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Le gaz vert selon GRDF

Publié le - - Industrie

Le gaz vert selon GRDF
Edouard Sauvage, directeur général de GRDF

Présent le 18 février à Lyon pour la signature de deux nouveaux contrats de concession, Edouard Sauvage, directeur général de GRDF témoigne du plébiscite du gaz vert par les collectivités et du secteur agricole pour l'utilisation du biométhane, une énergie produite localement et renouvelable. L'opérateur ambitionne l'injection de gaz totalement décarbonné d'ici 2050.

Les objectifs fixés par gouvernement d'injecter 7% de biométhane dans les réseaux d'ici 2030 sont-ils tenables ?

Initialement, la loi avait fixé un seuil de 10% mais le projet de programmation pluriannuelle de l'énergie affiche un taux plus bas à 7 % à l'horizon 2028. Je constate en tous les cas une dynamique sur le terrain puisque si le projet de PPE vise une production entre 6 et 8 TWh (terra watt-heure) en 2023, nous avons déjà dépassé les 2 TWh l'année dernière tandis que nous enregistrons une demande (études de raccordement) de 20 TWh.

Comment s'explique cet engouement pour « le gaz vert » ?

Il y a d'abord une ambition réelle de la part des collectivités locales. Nous remarquons qu'à chaque fois qu‘un contrat de concession d'assainissement s'approche de l'échéance, l'autorité concédante se pose la question de lancer un projet de méthanisation, d'où cette belle dynamique avec des projets de plus en plus sophistiqués. Une collectivité de Seine-et-Marne, souhaite ainsi réinjecté le CO2, sous-produit de la méthanisation, dans un puits d'algues vertes qui elles-mêmes seraient remis dans le méthaniseur.

Sur la métropole de Lyon, l'usine de méthanisation de la Feyssine mise en service fin 2018 illustre aussi cette dynamique vertueuse. Sans oublier la décision de valoriser les boues de des stations d'épuration de Saint-Fons et Pierre-Bénite en production de biométhane. D'ici 2024 ces sites seront capables d'injecter le biométhane dans le réseau de gaz exploité par GRDF, à l'image du site grenoblois d'Aquapôle qui fonctionne déjà. On note aussi un redimensionnement des tailles de projets, initialement conçus pour 100 000 habitants minimum. Aujourd'hui, un projet est viable pour un territoire de 50 000 personnes.

Quid du volet agricole ?

Le sujet majeur du monde agricole est la capacité des exploitations à se connecter au réseau de gaz. Nous avons lancé une démarche concertée par territoire et la demande a explosé. Avec nos partenaires que sont l'Inrae et les chambres d'agriculture nous avons constaté que 80 % des exploitations agricoles peuvent se raccorder au réseau de manière économique.

Le biométhane n'est pas encore compétitif en termes de coût. Comment résoudre l'équation économique ?

Le biométhane reste cher par rapport au gaz d'origine fossile si l'on s'en tient à une analyse pure du coût. Le tarif moyen de rachat du biométhane est d'environ 90 euros par MWh, soit l'équivalent du tarif de rachat de l'énergie éolienne ou photovoltaïque.

L'argument environnemental ne prévaut-il pas dans ces considérations financières ?

Il pèse d'autant plus lorsque l'on parle du modèle agricole. Le tarif reste très économique si l'on raisonne avec les externalités positives, c'est à dire : un gaz produit localement et donc pas importé, une énergie créatrice d'emplois en zone rurale, un effet de stabilisation des revenus pour les agriculteurs, une production du digestat (Ndlr : résidu du processus de méthanisation) qui permet de réduire l'utilisation d'engrais chimique.

Comment le biogaz s'inscrit-il dans les politiques publiques énergétiques ?

L'action des Régions est prépondérante. A l'image d'Auvergne Rhône-Alpes qui a soutenu le développement de la méthanisation à hauteur de 20 M€ en 2019, en tant que filière prioritaire dans les énergies renouvelables (aux côté du bois énergie et du solaire). Au-delà d'un intérêt de soutien économique à l'agriculture, l'exécutif régional souhaite valoriser aussi une filière industrielle qui se développe autour du gaz vert.
Tout repose sur un système de tarif de rachat qui va peser dans le budget de l'Etat. On peut imaginer que ces externalités positives ou l'engagement de certains acteurs puissent ne pas peser sur le budget de l'Etat. A l'image de l'ensemble des énergies renouvelable, il va falloir passer d'une logique de démarrage aujourd'hui indispensable à une phase dans laquelle il faudra s'assurer que les acteurs qui sont prêts à payer ce surcoût ne justifient pas leur image « verte » sur le dos du contribuable.
Nous travaillons d'ailleurs avec les professionnels de l'immobilier dans le cadre de la nouvelle réglementation environnementale (RE 2020) dans les bâtiments Pour de nombreux programmes cela reviendrait moins cher d'acheter du gaz renouvelable à son coût réel que d'installer par exemple des panneaux solaires.
Nous avons ouvert des discussions avec l'administration pour justement ouvrir cette possibilité que les promoteurs puissent financer le gaz produit dans un méthaniseur. Un peu à l'image d'un réseau de chaleur.

En quoi les deux contrats de concession que vous signez à Lyon représentent-ils un tournant ?

C'est une nouvelle époque dans le renouvellement des contrats de concessions. Nous ne sommes plus dans une logique de concession classique. Le dialogue est plus nourri sur les options mises en oeuvre sur le réseau de gaz et son utilisation ; et sur la place de la transition écologique. Notre cahier des charges a donc évolué, nous sommes dans un changement complet de philosophie. Nous intervenons plus en amont pour dépasser finalement notre métier de concessionnaire.

Deux contrats de concessions lyonnais innovants

Édouard Sauvage, Pierre Abadie, président du SIGERLy (syndicat de gestion des énergies de la région lyonnaise), Roland Crimier et Gérard Claisse, vice- présidents à la Métropole de Lyon, ont présenté les nouveaux contrats de concession signés d'une part entre GRDF et la Métropole de Lyon (pour la ville de Lyon) et d'autre part entre GRDF et le SIGERLy (pour 65 communes de l'agglomération lyonnaise). Ces contrats d'une durée de 15 ans avec option de prolongation de 5 ans, intègrent des enjeux liés à la sécurité, à la qualité de service, à la transition écologique, et à la mise en place d'une gouvernance partenariale. Selon GRDF, ces nouveaux contrats marquent l'avènement d'une véritable gouvernance partenariale locale, fondée sur la transparence, et totalement intégrée à la régulation nationale de la distribution de gaz (péréquation des tarifs notamment).




Julien THIBERT
Journaliste

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