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Les raisins de la couleur

La contestation est partout. Ceux qui la portent arborent des uniformes disparates. Les couleurs de ces derniers le sont tout autant. Dans ce maelström revendicatif, quérulent et protéiforme, émergent, dans la lignée des bonnets rouges, pêle-mêle les robes noires, les gilets jaunes, les blouses blanches…

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Entrés dans une colère noire, tous mettent le bleu de chauffe et déposent sur l'autel du gouvernement leurs doléances. La première, et la plus cinglante, concerne la réduction des taxes qui font flamber le prix du carburant. A l'aune des diverses études, il convient de nuancer puisque les augmentations constatées à la pompe sont corrélées à la hausse du prix du baril. Mais les Français et la fiscalité entretiennent, de longue date, une relation des plus complexes. Les gilets jaunes en sont le miroir, eux qui fustigent ces taxes censées alimenter la transition écologique. Nul doute que le transfert de près de 600 M€ de recettes de la taxe sur les carburants du budget de la transition écologique pour les réaffecter à celui dit général, suite à l'examen du projet de loi de finances rectificative pour 2018, devrait alimenter l'ire de gilets jaunes, encore mobilisés de façon erratique sur le sol domestique. Lorsque l'on sait que l'Assemblée nationale a adopté, à une large majorité cette semaine, le budget 2019, qui inclut certes des mesures en faveur du pouvoir d'achat mais surtout la progression des taxes sur le diesel et l'essence dès l'an prochain, on est en mesure de se questionner sur la prorogation, ou la réactivation du mouvement des gilets jaunes. Déplorant deux décès (l'un en Isère, l'autre dans la Drôme), des accidents à répétition, des affrontements et des dégradations en cascade, et des déblocages parfois musclés de péages (Saint-Quentin-Fallavier) ou de dépôts de carburant comme à Cournon-d'Auvergne dans le Puy-de-Dôme, les manifestants rongent leur frein le long des axes routiers, croquent le marmot du matin au soir sur les ronds-points et filtrent les accès, au grand dam des commerçants, victimes collatérales.

L'Assemblée enchaîne les votes de budgets, ceux de la réforme de la justice et de la Sécu pour ne citer que les plus récents. Attentifs, certains professionnels expriment leurs inquiétudes. C'est le cas des infirmières, à bout, qui fustigent le manque de moyens et d'effectifs, leurs conditions précaires de travail, les rythmes inhumains et la pression permanente. Elles ont débrayé pour alerter sur l'altération des services de soins. Des blouses blanches et des robes noires. La Conférence des barreaux de Rhône-Alpes (cours d'appel de Chambéry, Grenoble et Lyon, auxquelles s'ajoute l'Ardèche) a pris part, le 22 novembre, à la journée « Justice morte », avec renvoi des audiences et suspension des désignations. L'occasion de s'élever contre le projet de Loi de programmation de la justice, sacrifiant, selon les avocats, « les droits de la défense ».

On le voit, difficile de dresser les contours nets de cette sourde colère. Même si en filigrane, on retrouve la lutte pour le pouvoir d'achat. Et l'imminence des fêtes de Noël ajoute de la douleur à la douleur. Pour assurer le coup, les consommateurs profiteront du Black Friday, pour éviter de broyer du noir, à défaut de voir la vie en rose. Une parenthèse mercantile, comme un répit pour un exécutif chahuté. Une opportunité pour ce dernier de retrouver des couleurs…

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