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Les entreprises font leur rentrée… motivées !

Pass sanitaire, approvisionnement en matière première, recrutement… Les enjeux de la rentrée 2021 sont nombreux pour les entreprises tandis que la crise sanitaire perdure. Pourtant, un an et demi après son apparition, le pouls de l'activité économique bat toujours et les perspectives de croissance sont réjouissantes pour des chefs d'entreprises résilients et peut-être un peu plus sereins. Alors que la politique du « quoi qu'il en coûte » va progressivement s'éteindre, de nouveaux défis opérationnels attendent donc les entreprises, pour réellement s'engager sur la voie de la relance.
Les entreprises font leur rentrée… motivées !
© J.T.

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Depuis le 19 mai et la réouverture des restaurants, cinémas et commerces, un vent de retour à la normale semble souffler en France malgré la persistance d'un virus toujours plus protéiforme et virulent, freiné sensiblement par une vaccination qui produit somme toute ses effets. Le baromètre du climat des affaires réalisé au début de l'été par l'Insee montrait d'ailleurs que l'espoir avait pris le pas sur l'incertitude.

En cette semaine de rentrée, l'optimisme semble toujours de rigueur, confirmé par un moral au beau fixe des entrepreneurs croisés sur l'hippodrome de Paris-Longchamp, là où se tenait la Rencontre des entrepreneurs de France (24 au 26 août), la REF, organisée par le Medef. Ces « universités d'été » véritable diapason pré-automnal de la situation économique française tranchaient véritablement avec la précédente édition de la REF, plus anxiogène tandis que le gouvernement présentait un plan de relance inédit de 100 Md €.

Des enjeux sanitaires, d'emploi et d'approvisionnements

Jean-Luc Raunicher, président du Medef Auvergne-Rhône-Alpes, et présent sur la REF 2021 l'atteste : « Contrairement aux prédictions de début de crise, l'économie française a bien résisté. Le mur des faillites n'a pas eu lieu, il n'y a pas eu un million de chômeurs en plus... Mis à part dans les secteurs encore frappés par la crise, l'activité, dans notre région comme dans le reste du pays, a presque retrouvé son niveau d'avant-Covid ». Et ce dernier de préciser : « Il faut dire que les pouvoirs publics (Etat, Région) et les réseaux bancaires ont été au rendez-vous durant ces derniers mois. Et surtout, les entreprises ont montré leur formidable agilité et leur capacité de résilience ».

Le dirigeant haut-savoyard confirme également que l'heure est désormais à la relance. « Il faut mettre un terme au « quoi qu'il en coûte ». Bien sûr, il faut réserver le soutien public à ceux qui en ont encore besoin. La mise en œuvre du pass sanitaire complique la reprise dans certains secteurs : centres commerciaux, monde culturel, parcs d'attraction, restauration …, où les premières remontées font état d'une baisse sensible de la fréquentation. Mais c'est un mal nécessaire. Il faut à tout prix éviter un nouveau confinement qui paralyse notre économie et sortir de cette crise sanitaire. Une seule voie à ce jour : la vaccination ».

Sur ce sujet, enjeu opérationnel socio-économique sensible, le patronat fait preuve d'une certaine prudence, Geoffroy Roux de Bézieux expliquant : « j'espère que les premiers contrôles feront preuve de souplesse ». Le président du Medef ayant conscience de la complexe équation entre reprise économique et adhésion totale à la vaccination en entreprise.

Deux autres enjeux s'invitent en cette rentrée des entreprises comme le rappelle Jean-Luc Raunicher : « Globalement, les carnets de commande sont aujourd'hui bien garnis, notamment dans l'industrie et le bâtiment. Mais deux points noirs subsistent : d'abord, les entreprises sont confrontées à une flambée inédite des coûts des matières premières, dont on ne sait pas encore si elle est conjoncturelle ou structurelle. Flambée à laquelle s'ajoutent des délais de livraison de plus en plus en longs. Ensuite, reste la difficulté à recruter, dans tous les secteurs et pour tous les niveaux de qualification. Cela peut paraître surprenant dans un pays où le chômage demeure élevé… Cette grave pénurie de main d'œuvre a trois causes identifiées sur lesquelles il faut absolument agir pour éviter qu'elle ne freine trop la reprise : une inadéquation entre la formation des salariés et les besoins des entreprises ; une absence de mobilité pour trouver un emploi ; et un système d'assurance-chômage qui n'encourage pas toujours à reprendre une activité. La réforme de l'assurance-chômage doit à ce titre bien entrer en vigueur au 1er octobre ».

De son côté, le gouvernement semble en ordre de marche sur cette échéance relative à l'emploi. « L'emploi va mieux, le chômage baisse, si nous voulons inciter les Français à retourner au travail, il faut que la réforme entre en vigueur » confirmait Bruno Le Maire devant le patronat en cette fin août.

Le ministre de l'Economie a aussi acté de la fin du quoiqu'il en coûte pour une action « à la carte » auprès des entreprises, rappelant : « nous avons protégé économiquement notre pays. On nous annonçait un million de chômeurs supplémentaires, et aujourd'hui le niveau de chômage est inférieur à la situation avant-Covid. On nous disait que nous mettrions trois ou quatre ans avant de retrouver le niveau d'activité habituel, je vous confirme que notre objectif, c'est de retrouver ce niveau d'avant crise fin 2021 et non pas 2022, grâce à une consommation bien orientée et à des investissements eux-aussi bien orientés. L'emploi va mieux, le chômage baisse, si nous voulons inciter les Français à retourner au travail, il faut que la réforme entre en vigueur ».

Comme l'a souligné le ministre, le « déblocage de 300 Md€ de PGE en 48h » montre la capacité du gouvernement à accompagner les entreprises et protéger l'économie française. Une réussite qui a entaché celle des prêts participatifs qui n'ont pas rencontré un franc succès. Mais Bruno Le Maire prévoit de « les rendre plus attractifs, plus utiles pour la reconstitution des fonds propres, et donc plus efficaces pour l'investissement ».

L'occasion pour le ministre de rappeler qu'un plan d'investissement se prépare d'ici la fin d'année pour succéder au plan de relance, et la perspective de voir émerger de nouvelles filières industrielles. Avec l'objectif, selon les termes d'Emmanuel Macron, de « bâtir la France de 2030 » via des secteurs d'avenir garants de l'une certaine indépendance industrielle. La pénurie en son temps de masques et plus récemment de semi-conducteurs rappelant sans cesse la dépendance du Vieux Continent à l'Asie.

« Quand on regarde les 30 dernières années, il y a eu en matière industrielle une capitulation française, je n'hésite pas à le dire. Ceux qui disaient « il faut réindustrialiser » ont augmenté les impôts de production sur les usines et entreprises, en ruinant toutes perspectives de création d'emploi… Ils ont augmenté les charges sur les salaires, ils n'ont pas eu le courage, comme nous, de réduire la fiscalité sur le capital pour dégager des marges de manœuvre, pour investir, innover, et maîtriser les nouvelles technologies ».

Vers de nouvelles filières industrielles

Tandis que quatre secteurs (aéronautique, agro-alimentaire, santé et luxe) supportent 80 % des exportations, Bruno Le Maire veut créer de nouvelles filières telles que l'intelligence artificielle ou l'hydrogène vert.

Pour le secteur du bâtiment, Olivier Salleron, président de la Fédération Française du Bâtiment dépeint une activité qui est bonne avec « des carnets de commandes entre 8 et 10 mois. Sur ce point l'optimisme est au rendez-vous chez les entrepreneurs. En revanche, le risque d'une pénurie de matériaux est aujourd'hui avéré. La relance dans le bâtiment est mondiale et exponentielle. 15 % des artisans et entrepreneurs ont eu un problème d'approvisionnement de délais et de pénurie de matériaux. Donc soit ils ont arrêté leur activité soit se sont débrouillés pour reprendre un chantier. Le médiateur de L'Etat a bien travaillé au niveau des fournisseurs et des producteurs et des distributeur pour éviter les effets d'aubaine et évité une flambée des prix ».

A l'instar des traditionnelles rentrées de septembre, celle de 2021 pour les entreprises est dense, et nourrie cette fois-ci par la prochaine échéance présidentielle, dans laquelle souhaite s'inscrire le Medef : « Nous essaierons de faire entendre notre voix sur les sujets économiques même si cela reste difficile dans le tempo présidentiel qui se dessine, car les sujets sont nombreux. Et ce sont souvent les plus clivants qui prennent le pas. Nous avons un certain nombre de messages à faire passer : le financement de notre modèle social qui avec le vieillissement de la population pose problème, le défi de l'éducation, sans oublier l'enjeu de l'intégration. Ou comment reconstituer une société dans laquelle l'entreprise a un rôle à jouer. On voit bien que dans cette crise tous les débats hystériques s'arrêtaient à la porte des entreprises. D'ailleurs, toutes les études montrent que les entreprises ont une image très forte dans notre pays, et qui s'est améliorée durant la crise » prévient Geoffroy de Roux de Bézieux.

La vivacité du patronat français telle qu'elle s'est imposée durant ces universités d'été du Medef ne doit pas faire perdre de vue que la compétitivité des entreprises s'inscrit à un échelon européen. Comme le rappelle Thierry Breton, commissaire européen en charge du marché intérieur : « Il faut être compétitif et être moins naïf. Nous sommes seuls, personne ne viendra nous chercher il faut donc être offensif et créer de nouvelles conditions d'installation d'usines en Europe. Nous avons réussi à harmoniser le pass sanitaire européen, ce qui était compliqué à faire voter entre les 27 membres, et cela en moins d'un mois. On ne peut pas revivre une deuxième vague de confinement, il faut accélérer la vaccination. Nous sommes le premier continent de la planète en matière de vaccination ».

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