Fermer la publicité
Journal d'annonces légales et d'informations économiques pour le département du Rhône

Les enjeux de la relance de l'activité pour les entreprises

Publié le - - Economie

Les enjeux de la relance de l'activité pour les entreprises
Aurélien Barrié et Paulo Zoppi

Aurélien Barrié, avocat associé au cabinet Seigle Barrié & Associés et Paulo Zoppi, spécialiste fusions-acquisitions chez Clairfield International à Lyon, membres du réseau Prévention & Retournement qui regroupe les spécialistes du restructuring*, évoquent les bouleversements induits par la crise et par le plan de relance gouvernemental dans l'organisation des entreprises depuis la rentrée.

Que pensez-vous du plan de relance présenté par le gouvernement ?

Aurélien Barrié : "C'est un plan de relance ambitieux et d'une envergure jamais inégalée. Est-il orienté correctement ? Il ouvre en tous les cas de nouveaux débouchés pour les entreprises pour leur pérennité. Nous sommes a un tournant de mentalités sur la production et la consommation. Les entreprises "ont tout intérêt à investir dans ces secteurs d'avenir qui font l'objet de financements significatifs (Ndlr : transition énergétique, santé, …).

Paulo Zoppi : "Ce plan de relance reste flou avec beaucoup de doutes et avec le spectre d'un possible reconfinement. Si le gouvernement a bien aidé les entreprises et leurs trésoreries, j'ai des craintes sur une véritable reprise de l'activité à ce jour. Dans son application, le gouvernement veut faciliter l'orientation des financements."

"La liquidité du marché bancaire est indispensable"

Vous soulevez la problématique de liquidité, quelles sont les remontées des entreprises que vous accompagnez ?

A.B : "Il y a effectivement la question des liquidités qui a été résolue via les prêts garantis pas l'État et les allègements de charges. Aujourd'hui la problématique majeure pour les entreprises est leur solvabilité. Celle-ci se caractérise par le remboursement de la dette grâce à à la reprise de l'activité. Mais celle-ci sera-t-elle suffisante pour que les entreprises puissent s'acquitter de ces dettes…

On se heurte au fait que ce plan de relance est calibré pour certains secteurs d'activité et pas pour d'autres. Si les les problématiques de liquidités ont été résolus, celle de la solvabilités a été repoussée."

Le rôle des banques reste donc primordial dans cette perspective ?

P.Z : "Sur le plan macro-économique, on est en train d'étaler le problème dans le temps, en lissant les effets de cette crise sans précédent. Le système bancaire reste un rouage essentiel de l'économie. Quel que soit d'ailleurs les gouvernements, nous sommes tous persuadés que sur plan économique mondial, la liquidité du marché bancaire est indispensable.

Cette situation traduit une phase de transfert. On a différé des charges sociales que l'on intègre dans un PGE de 300 Md € et on se demande s'il vaut mieux un échelonnement des charges à 0, sur plusieurs mois puis amortissables sur 36 mois maximum.

Dans le cadre des commissions de chefs de services financiers sur les délais de paiement, on fixe maximum 12 mois. Et le rééchelonnement se fait entre 18 et 36 mois.

Le gros problème associé, cette fois-ci micro-économique, est que les les entreprises ne disposent pas de la visibilité pour savoir si elles pourront rembourser sur un an ou plus. On parvient donc à un transfert de la comptabilité publique qui raisonne en « entrées-sorties » et non pas en "amortissement". Avec l'idée d'éviter un déficit public qui serait de 20 à 25 % pour le ramener à 10-15 % avec une contre-garantie de l'État."

A.B : "Le secteur bancaire est mis à rude épreuve car les PGE ne lui permet pas de faire des prêts classiques d'investissement. La question des résultats et des fonds propres des établissements bancaires va alors se poser."

"Les entreprises pourront-elles financer un plan d'activité dans un climat incertain ?"

En filigrane, il y a un donc enjeu fort de structuration de la dette pour les entreprises ?

A.B : "Il est évident que les entreprises, petites ou grandes, qui avaient des situations saines et bénéficiaires antérieurement au confinement, et qui ont du contracter un PGE jusqu'à 20-25 % du montant de leur chiffre d'affaires, vont se retrouver avec des restructurations de dettes fortes. Se posera alors la question de la capacité des entreprises à rembourser cette dette."

P.Z : "L'enjeu pour les entreprise est leur business plan . Quel sera le niveau de leur compte d'exploitation prévisionnel ? Il est certain qu'il vaut mieux contre garantir des banques à 90% sur un potentiel rééchelonnement au-delà de la fin du PGE.

Le mécanisme du PGE garantie d'abord pendant un an le contractant avec une franchise de trois mois et au-delà de cette année, l'entreprise peut rééchelonner la dette pendant 5 ans environ à des conditions à définir avec les banques."

Quelles sont les principales problématiques auxquelles vous devez faire face avec vos clients respectifs ?

A.B : "Nous avons des interrogations sur les entreprises qui ne se portaient pas très bien avant la crise et qui ont bénéficié de PGE et d'allègements de charges. Quelle sera leur business plan sur leur poursuite d'activité ? Nous avons une grosse crainte de la deuxième vague.

Pour les entreprises qui étaient solides financièrement et qui ont bénéficié d'un PGE, on constate que des opportunités de croissance externe vers plusieurs secteurs d'activité se font jour. La question est de savoir si elles pourront financer et tenir un plan d'activité avec cette incertitude qu'on connaît aujourd'hui."

P. Z : "La crise Covid transforme la façon de vivre des gens. On voit par ailleurs des segments comme celui de l'hydrogène en plein essor avec des investissements significatifs. En l'espace de trois mois la question écologique s'est imposée dans les business. Un de mes clients qui construit des tours de grande hauteur se pose des questions de l'impact du télétravail sur son activité. Je crois beaucoup au modèle des croissances externes pour les entreprises qui voudront se réinventer. Il y aura beaucoup de reprises d'entreprises en difficulté sans forcément beaucoup de casse sociale.

Les modes de consommation changent aussi et les gens ont des aspirations à manger plus local. Nous avons des clients qui cherchent à investir dans l'hygiène et l'alimentation locale par exemple."

Vos propres métiers se transforment également ?

A. B : "La profession d'avocat se métamorphose effectivement. Nous avons forcément dû modifier nos habitudes de travail avec la mise en place du télétravail. Pendant la période Covid nous avons tenu des audiences en visio-conférence ou en call conférence. Il y a un vrai changement de mentalités chez les avocats, et la présence physique tous les jours au bureau pour certains collaborateurs n'est plus forcement obligatoire. La crise a accéléré le mouvement des habitudes de travail et la confiance que les chefs d'entreprise ont dans leur personnel."

P.Z : "Nous sommes conscients de ces bouleversement sociaux. N'est-il pas d'ailleurs plus pratique et efficace que l'on soit en conférence téléphonique plutôt que chacun prenne sa voiture pour se rendre à un lieu de rendez-vous physique, de surcroit masqué ? Le contact humain reste important mais les relations vont changer profondément."

* Née en 2004 à Lyon, Prévention & Retournement est une association qui regroupe des acteurs du restructuring dans les domaines de l'administration judicaire, du droit, du chiffre, de la banque et du financement, du management opérationnel et des RH.
Tour d'abord limité à la région Auvergne-Rhône-Alpes, le réseau s'est développé avec l'ouverture d'une antenne à Marseille en 2015, puis à Bordeaux en 2017. Aujourd'hui, 150 membres composent l'association Prévention & Retournement."




Julien THIBERT
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Le Tout Lyon Journal d'annonces légales et d'informations économiques pour le département du Rhône

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer