AccueilEditos-BilletsLe Mot d'actu : Répétition

Le Mot d'actu : Répétition

.
Le Mot d'actu : Répétition
DR - soldats républicains de la 45e division dans les environs de Villanueva de la Cañada, lors de la bataille de Brunete

ActualitéEditos-Billets Publié le ,

Même latitude géographique pour le sud de l'Espagne et le nord de la Syrie, avec quelques milliers de kilomètres de distance. Deux pays qui a 80 ans de distance environ, ont connu, connaissent les affres de la guerre civile. Guerre civile la bien nommée mais mal orthographiée (civils serait plus juste...) dès lors que ce sont les civils qui avant tout pâtissent de ce type de conflit. Elle est un peu oubliée, la guerre d'Espagne (1936-1939) et pourtant cet affrontement impitoyable entre Républicains et Franquistes devrait offrir matière à réflexion. Pour ce qui se passe en Syrie.

Au reste, ces deux pays furent tous deux dans leur histoire un « terrain de jeux » pour la France : Louis XIV n'installa-t-il pas, guerre à l'appui, celle de succession d'Espagne, son petit-fils sur le trône espagnol en 1700, et la Syrie ne vécu-t-elle pas sous protectorat français de juillet 1920 à 1946?

Similitudes aussi dans les guerres civiles, qu'a vécu l'Espagne et qu'endure la Syrie aujourd'hui. Des conflits tous deux internationalisés où l'on retrouve de plus certaines mêmes puissances : l'URSS par exemple qui soutenait le camp républicain en Espagne et qui, devenu la Russie soutient le clan Assad qui soit dit en passant s'apparente plus à Franco... La France aussi, qui participe aux bombardements de la Syrie de la coalition, fournissait dès 1936 le camp républicain en matériel aéronautique, discrètement. D'ailleurs cette dimension de guerre aérienne et de bombardements étrangers, on la retrouve dans les deux guerres civiles : qui ne se souvient des attaques aériennes de la Légion Condor allemande en Espagne et du tableau de Picasso consacré au bombardement de la ville basque de Guernica?

Dans ces deux guerres civiles internationalisées également, les minorités jouèrent leur carte : à l'instar des Kurdes en Syrie, les Catalans furent farouchement républicains entre 1936 et 1939 en Espagne. Et dans les deux cas aussi, affluèrent, affluent des combattants volontaires étrangers en dehors de la volonté de leur gouvernement : les Brigades internationales en Espagne, on sait ce qu'il en est en Syrie aujourd'hui.

La dimension religieuse se retrouve également dans ces deux guerres civiles tout comme les massacres au nom de la religion : les atrocités contre le clergé espagnol renvoyant aux massacres de chrétiens d'Orient. Et provoquant des réactions indignées d'intellectuels : Bernard-Henri Lévy continuateur de Georges Bernanos ?

L'impuissance de la SDN (Société des Nations) à enrayer la guerre en Espagne tout comme celle de l'ONU de nos jours à faire taire les armes en Syrie désespère. Et les flots de réfugiés syriens fuyant les combats et frappant aux portes de la Turquie et de l'Europe rappellent hélas une situation que notre pays a bien connu : les 10 000 Basques et Républicains quittant leur pays pour la France en 1936 dans le même temps où les Catalans hostiles aux Républicains ralliaient Marseille ou l'Algérie alors française ; le pire survenant en 1939 avec les 450 000 Espagnols se réfugiant en France, avec la création sur notre sol de camps d'internement.

Comparaison, on le sait bien, n'est pas raison et l'histoire ne se répète pas quand bien même certains rapprochements demeurent troublants. La situation en Syrie ne répète donc pas (tout à fait...) celle de l'Espagne d'il y a quatre-vingts ans. Tant mieux au demeurant si l'on se souvient du deuxième sens du mot répétition : les historiens n'estiment-ils pas que la guerre d'Espagne fut une répétition pour la Seconde Guerre mondiale ? Croisons les doigts pour qu'il n'en soit pas de même avec la Syrie.

Partage
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?