AccueilActualitéEditos-BilletsBillet-Le Mot d'actu : Réforme

Billet-Le Mot d'actu : Réforme

.
Billet-Le Mot d'actu : Réforme

ActualitéEditos-Billets Publié le ,

Il a peut-être manqué l'occasion de faire fortune, ce haut-fonctionnaire anonyme de l'Education nationale, grâce aux légitimes droits d'auteur qu'il aurait pu percevoir avec sa formule choc sur les étudiants et lycéens qui descendent dans la rue. Car on le sait bien maintenant qu'il l'a soufflée, cette formule, à au moins deux ministres de la rue de Grenelle, qui l'ont popularisée, Luc Ferry et Jack Lang. La formule ? « Les étudiants (ou les lycéens, au choix) c'est comme le dentifrice : quand ils sont sortis du tube, on ne sait plus comment les faire rentrer ». Nul doute que la formule va resservir durant les prochains jours compte-tenu du contexte lié à la réforme du Code du travail. Comme d'habitude est-on tenté d'écrire, effeuillage des calendriers du demi-siècle écoulé à l'appui.

22 mars 1973 : 2 ou 300 000 jeunes dans la rue pour protester contre la loi Debré de réforme du sursis du service militaire.

Mars-mai 1976 : grève de trois mois des universités contre la réforme du 2e cycle universitaire proposé par Alice Saunier-Seïté.

Printemps 1979 : mobilisation de jeunes contre les « stages Beullac » en entreprise.

Automne-hiver 1986 : manifestations de jeunes contre le projet Devaquet de sélection d'entrée à l'université, qui feront des victimes.

1991 : mobilisation de jeunes contre la réforme Jospin des premiers cycles universitaires.

Printemps 1994 : manifestations de jeunes contre le Contrat d'insertion professionnelle dit SMIC jeune.

Janvier-mai 2005 : manifestations de jeunes contre la loi Fillon d'orientation et de programme pour l'avenir de l'école.

Février-avril 2006 : manifestations de jeunes contre le Contrat première embauche (CPE) de Dominique de Villepin.

Septembre-novembre 2010 : les jeunes rejoignent les manifestations monstres contre la réforme des retraites.

Mars... 2016 : les jeunes emboîtent le pas aux manifestations contre la réforme du Code du travail.

Un peu fastidieux, on en convient, cette énumération qui permet toutefois de faire quelques constats : tout d'abord que ces mouvements concernent très majoritairement des réformes ou projets de réforme venus de gouvernements de droite ; le mouvement actuel apparait « original » donc. Ensuite deuxième constat, alors que 1968 proposait de changer la société (quand bien même cela apparaissait utopique, c'était au moins une proposition...), tous ces mouvements que l'on vient d'évoquer furent motivés par des refus de changer la situation existante, alors même qu'ils émanaient de forces dites progressistes ; de là à dire qu'on a vu naître un « conservatisme progressiste »... Enfin dernier constat, ces poussées de fièvre, une tous les cinq ans en moyenne depuis 1968, ont lieu majoritairement au printemps : qu'en pensent les sociologues et même les ethnologues ? En attendant leurs conclusions, nos dirigeants peuvent toujours adopter une règle simple : ne faire des réformes qu'en hiver.

Partage
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?