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Le mot d'actu : " Licornes "

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C'était il y a dix ans, le logiciel emblématique Illustrator s'ouvrait avec la célèbre Naissance de Vénus de Botticelli, hommage d'une société de nouvelles technologies de la fin du XXe siècle à la Renaissance des XVe-XVIe siècles. A la même époque, au tournant de ces siècles donc, un des membres de la famille Le Viste, des négociants lyonnais, commandait le tissage de tapisseries, celles de la Dame à la licorne, animal fabuleux qui renvoie aux start-up d'aujourd'hui, les « unicorns ».

C'est à Aileen Lee, fondatrice de Cowboy Ventures, une spécialiste américaine du capital-risque, que l'on doit la nouvelle vie du terme licorne pour désigner les start-up dont la valorisation dépasse le milliard de $. Une appellation qui date de 2013, l'année même où la société Tweeter, à l'occasion de son introduction en bourse (le 7 novembre), affichait une valorisation de 24,7 milliards de $. Aujourd'hui la société se retrouve dans la tourmente boursière frappée du même mal que toutes ses consoeurs, une valorisation tutoyant les sommets alors que les profits, eux, tardent à être au rendez-vous. Un mal endémique : déjà lors de l'introduction en 2013, Tweeter affichait une perte de 134 millions de $ sur les neuf premiers mois de l'exercice de l'année pour un chiffre d'affaires de 422 millions de $.

Ce « statut » de licorne, si toutes les start-up y aspirent, peu l'obtiennent : on en dénombre environ 140/150 actuellement (une quarantaine fin 2013), nord-américaines surtout, anglaises, indiennes aussi et même françaises (Criteo, Blablacar, Vente-privée.com). Au total, environ 0,1 % des start-up, parait-il. De là à en conclure que « l'entreprise licorne » s'apparente à un rêve, comme l'animal lui-même qui n'a jamais existé... et que de telles start-up sont inéluctablement amenées à rejoindre le monde onirique...

On ne sait si Aileen Lee avait une telle pensée en popularisant ce terme unicorn. A moins qu'elle ne se soit référé à un ensemble de sept tapisseries (la Chasse à la licorne) conservé au musée des Cloitres à New-York. Des tapisseries réalisées à la fin du XVe siècle pour la reine de France Anne de Bretagne ; quelques années avant celles de la Dame à la licorne évoquée plus haut, conservées au musée de Cluny à Paris. Autre caractéristique commune à ces deux ensembles de tapisseries : elles nous sont parvenues par miracle, celles de New-York ayant servies, durant la Révolution française, à recouvrir des pommes de terre... Celles de Paris ayant été d'après la correspondance de Mérimée découpées au début du XIXe siècle pour en couvrir les charrettes et en faire des tapis...

De là à imaginer que les unicorns de notre époque connaissent un cycle de vie comparable, la réhabilitation après une plongée aux enfers succédant à la gloire...

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