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Lionel Flasseur / Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme : "Miser sur le tourisme bienveillant"

le - - Grand témoin

Lionel Flasseur / Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme : "Miser sur le tourisme bienveillant"
©M.Raymond

Lionel Flasseur est le directeur général d'Auvergne Rhône-Alpes Tourisme. L'organisation présidée Nicolas Daragon, le vice-président de la Région, est le bras armé des politiques régionales en matière de tourisme. Elle dispose d'un budget de 12,3 M€ et emploie 64 personnes. Sur ce budget, la communication représente environ 1,5 M€. Le tourisme en région Auvergne-Rhône-Alpes représente 8 % du PIB régional, 160 000 emplois, 20 Md€ de chiffre d'affaires de consommation. L'investissement est en hausse, au-dessus de la moyenne nationale, évalué par Atout France à 1,7Md€ en Auvergne-Rhône-Alpes en 2017 (contre 1,5Md€ en 2016). Mais le tourisme a de gros écueils devant lui, qu'il lui faudra éviter : l'over tourisme, ou la saturation (Barcelone en est l'illustration), on en est loin encore dans notre région, mais il faut agir en prévention. Un autre défi, celui de la montagne toutes saisons face au réchauffement climatique...Le futur sera placé sous le signe du « Tourisme bienveillant », nouveau cadre de travail d'Auvergne Rhône-Tourisme. Entretien.

Retour sur l'été 2018 : des chiffres diffusés par l'Insee font état d'une baisse de 2,1% des hébergements payants, quelle est votre lecture de ces chiffres ? Et quid d'Airbnb ?

Nous n'avons pas encore les chiffres définitifs de l'été, qui ne sont complets qu'en janvier. Il faut se méfier des données sur l'hébergement. Sur l'été, nous avons eu des enquêtes de satisfaction de professionnels plutôt positives. Ces chiffres de l'Insee que je ne conteste pas, n'augurent en rien du niveau global de l'activité touristique, qui serait plutôt bon, voire très bon . Dans notre région 53% de l'hébergement des touristes sont non marchands (familles, amis…) et génèrent tout de même de la consommation touristique. En particulier sur le secteur de montagne, qui couvre 60% du territoire d'Auvergne-Rhône-Alpes. Pour deux raisons principales : la canicule, qui a favorisé le secteur, et par ailleurs une tendance de fond de la demande.

AirBnb communique très peu de données sur la fréquentation de ses hébergements en région et les dernières disponibles datent de 2016. Néanmoins avec les données fournies nous arrivons à estimer la fréquentation touristique générée par AirBnb en 2016 en Auvergne-Rhône-Alpes à environ 3 millions de nuitées. Ces hébergements sont considérés comme des meublés non professionnels mais identifiés dans la catégorie des hébergements marchands car payants. La fréquentation touristique en Auvergne-Rhône-Alpes représente 168 millions de nuitées dont 47% en hébergements marchands soit 79 millions de nuitées. La fréquentation des hébergements commercialisés par AirBnb représenterait donc environ 4% de la fréquentation touristique marchande en Auvergne-Rhône-Alpes. Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme lancera une importante étude en 2019 afin d'identifier le parc précis des hébergements dits « collaboratifs » revendus par les principales plateformes en ligne et également afin d'estimer plus finement l'impact de ces plateformes et de ces hébergements dans la fréquentation touristique régionale.

Vous évoquez un Tourisme bienveillant, que recouvre ce vocable ?

La notion de tourisme bienveillant est une vaste réflexion que nous avons lancée fin septembre lors de nos journées Meet & match qui va déterminer notre action. Nous entrons dans la phase concrète… Le tourisme est une industrie, ou une activité qui doit être construite en pleine conscience de différents enjeux, environnementaux, climatologiques, économiques. Comme la répartition de la richesse sur le territoire, ou la provenance des produits utilisés par les opérateurs internationaux, qui traversent notre territoire. Soyons vigilants si l'on investit dans les infrastructures du tourisme fluvial , à ce que les retombées de consommation soient pour nos territoires, et à demander des comptes aux tours opérateurs.

Enfin, le tourisme et ses enjeux sociétaux. La France s'est améliorée dans beaucoup de domaines, mais pas sur la qualité de la relation avec le touriste, selon les enquêtes de satisfaction. C'est un levier de développement pour prévenir « l'over tourisme », la saturation qui existe à Amsterdam, Barcelone, Venise, Paris…On assiste à un rejet de la part des habitants, et les autorités doivent réguler le tourisme. On va donc préférer faire des habitants des acteurs du tourisme. Nous avons l'objectif de figurer dans le top 5 des régions d'Europe les plus attractives sur la partie nuitées marchandes, nous sommes actuellement à la 7 ou 8è position. Le sujet du tourisme bienveillant n'est pas nouveau, mais il est devenu incontournable. Pour nous, il n'y a aucune opposition entre tourisme bienveillant et développement économique.

Et l'emploi ?

Notre métier est le développement des politiques touristiques et la formation notamment. L'emploi ne fait partie directement de nos prérogatives, mais on ne peut pas ignorer les problèmes de recrutement dans la restauration notamment. Le tourisme est créateur d'emplois. Chaque année, dans le cadre de l'enquête "Besoins en Main-d'oeuvre", Pôle emploi interroge les entreprises sur leurs intentions de recrutement pour l'année à venir. PôleEmploi constate une hausse de 8% du nombre de projets de recrutement en 2018 dans les métiers caractéristiques du tourisme en Auvergne-Rhône-Alpes. Avec 52 740 intentions de recrutement durant l'année 2018, les métiers relatifs au tourisme représentent 18% des projets d'embauche globaux de la région.

Quid de la saison d'hiver et de la neige ?

On sait depuis deux semaines, grâce à France-Montagne, que les réservations pour Noël sont plutôt en hausse (+1,5%).

Là où c'est possible sur le plan du climat, on poursuit les investissements en neige de culture. La Région a un plan montagne en direct sur ce point. Par ailleurs, on encourage la diversification des activités (raquettes, chiens de traineaux, centres aquatiques...). On accompagne les stations de moyenne montagne vers les activités toutes saisons quand la neige se raréfie.

Le ski est à maturité. Si le nombre de journées ski est en légère décroissance, les chiffres d'affaires progressent grâce aux hausses tarifaires et à la diversification des activités. Les investissements sont aussi en croissance. Quand le Club Med investit, il le fait sur la montagne « toutes saisons ». Il faut sortir du cliché montagne=neige=ski, sans renier la réalité : les remontées mécaniques, c'est un chiffre d'affaires de 1Md€ d'euros par an sur les 20Md€ du tourisme.

Par ailleurs, nous sommes sur un plan de reconquête des clientèles européennes, qui ont pu partir vers la Suisse, l'Autriche, ou l'Italie. Un gros plan de communication de plus de 500 000 € mené en partenariat avec Savoie-Mont-Blanc, Isère Tourisme, France-Montagne, orchestré et abondé par Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme. Nous avons mutualisé un fonds marketing, puis nous sommes allés voir Atout France, qui a doublé la mise d'investissement. Nous avons travaillé avec un partenaire privé, EasyJet, qui, sur le marché Royaume Unis, notamment à Londres, a apporté 100 000 £. Pour 60 000 € avancés par Auvergne-Rhône-Alpes-Tourisme, et par effet de levier, on a réussi à lever une campagne de 500 000 € au plan européen sur UK, Pays-Bas, Belgique, Allemagne.

Enfin, nous sommes sur le plan intérieur en pleine reconquête des jeunes. En 1995, la tranche des 9-23 ans représentait 20% de la clientèle, en 2015, il ne représentait plus que 14%. On va lancer la troisième année de « Génération Montagne », un écosystème dans lequel on incite les opérateurs à proposer des produits spécifiques. Savoie-Mont-Blanc travaille sur les bureaux des élèves, avec des offres tarifaires …On a investi plus de 500 000 € dans des campagnes sur les réseaux sociaux dans lesquelles des stations font des offres par tranches d'âges.

En altitude, les investissements continuent à se développer, notamment de la part de Club Med ?

On se complète et on regarde dans la même direction avec le Club Med. Henri Giscard d'Estaing, le P.DG, a bien indiqué sa vision des choses, en disant que « la montagne est le tourisme et l'exotisme de demain », surtout pour les clientèles internationales des pays chauds, qui vont chercher la fraîcheur, les grands paysages, des expériences touristiques différentes... Le plan d'investissement du Club Med sur les Alpes françaises est colossal. On accompagne les opérateurs.

Le plan thermalisme qui a presque 2 ans, porte-t-il ses fruits ?

Le plan thermalisme est une très bonne opération. Mieux que cela, le vice-président de la Région, Nicolas Daragon envisage une prolongation, un plan thermalisme 2. Les investissements de la Région ont fait levier, et donnent lieu à de beaux projets, comme Châtel-Guyon par exemple, dont la première pierre a été posée en septembre. Avec 24 stations thermales, bien réparties sur le territoire de la région, Auvergne-Rhône-Alpes est plutôt bien loties. Il ne s'agit pas d'inciter les médecins à prescrire des cures, mais d'accompagner les collectivités et les opérateurs à réconcilier les cures « médicales » et les adeptes du pur bien être et de la détente. Plus largement, cela fait partie de la prévention santé.

Le tourisme quatre saisons en Auvergne-Rhône-Alpes, c'est possible ?

Non seulement c'est possible mais c'est une réalité. 52% des nuitées réalisées sur la saison été, de mai à septembre inclus, ce qui veut dire que les 48% restants sont engrangés d'octobre à avril. Sur 178 millions de nuitées annuelles, 92,5 millions sont réalisées sur la saison été « élargie » (mai-sept.).

Nous travaillons sur 5 axes thématiques d'excellence : 1 : La montagne toutes saisons ; 2 : L'itinérance, pédestre et vélo, avec la ViaRhôna notamment, la grande traversée du massif central (GTMC) ; 3-L'Art de vivre (oenotourisme, gastronomie, culture) ; 4-La pleine nature ; 5-Le bien-être associé au thermalisme.

La Région, en tant qu'instance politique, a décidé d'investir sur ces points, et elle a demandé à Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme, par conventionnement, de travailler et de développer ces thématiques, via la communication, l'ingénierie, la professionnalisation.

Les dates clés de Lionel Flasseur

2017

Directeur général Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme

2011

Directeur de la promotion internationale - ONLYLYON

2009

Dirigeant de Francemania (Groupe Voyage privé)

2004

Direction marketing et commercial Aéroports de Lyon

2001

Direction marketing et commercial lastminute.com

1992-2001

Vente et marketing chez Mars inc.




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