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Les larmes de Violetta

Le public d'Orange venu pour écouter le légendaire ténor Placido Domingo, a fait une ovation à Ermonela Jaho dans cette Traviata d'anthologie. Viva Verdi
Les larmes de Violetta
Ermonela Jaho et Placido Domingo

CultureMusique Publié le ,

Beaucoup considèrent Placido Domingo comme le plus grand ténor des cinquante dernières années. Ils n’ont pas tort. A 75 ans, « le roi de l’opéra » conserve sa voix puissante, reconnaissable sur le registre de l’aigu, une présence magnétique et un sens inné du théâtre. Depuis quelques années, il a laissé libre cours à sa voix qui le ramène à ses débuts de baryton. Qui s’en plaindra si ce retour aux sources lui permet de prolonger sa carrière. Il n’a pas les atours du baryton verdien, mais il en a la noblesse et le charisme. Assez pour le public. Pour son public qui lui a réservé un accueil triomphal, aux Chorégies d’Orange où il n’avait pas chanté depuis 1978, depuis un fameux Samson et Dalila de Saint-Saëns. Alors pas question de mégoter sur les applaudissements.


Une fois passé l’émotion des retrouvailles, le beau chant a repris ses droits avec la montée en puissance d’Ermonela Jaho, interprète de cette Traviata qui marquera l’histoire des Chorégies. Après Madame Butterfly qu’elle a porté à bout de glotte face à un plateau peu homogène, la soprano albanaise avait du rebrousser chemin pour remplacer au pied levé Diana Damrau dans le rôle de Violetta. Les mélomanes n’ont pas perdu au change. Les sons filés, ce legato que l’on n’entend plus guère sur les scènes lyriques, cette capacité à monter dans les aigus, une réelle présence scénique, une plastique tout à fait séduisante et cette fragilité insondable en font une vraie diva. Face à ces deux monstres sacrés, le jeune ténor Francesco Meli (Alfredo) a du mal à faire entendre autre chose que sa voix de tête et le pathos de sa ligne de chant.


Non, la troisième star de la soirée se trouve dans la fosse, au pupitre de d’un Orchestre de Bordeaux-Aquitaine métamorphosé, comme élevé par la direction d’un jeune chef qu’ils ont longuement applaudi ou salué du frappé de leurs archets. Ce chef de 33 ans a pour nom Daniele Rustioni. En septembre 2017, il prendra ses fonctions de directeur de l’orchestre de l’Opéra de Lyon. « Bonne pioche », lançait le baryton Laurent Alvaro en coulisses. Ce talent s’entend dans contrastes sonores appuyés, les silences maitrisés, les pianissimi parfaitement négociés. Il se voit aussi. Dansant, virevoltant, Rustioni a dirigé le chef-d’œuvre de Verdi par cœur, chantant la moitié de l’opéra pour porter ses interprètes et surtout apporter ce qui manque cruellement à cette nouvelle production de Louis Désiré : du théâtre.


Dans ce spectacle, le metteur en scène fait le service minimum laissant le champ libre à son scénographe et costumiers Diego Mendez Casariego qui a imaginé un gigantesque miroir brisé qui reflètent les états d’âme de Violetta mais aussi d’où s’échappent les fantômes qui ont traversé sa vie. Un peu comme si la Traviata, au seuil du trépas, revivait en deux heures une vie de plaisirs et de souffrance. La Rochefoucauld n’écrivait-il pas que vivre d’amour c’est vivre de larmes ?

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