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Dossier / Les avocats mûrs pour la digitalisation

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Dossier / Les avocats mûrs pour la digitalisation
©JT - Nicole Belloubet lors de la réunion lyonnaise

Qui a dit que le métier d'avocat n'était plus en phase avec les réalités du monde qui l'entoure ? Qu'on se le dise, la profession, à l'instar des huissiers, experts-comptables ou notaires a aussi pris le virage du numérique. Non pas seulement pour déployer des outils de gestion stricto-sensu mais pour réinventer la relation clients-avocat au profit d'une justice plus moderne, rapide et répondant aux nouveaux usages des justiciables. Pour Farid Hamel, bâtonnier de Lyon, c'est aussi « un moyen de conquérir le champ de l'innovation pour éviter que d'autres acteurs prennent la place ». En coulisse se joue la concurrence avec les legaltechs qui offrent aussi des services juridiques mais échappant à tout environnement réglementaire et parfois éthique, deux éléments constitutifs des ordres. Aujourd'hui, le défi dépasse même le prisme concurrentiel pour investir le champ du financement. Car déployer de l'innovation coûte cher et prend du temps. Voici les missions nouvelles des incubateurs qui fleurissent au sein des ordres. Au nombre de 12 en France* (donc celui de Lyon) ils suscitent l'intérêt… La récente visite de Nicole Belloubet, Garde des Sceaux, entre Rhône et Saône pour découvrir l'incubateur du barreau lyonnais, témoigne de l'ampleur prise par ces nouvelles structures du droit qui décloisonnent et réinventent toute une profession. *Aix-en-Provence, Bordeaux, Grasse, Grenoble, Lyon, Marseille, Montpellier, Nîmes, Paris, Rennes, Strasbourg et Toulouse

« LES AVOCATS SE DÉCLOISONNENT GRÂCE À L'OUTIL NUMÉRIQUE »

LISE DAMELET, CO-FONDATRICE DE L'INCUBATEUR DU BARREAU DE PARIS ET MEMBRE DU RÉSEAU NATIONAL DES INCUBATEURS DE BARREAUX (RNIB)

De quelle manière analysez-vous la digitalisation du métier d'avocat ?

Ce mouvement lie de manière très intime les notions d'entrepreneuriat et de numérique. Il s'agit d'une transformation profonde de l'état d'esprit de notre profession face à la dématérialisation de la relation clients/avocats. Localement à Lyon par exemple cette démarche hybride est accompagnée par l'emlyon business school qui fournit son expertise en termes de management et d'incubation.

Dans quel cadre la visite de la Garde des Sceaux le 30 août à l'Ordre des avocats de Lyon s'est-elle inscrite ?

Cette visite était importe car elle s'inscrit dans une relation débutée avec le ministère de la Justice en 2017, à l'occasion de la Convention nationale des barreaux qui avait alors lieu à Bordeaux. La ministre s'était montrée très intéressée par l'existence des premiers incubateurs que nous avions lancés à Paris, Marseille, Rennes, Bordeaux, Toulouse et Lyon. Nous avons eu ensuite l'honneur de présenter notre action aux Etats-Unis en avril 2018 à l'occasion d'une visite d'Etat d'Emmanuel Macron à Washington, à laquelle Nicole Belloubet, qui participait aussi à ce déplacement, nous avait conviée. Le 29 novembre dernier, à l'occasion du Vendôme Tech, nous avons pu signer en présence de la ministre les statuts du Réseau national des incubateurs de barreaux. D'une profession réglementée, jugée « archaïque » par certains nous passons à une profession moderne qui se structure. La Garde des Sceaux s'est montrée très intéressée par les projets incubés et présentés à Lyon voire surprise par rapport à l'avancement et la pertinence de certains services digitalisés. Je pense qu'elle ne s'imaginait pas à quel point ce type de technologie était si avancée.

Est-ce à dire que la profession se réinvente ?

Nous connaissons effectivement une révolution sans précédent. Ce n'était pas gagné d'avance car lorsque nous présentons le projet d'incubateurs en 2013 devant le Conseil de l'Ordre, nous nous faisons presque huer. Une posture qui traduit l'image d'une déconnexion entre l'avocat et le monde qui l'entoure. Nous sommes passés du silex au silicium ! Aujourd'hui la profession se décloisonne et l'avocat s'intègre dans un mode collaboratif.

Que pensez-vous de l'argument selon lequel les legaltech auraient précipité cette réinvention du métier d'avocat ?

Nous travaillons depuis 2012 à l'émergence de nos incubateurs. Le problème c'est qui nous avions le savoir-faire mais pas le faire-savoir du fait de la réglementation de notre profession limitant nos démarches de promotion. A l'image des professions d'huissier ou d'expert-comptable, nous avons pu prendre très tôt le virage du numérique. Beaucoup d'avocats ont développé au sein de leur cabinet leurs propres outils analytiques en intégrant l'expertise des legal tech.

En quoi la numérisation a-t-elle révolutionné votre métier ?

Nous sommes partis d'une amélioration de nos outils de gestion au sein de nos cabinets pour parvenir aujourd'hui à de véritables applications qui nous permettent de délivrer des services et de réinventer aussi la relation avec nos clients. Ces technologies permettent par ailleurs de quantifier l'aléa judiciaire. Mais à tous les niveaux du droit (concurrence, familial, financier, …) la modélisation de nos process est un atout.

Quels sont les prochains rendez-vous pour le réseau national des incubateurs de barreaux ?

Nous présenterons officiellement le 18 septembre le site Internet du RNIB ainsi que l'intégration des incubateurs de Toulouse et de Nantes. Avant la fin 2019, nous organiserons le National Pitch Day, un nouvel événement durant lequel les porteurs de projets viendront présenter leurs solutions devant des investisseurs. Le réseau « Business Angels » des polytechniciens et bpifrance seront notamment présents. C'est une nouvelle phase de notre développement : booster le financement pour déployer massivement les innovations de demain.

LYON TERRE D'INCUBATION

L'incubateur du barreau de Lyon est porté par la Commission innovation et exercice du droit présidée par Me Alexis Chabert. Le barreau de Lyon a très tôt adopté une démarche prospective sur les modes d'exercice, les organisations et le marché du droit. Il a concrétisé cette vision, avec la création de cette commission en 2015 puis avec la création de l'incubateur en 2017. Aujourd'hui, la structure accompagne une dizaine de cabinets* qui ont développé des solutions innovantes dans leurs métiers respectifs du droit. En voici quelques exemples.

AGRUME

Ce logiciel en mode SAAS permet l'établissement de contrats de travail sur-mesure grâce à l'intégration automatique de données concernant les closes, les besoins spécifiques de l'employeur, les conventions collectives… Porté par Me Colomban de La Monneraye, Agrume est incubé depuis 2017. Cette solution se veut sécurisée tout au long de la procédure, de la collecte des informations à l'exécution du calendrier de procédure.

ENTREPRENDREAVEC.COM

Portée par Mes Alexandra Joly (Barreau de Grenoble) et Candice Losada, EntreprendreAvec.com est une plateforme d'annonces exclusivement réservée aux annonceurs professionnels du droit et du chiffre (avocats, experts-comptables, notaires, administrateurs et mandataires judiciaires) qui souhaitent disposer d'un outil adapté à la publication des offres d'achat ou de vente d'entreprises de leur clients.

LEGAL PILOT

Porté par les cabinets Mags Avocats et Shift Avocats, cette solution génère des contrats automatisés. Vainqueur du prix de l'innovation Village de la Justice 2018 et du Coup de Coeur Digital Booster 2018, Legal Pilot est un logiciel SaaS enrichi par de nombreuses fonctionnalités : messagerie, chat, groupe de travail, export word et pdf, dashboard, statistiques, etc. qui permettent d'interagir plus simplement avec les contenus juridiques et de piloter efficacement les données.

NEWTRUST

Véritable Paypal à la française, Newtrust répond aux problématiques d'impayés. Porté par Mes Sylvain Brillaut et Ergun Saran, cette plateforme agit en tant qu'intermédiation entre un avocat et des personnes en relation d'affaires. Le montant de la transaction est séquestré auprès de l'avocat sur son compte Carpa, les fonds étant débloqués totalement ou partiellement du consentement des deux parties.

PLUME BY CODA

Lauréat des Victoires de l'Innovation Juridique 2019 dans la catégorie « Prix du Cabinet d'Avocat », cette legaltech en droit de la famille s'adresse aux parents séparés et qui a pour objet d'organiser le mode de garde de ses enfants. Conçu sur le modèle collaboratif, « Plume by Coda » vise à favoriser l'accord entre les parents, qui imaginent ensemble leur convention parentale 100 % sur mesure, à partir de nombreuses propositions disponibles sur le site.

POMELAW

Porté par Mes Raphaël Cottin et Julie Le Goff et incubé depuis 2016, Pomelaw a reçu le prix de l'innovation des avocats en relation avocat-client. Il s'agit du premier cabinet d'avocats d'affaires 100 % en ligne, proposant

aux entrepreneurs une centaine de prestations forfaitisées recoupant l'ensemble des besoins juridiques des entreprises. Possédant une entité physique à Lyon, Pomelaw réalise 35 % de son chiffre d'affaires en ligne.

* Visio Avocats, Legal Pilot, Pomelaw, EntreprendreAvec, Agrume, Ma Belle Parcelle, VpourVerdict, Plume by Coda, Newtrust




Julien THIBERT
Journaliste

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