'acquisition d'un piano.


La fiscalité pour les entreprise


Lorsqu'une entreprise assujettie à l'impôt en France fait un don à un organisme d'intérêt général, elle bénéficie d'une réduction d'impôt sur les sociétés ou de l'impôt sur le revenu et aussi de contreparties en communication et relations publiques.
La réduction d'impôt est égale à 60 % du montant du don effectué en numéraire, en compétence ou en nature, et retenue dans la limite de 0,5 % du chiffre d'affaires HT, avec la possibilité, en cas de dépassement de ce plafond, de reporter l'excédent au titre des cinq exercices suivants. Les contreparties constituent un avantage offert par le bénéficiaire au donateur, en plus de la réduction d'impôt. Elles ne doivent pas excéder 25 % du montant du don. Les contreparties peuvent être le logo de l'entreprise dans la communication de l'opération "mécénée", de entrées gratuites, des remises de catalogues, des mises à disposition d'espaces…

(source : Ministère de la culture et de la communication)

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