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Les larmes amères de Lady Macbeth de Mzensk

Kazushi Ono et Dmitri Tcherniakov accompagnent la descente aux enfers de l'héroïne de Chostakovitch. Ce spectacle de chair, de sang et d'amour marquera la saison lyrique.
Les larmes amères de Lady Macbeth de Mzensk
Jean-Pierre Maurin - La soprano lituanienne Ausrine Stundyte reviendra à Lyon pour "L'Ange de feu" de Prokofiev

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« Du chaos au lieu de musique », aurait déclaré Staline à la sortie d’une représentation de Lady Macbeth de Mzensk de Chostakovitch. Visiblement, le Tsar rouge n’avait pas l’oreille musicale. Car comment parler de galimatias lorsque la partition vous arrache de votre fauteuil pour vous conduire sur des contrées balayées par les flots d’une paroxysme malhérie, hérissées de saillies satiriques, jalonnées de rivages apaisés par des raffinements debussystes. Grand timonier de ce périple musical, Kazushi Ono fait rugir l’orchestre et gonfle la voile des choristes pour des moments d’un lyrisme expressif qui alternent avec des pianissimos qu’il cisèle tel un poète des sons et de l’âme.
Et l’âme de la belle Katerina, « maumariée » à un marchand riche mais impuissant, tenue sous la férule de son beau-père, se morfond d’ennui. Lorsque surgit Sergeï, nouvelle recrue de l’entreprise familiale, elle cède au charme bestial de ce coureur de jupon qui flaire la bonne affaire. L’assassinat du mari et de son père conduiront les deux amants en Sibérie où Katerina se suicidera après avoir tuée sa rivale. Du moins c’est ainsi que le prévoit le livret, de cet opéra composé en 1934, transposé de nos jours par Dmitri Tcherniakov. Et comme d’habitude, le jeune metteur en scène russe change le cours des choses en fin de parcours. Cela passe souvent –ce fut le cas au festival d’Aix-en-Provence avec un Don Giovanni d’anthologie-, cela casse parfois.
La production de Lady Macbeth de Mzensk en deviendrait presque trop sage s’il n’y avait le viol collectif d’une secrétaire au premier acte et le final glauque et d’une violence inouïe où Katerina finit sous les coups de bottes de ses geôliers. Comme d’habitude Tcherniakov situe l’argument dans un lieu unique, ici un entrepôt logistique. Ce choix de ce noyau central lui permet de resserrer les fils de l’histoire, d’intérioriser les enjeux, de créer une tension dramatique qui scotche le spectateur à son fauteuil.
Une telle lecture exige des interprètes dotés de grands moyens vocaux et d’un talent d’acteur. Avec une voix expressive et puissante, un regard d’acier dans la confrontation, des poses lascives dans l’abandon, Ausrine Stundyte (Katerina) possède ces deux atouts. Présente sur scène pendant les 3H que dure l’opéra, la soprano lituanienne (elle reviendra à Lyon pour L’Ange de feu de Prokofiev) vampirise un plateau où John Daszak (Sergueï) lui donne la réplique sur le même registre de l’excellence vocale et dramatique.
Ce chanteur wagnérien, qui a chanté le rôle de Siegfried dans la dernière production genevoise de la Tétralogie, dessine son rapport à Katerina dans une relation maître-esclave. Peter Hoare (le mari) et Vladimir Ognovenko (le beau-père), deux silhouettes connues de l’opéra de Lyon -le premier avait chanté dans Cœur de chien de Raskatov, le second dans Le Nez de Chostakovitch-, complètent les principaux rôles de cette production qui marquera la saison lyrique lyonnaise .

Antonio Mafra

Opéra de Lyon, jusqu’au 6 février.

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