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Lyon, Saint-Etienne... Bars, resto, boutiques : petits commerces, grande détresse

Publié le - - Dossiers

Lyon, Saint-Etienne... Bars, resto, boutiques : petits commerces, grande détresse
© Michel Godet

Face au rebond de l'épidémie de Covid-19 et à des mesures sanitaires qui se durcissent de semaine en semaine, le commerce de proximité se trouve en première ligne. De Lyon à Saint-Etienne en passant par Villefranche, tour d'horizon d'une situation crispante avec ces dirigeants qui craignent de devoir baisser le rideau.

Le commerce de proximité pâtit des mesures sanitaires effectives depuis le 28 septembre avec comme symbole la fermeture des bars à 22 h. Bien au-delà, c'est tout un pan de l'économie des territoires qui est fauché, avec, comme corollaire, une vie sociale et de quartier en berne. Pourtant, la mobilisation des institutions locales, l'abnégation des commerçants et la prise de conscience des consommateurs sont porteurs d'espoir. Avec un mot d'ordre : éviter que les rideaux ne tombent définitivement.

Dossier réalisé par Julien Thibert, Marie Maleysson, Jacques Donnay, Stéphanie Véron et Tony Fonteneau.


Sommaire

  1. Le blues des petits commerces
  2. A Lyon, Ninkasi mise sur la digiltalisation face au Covid-19
  3. A Saint-Etienne, Le Verre Galant résiste
  4. A Villefranche-sur-Saône, commerçant vs assurance


Le blues des petits commerces

Depuis le 28 septembre, les bars ferment leurs portes à 22 h dans les 59 communes de la métropole de Lyon. La mesure reste en vigueur – à l'heure où nous écrivons ces lignes - jusqu'au lundi 12 octobre à minuit selon l'arrêté préfectoral publié le 25 septembre. Même tarif pour les 53 communes de Saint-Étienne Métropole (en plus de Roanne, Riorges, Le Coteau et Mably) et que l'agglomération grenobloise.

Une décision qui fait suite à celles prises la semaine dernière par le gouvernement concernant ces zones classées en alerte renforcée. Un tour de vis sanitaire destiné à "casser" la courbe ascendante des contaminations et des hospitalisations à Lyon et dans la région. L'arrêté indique que sont concernés par cette fermeture anticipée "les débits de boisson n'exerçant pas une activité de restauration à table".

Pour le maire de Lyon, "s'assurer que les professionnels soient nos alliés"

Interrogé à ce sujet, le cabinet du préfet du Rhône, Pascal Mailhos précise que "les services au bar restent interdits, exceptés pour les bars-restaurants et les restaurants dont le service peut dépasser 22 heures". A noter que les bars à vins, qui souvent proposent de quoi grignoter, intègrent la liste des bars… Le maire de Lyon et le président de la Métropole de Lyon s'étaient montrés sceptiques en début de semaine face à l'efficacité d'une telle mesure.

Suite à leur rencontre à Paris avec Jean Castex et à Paris, les deux élus lyonnais ont déclaré jeudi à nos confrères de BFM que la fermeture des bars à 22h ne semblait pas appropriées. Grégory Doucet précisant que "c'est une mesure que l'on juge devoir être assouplie, en échange bien sûr d'une rigueur plus importante dans le respect des protocoles sanitaires. Donc, on doit renforcer peut-être les contrôles, mais surtout s'assurer que les professionnels soient nos alliés dans le respect des gestes barrières et dans la réponse à l'épidémie".

Les organisations professionnelles réagissent

"Laissez-nous travailler !" C'est le slogan retenu par l'ensemble des organisations professionnelles du CHRD (cafés, hôtels, restaurants et discothèques), qui appelle à la mobilisation générale sur l'ensemble du territoire. Ceux qui disent, dans un communiqué daté du 30 septembre, refuser d'être "les boucs-émissaires du gouvernement" donnaient rendez-vous aux chefs d'entreprise et leurs salariés vendredi 2 octobre à 11 h 45 pour exprimer leur colère à voix haute.

Une action collégiale solidaire avec les établissements d'ores et déjà concernés par les mesures de fermeture partielles ou totales, amenée à être réitérée chaque vendredi, "aussi longtemps que nécessaire".

Contacté pour réagir aux mesures gouvernementales, Laurent Duc, président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie du Rhône (UMIH, 800 adhérents dans le département), n'a pas donné suite à notre demande d'interview. Il s'est en revanche exprimé chez nos confrères de Lyon Entreprise : "Je crains qu'entre 30 % et 50 % des établissements finissent par fermer. La situation est d'autant plus difficile que la jauge des événements vient également de passer de 5 000 à 1 000 personnes et que la très grande majorité des salons et congrès ont été soit annulés, soit reportés. C'est un coup d'épée supplémentaire sur la tête pour les professionnels !".

"En tant qu'entrepreneurs, nous sommes des gens responsables"

L'U2P, l'Union des entreprises de proximité n'a pas tardé à réagir non plus. Pour Pascale Jouvanceau, la présidente de l'U2P Auvergne-Rhône-Alpes, "il y a nécessité d'établir des digues face à la nouvelle vague de coronavirus". Se rangeant sous la déclaration de son président national Laurent Munerot, celle qui officie à Lyon en tant qu'artisan-coiffeur conteste la pertinence des mesures de fermeture des cafés et restaurants qui pénalisent particulièrement l'économie de proximité.

Et de poursuivre : "Nous ne souhaitons pas non plus voir s'élargir la liste des commerces qui pourraient voir leur activité suspendue pendant plusieurs jours. En tant qu'entrepreneurs, nous sommes des gens responsables et d'ailleurs, on peut se poser la question du respect des consignes de distanciation en vigueur dans les transports en commun. Sont-elles autant respectées que celles imposées aux restaurateurs et aux patrons de bars ?". La présidente régionale témoigne également d'une certaine sensibilisation du public au regard des contraintes qui touchent les commerces de proximité : "La société se rend compte du poids de nos établissements dans l'économie du pays".

Mobilisation institutionnelle

Face aux nouvelles mesures sanitaires qui impactent les commerces, la CCI Lyon Métropole Saint-Etienne Roanne se mobilise. Dernièrement, celle-ci tenait les 28 et 29 septembre son opération Care-Event à Lyon. Objectif : aider les entreprises, notamment celles issues des secteurs les plus touchés comme le commerce, à s'y retrouver parmi les nombreux dispositifs mis en place, nationaux comme locaux. Près de 200 experts, présents physiquement et en digital, ont guidé et apporté des réponses personnalisées aux problématiques des entreprises présentes.

"Ce que nous avons vécu ces derniers mois est déstabilisant. Mais il n'y a pas de fatalité. Le rôle de la CCI est de poursuivre, de renforcer sa mobilisation aux côtés des chefs d'entreprise. Nos événements de rentrée sont conçus pour permettre aux chefs d'entreprises de mobiliser différents leviers de nature à leur permettre de trouver les voies pour pérenniser, développer leurs activités et préserver ainsi notre économie. Je le répète souvent : notre force, c'est notre faculté à défendre collectivement notre avenir", explique son président Philippe Valentin.

30 000 emplois pour la seule métropole de Lyon

La Chambre consulaire n'a pas attendu le coup de massue pour se mobiliser : elle a déjà accompagné plus de 340 TPE (soit plus de 2 000 heures de soutien) de son territoire. "Il s'agit de coordonner les expertises et les financements de nos partenaires tels que la Région, la CPME, le Medef ou l'Urssaf. Ce dispositif permet de faire un bilan complet et rapide d'un commerce et de répondre efficacement à des problématiques de financement, d'interprétation au port du masque, de distanciation ou de digitalisation. Soit 22 heures gratuites d'accompagnement pour la TPE", explique Marc Degrange, vice-président en charge du commerce à la CCI Lyon Métropole Saint-Etienne Roanne.

L'activité commerciale représente un chiffre d'affaire de 8 Md€ et 30 000 emplois pour la seule métropole de Lyon. "Un poids considérable pour l'économie de notre territoire non-négligeable et composé majoritairement de petites entreprises", poursuit l'élu. Aussi, l'institution consulaire et la métropole de Lyon viennent de lancer une grande enquête auprès des commerçants du territoire pour mieux connaître leur situation en cette période afin de répondre de manière encore plus ciblée à leurs difficultés.

La sociabilité mise à mal

Il n'y a pas que les bars qui symbolisent la convivialité. Les commerces de proximité apparaissent plus globalement comme des lieux de socialisation. C'est l'avis de Régine Vanheems, co-fondatrice de l'Observatoire du commerce connecté et professeure d'Université à l'iaelyon school of management. "Dès les années 20, le rôle du commerce dans la vie du citoyen allait bien au-delà de sa vocation première de distribution de produits et de services. Les mesures sanitaires en vigueur dans les commerces comme le port du masque, ou les contraintes horaires pour les bars réduisent en partie le pan social de ces établissements".

L'experte explique en outre que la crise de la Covid-19 a modifié les habitudes de consommation. De fait, l'expérience client s'est appauvrie. "Pas facile de conseiller un consommateur avec le port du masque, d'autant plus que l'essor du e-commerce nous a conduit d'une logique de shopping à une logique d'achat pur. On ne butine plus comme avant dans les magasins !", conclut-elle.




Julien VERCHÈRE
Journaliste

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