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Dossiers : Les labels de qualité, vitrine d'Auvergne-Rhône-Alpes

Dossiers : Les labels de qualité, vitrine d'Auvergne-Rhône-Alpes

Economie Publié le ,

Les agriculteurs d'Auvergne-Rhône-Alpes seraient-ils plus rebelles que les autres ? Au regard de la carte du territoire recensant les multiples productions dotées d'un label, on est en droit d'imaginer qu'ils sont partis en bataille contre la production de masse, au profit du terroir et de la qualité. Car que ce soit une AOP, une AOC, une IGP (lire les définitions page suivante) ou un Label Rouge, la qualité, et rien que la qualité, anime les producteurs locaux. « S'engager dans l'obtention d'un label de qualité est leur façon de dire “ Il y en a marre des hormones et de faire abattre les bêtes ailleurs “ », résume Philippe Pionin, directeur du Comité départemental de promotion des produits d'Allier.

Pourtant, l'affaire est loin d'être simple. Un travail de longue haleine attend les producteurs, qui s'organisent en syndicat, pour monter un dossier argumenté à présenter à l'INAO, l'Institut national des appellations d'origine, garant de ces labels. Plusieurs décennies sont parfois nécessaires pour obtenir le sésame. Réintroduction d'une race animale, réapprentissage des techniques de fabrication des ancêtres en se plongeant dans les livres d'histoire, laisser le temps au temps…

Plus qu'une production, ce sont une véritable philosophie et un amour d'un terroir qui animent tous ces professionnels. « La France et Auvergne-Rhône-Alpes sont particulièrement dynamiques sur ces signes de qualité, constate Sylvie Marino, directrice de Rhône-Alpes Gourmand. L'ancrage territorial fort des producteurs et le besoin de confiance de la part des consommateurs incitent à valoriser les productions. »

Les retombées sont difficilement quantifiables mais visibles sur les cartes des bonnes tables régionales, qui plébiscitent ces produits et savent les reconnaître bien avant l'obtention d'un quelconque label.

Définitions

AOC - Appellation d'origine contrôlée

Le label officiel français a été imaginé par des viticulteurs de la vallée du Rhône, dans les années 1920, pour lutter, notamment, contre la tromperie sur la marchandise. Au fil du temps, les cahiers des charges se sont affinés pour arriver à des produits labellisés AOC qui confèrent au consommateur une garantie de provenance, de territoire et de respect d'un savoir-faire traditionnel. Pour prétendre au sésame, les éleveurs ou producteurs doivent répondre aux exigences de l'INAO.


AOP - Appellation d'origine protégée

Directement inspirée de la démarche initiée par la France avec l'AOC, l'AOP constitue un signe d'identification de la Communauté européenne créé en 1992. Le label protège la dénomination d'un produit dont la production, la transformation et l'élaboration doivent avoir lieu dans une aire géographique déterminée, sur la base d'un savoir-faire reconnu et constaté.


IGP - Identification géographique protégée

Elle identifie un produit agricole brut ou transformé, dont la qualité, la réputation ou d'autres caractéristiques sont liées à son origine géographique, selon l'INAO. L'IGP s'applique aux secteurs agricole, agroalimentaire et viticole. Elle protège le produit au niveau français et européen.

Label Rouge

Cette certification française désigne des produits qui, par leurs conditions de production ou de fabrication, ont un niveau de qualité supérieur par rapport aux autres produits similaires commercialisés, d'après la définition de l'INAO qui le délivre. Le Label Rouge peut être attribué à tous les produits quelle que soit l'origine géographique. Cette certification est principalement accordée aux volailles, œufs, foie gras, viande, charcuterie et produits de la mer.

Poulet du Bourbonnais : 25 ans pour préparer l'AOC

Le dossier a été déposé à l'INAO d'Aurillac il y a quelques semaines. La filière de l'Allier devra encore patienter une année pour connaître la décision de l'INAO national, après un travail de plus de 25 ans mené par une poignée d'éleveurs du poulet bourbonnais.

C'est un travail d'historien, d'aviculteur et surtout de passionné que mène Bernard Leutrat, président du Syvofa, le Syndicat de défense de la volaille fermière d'Auvergne, depuis 1990. Le petit-fils d'éleveurs de volailles dans l'Allier s'est engagé a réintroduire la race du poulet du Bourbonnais dans l'aviculture. Appellation labellisée par voix judiciaire en 1961, cette race défilait uniquement dans les concours de beauté prisés par des amateurs. « Une chance, note Bernard Leutrat, couveur dans les années 90. Grâce à ces volailles pure race, nous avons pu la remettre en production, pour la viande, en sélectionnant des lots de reproducteurs donnant 500 à 1 000 poussins pas semaine. Il nous a ensuite fallu trouver des éleveurs qui voulaient bien s'engager dans la démarche et un abattoir pour traiter et commercialiser la production. » Un travail de longue haleine qui passe par l'étude du descriptif d'élevage datant des années 60 afin de conserver toutes les qualités de cette volaille. « Les animaux sont élevés dans des petits bâtiments en construction bois hébergeant maximum 500 volailles, raconte le passionné de son territoire. Pour le confort des volailles, les anciens avaient compris qu'elles n'aimaient pas l'humidité. Les animaux sont installés sur un plancher en bois surélevé pour favoriser leur bonne croissance. Nourries aux céréales du secteur du Bourbonnais uniquement, elles sont élevées durant au moins 100 jours. »

L'objectif de départ de Bernard Leutrat, véritable meneur de projet depuis plus de 25 ans, est d'amener la production à l'AOC puis à d'autres certifications qualité comme le Label Rouge des volailles fermières d'Auvergne. Le dossier a été déposé à l'INAO d'Aurillac. « Il est conforme à ses attentes et est désormais à Paris qui décidera ou non d'envoyer, sur notre territoire, une commission d'enquête pour décortiquer notre démarche. Il faudra encore patienter un an. Ce sera un vrai plus pour les aviculteurs qui produisent selon le cahier des charges de l'AOC depuis plus de 20 ans mais qui ne jouissent pas de ses bénéfices. »

Huit aviculteurs et un abattoir ont suivi Bernard Leurat dans cette aventure. Ils produisent 500 volailles par semaine. « Il en faudrait 2 000 pour la viabilité de la filière. L'AOC nous permettra d'avoir ce volume car la clientèle, particuliers, distributeurs ou restaurateurs, plébiscitent les labels de qualité », constate-t-il. Encore peu présents dans toutes les assiettes, les poulets, chapons et poulardes du Bourbonnais séduisent toutefois des tables comme Troisgros ou Régis Marcon, qui détectent les bons produits avant toute certification officielle.

IGP Raclette de Savoie : être valorisée sur un marché de masse

La réflexion menée par l'Interpofessionnelle laitière savoyarde sur la protection de la raclette de Savoie remonte à 2002. « Des dégustations à l'aveugle ont démontré une nette distinction du fromage par son côté fondant, filaire et le peu d'huile qu'elle rejette, souligne Céline Pignol de SavoiCîme, l'organisme de défense et de gestion (ODG) administrant les trois fromages de Savoie que sont l'emmental, la tomme et la raclette. Le dossier de candidature à l'IGP a été présenté en 2009. Il est toujours en cours d'instruction. Le label de qualité devrait être obtenu dans les six mois. »

Obtenir cette certification vise à réellement démarquer le produit savoyard de ses concurrents. « La raclette de Savoie fournit 2 200 tonnes par an sur un marché de 80 / 90 000 tonnes, annonce Céline Pignol. Notre produit est noyé dans la masse. Une IGP le valorisera. » Les producteurs laitiers, regroupés autour de SavoiCîme, depuis de nombreuses années et dont le même lait sert à la fabrication des trois spécialités fromagères, attendent cette certification qui protégera le nom. Les producteurs fermiers pourraient rejoindre ces professionnels pour augmenter le potentiel.

Les chiffres clés Auvergne-Rhône-Alpes

64 AOP, 31 IGP et 7 IG (Indications géographiques), toutes filières confondues, ce qui place Auvergne-Rhône-Alpes en 3e position en France.

15 800 exploitations régionales (1 sur 4) ont un produit sous signe officiel de qualité.
Auvergne-Rhône-Alpes se place en première position pour le lait et les produits laitiers, avec 40 % des fromages AOP produits en France pour 22 AOP et 5 IGP recensées ; premier rang pour les fruits et légumes avec 7 AOP et 4 IGP

Sources : Agreste Panorama Auvergne-Rhône-Alpes, Direction régionale de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt - Janvier 2016

Dossiers en cours d'examen à l'INAO : AOC Bois de Chartreuse, AOC Poulet du Bourbonnais, IGP Jambon de Savoie.

Dossiers en cours d'examen en commission européenne :IGP Raclette de Savoie, IGP Saucisson sec d'Auvergne ou Saucisse sèche d'Auvergne, IGP Jambon d'Auvergne.

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