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Livre / Trois enfants du tumulte / le tournant lyonnais de Mai-68

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Livre / Trois enfants du tumulte / le tournant lyonnais de Mai-68
©Hadrien Bichet

L'écrivain Yves Bichet, a situé son dernier roman, Trois enfants du tumulte (Mercure de France, sorti en automne dernier) dans le Mai-68 lyonnais, qui fut le théâtre du seul mort recensé en France pendant les manifestations, le commissaire Lacroix, qui succomba le 24 mai sur le pont de la Guillotière. A partir de ce jour, le mouvement ne sera plus le même.Explications.

Ce n'est pas parce que l'on n'est plus en 2018, année du cinquantenaire, que l'on ne va plus parler de 1968. Au contraire, les temps troublés de la Cinquième République que sont ceux de la fin de 2018, et du début de 2019, incitent à chercher des références dans notre histoire de France.

« Fin de l'ancien monde. Une page se tourne. Les lycéens débarquent, indifférents aux discours et aux stratégies politiques. » La première phrase du roman d'Yves Bichet, Trois enfants du Tumulte fait écho à notre époque "Gilet jaunes", où, à nouveau, on ressort les notions « ancien monde » et « nouveau monde » à tout bout de champ.

Usant d'un style lucide et « cash » qui se révèle poétique avec des accents "Houellebecqiens", qui tiennent plus à notre époque qu'à Houellebecq lui-même, Yves Bichet met en scène la candeur, qui a mené parfois à la dérive de certains après Mai-68. Il décrit l'amour, pose des questions : « C'est peut-être ça, l'amour, un besoin toujours recommencé de se transvaser l'un dans l'autre… ». Le roman raconte la jeunesse, des jeunesses, qui ressemblent à tant d'autres, tiraillées entre romantisme révolutionnaire et conformisme social.

Le roman n'est pas politique, il raconte le destin d'êtres vivant la libération de l'érotisme en se dégageant du mode de vie petit bourgeois, mais vont après 68, se chercher un mode de vie à eux, un peu bancal, imparfait, mais toujours différent de la masse silencieuse.

Mila Galpérine, égérie radicale de la révolution et Théodore Combas, le jeune journaliste localier de Lyon, vivent une passion amoureuse, sur fond de barricades, mais très vite l'action se dramatise. Un mort survient, un commissaire de police. Yves Bichet écrit sur la période qui suivra : " La révolution s'essouffle, les grèves s'arrêtent, les ouvriers reprennent le travail, les idéaux s'envolent. L'élan se brise. La vie redevient besogneuse. C'est désespérant. En creux, l'action directe se profile".

Rien ne sera plus comme avant… S'ensuit une rencontre, Delphine Valladon, et l'apparition d'une collaboratrice du maire de Lyon qui va chercher les responsabilités dans la mort du commissaire.

Plusieurs versions de ce fait dramatique ont circulé. L'écrivain apporte des détails et des précisions, et surtout, utilise le contexte de Mai 68 pour décrire le parcours d'une poignée de personnages, dont trois principaux que le lecteur suit du début à la fin du roman, à partir de mai 68, après... Des acteurs de Mai 68, qui, comme le dit Yves Bichet : « Ne se sont pas reconvertis dans les médias, ou la politique… » et qui ont connu divers parcours, flirtant avec la délinquance, ou simplement insérés dans la vie « ordinaire ».

"Evènements" de 68

Si le romancier fait œuvre de fiction, il emprunte quelques éléments et personnages à la réalité, tant du côté des politiques de l'époque, dont le maire de Lyon Louis Pradel, joyeusement brocardé au passage, que du côté de quelques acteurs connus à Lyon, des "évènements" de 68.

Le narrateur, jeune pigiste de presse, emprunte quelques traits à l'auteur, mais ne peut être lui-même, car il avait 17 ans en 1968, et se dit peu impliqué à l'époque.

Yves Bichet, né à Bourgoin-Jallieu, 67 ans aujourd'hui, vit dans la Drôme. Il n'a publié son premier roman qu'à l'âge de 43 ans, La Part animale, 1994, envoyé par la Poste à Gallimard. Le roman sera adapté au cinéma en 2007, par Sébastien Jaudeau, avec Rachida Brakni, Niels Arestrup, Anne Alvaro, Dora Doll...

Ce fils de médecin de campagne en rupture familiale dans sa jeunesse, a connu des débuts difficiles. Il a exercé différents métiers, dont celui d'ouvrier agricole dans les lavanderaies de la Drôme provençale : « J'écrivais des poèmes dans ma tête, tout en conduisant mon tracteur... se souvient-il. Mais je n'avais pas le temps d'écrire et surtout pas l'énergie. Quand vous avez fini une journée de travail, vous ne pensez qu'à une chose : aller vous coucher… C'est quand je me suis mis à mon compte comme maçon, que j'ai commencé à prendre du temps pour écrire…»

Yves Bichet vient de recevoir la bourse 2018 d'aide à l'écriture décerné par la DRAC et la Région Aura (lire Le Tout Lyon du 5 janvier page 7) , finaliste de nombreux prix nationaux dont le Fémina (en 2014 pour L'Homme qui marche, en 2018, finaliste du Prix du Roman des étudiants France Culture – Télérama ), il était encore artisan maçon il y a quelques années dans le pays de Grignan, où il se consacrait à la rénovation de maisons de pays.

Vous situez le destin de vos personnages en mai 68 et après, mais on fait leur connaissance bien avant dans le précédent roman Indocile ?

Oui, le personnage principal, Théo, est confronté à la mobilisation en temps de guerre en Algérie, il devient objecteur de conscience, découvre l'amour …Le roman se passe à la fin de la Guerre d'Algérie.

La sortie du livre en septembre 2018 est purement fortuite. Je ne suis pas très anniversaire. L'éditeur a estimé judicieux de le sortir en 2018.

Dans votre roman, les noms de lieux sont très importants : rue des Tables Claudiennes, pont de la Guillotière, pont Lafayette. On se déplace dans Lyon de la Presqu'Ile à Croix-Rousse… Vous évoquez la rue des Os rangés, elle introuvable sur un plan de Lyon ?

Non, elle n'existe pas, cela m'a plu d'inventer ce nom.




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