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La plage aux romantiques

La plage aux romantiques
© : DR - L'ONL en grand effectif joue Tchaïkovski

CultureMusique Publié le ,

Traditionnellement, le festival de la Chaise-Dieu s’ouvre à l’abbatiale sur une tonalité romantique, avant que les baroqueux ne prennent le relais. L’édition 2016 ne fait pas exception. Le week-end dernier, quatre formations se sont disputées les faveurs du public. La Chambre Philharmonique devait créer l’événement avant que son patron, Emmanuel Krivine, ne déclare forfait et laisse la place à Adrien Perruchon. Malgré l’enthousiasme des musiciens, le jeune chef s’est laissé débordé dans la 3è symphonie de Brahms. Le concerto pour violon, qui ouvrait le programme a eu plus de chance avec Svetlin Roussev qui a fait le job.
De la précision, l’Orchestre d’Auvergne n’en manque pas. Sous la baguette de son chef Roberto Forés Veses, il livre une copie irréprochable de la 39è symphonie « Prague » et du concerto pour clarinette de Mozart. Il manque simplement un peu de folie, de ce souffle apporté par les interprétations baroque, pour donner de la vigueur à cette musique. Et la clarinette irréprochable de Raphaël Sévère n’y peut rien. L’Orchestre d’Auvergne est décidément taillé pour le répertoire à cordes du XIXè, un terrain sur lequel il a peu de compétiteurs en France.
Moins connu que la Philharmonique ou l’orchestre de la Radio, le symphoniker fait partie des bonnes phalanges berlinoises. Il en a sous l’archet, la hanche et le piston, à condition d’être stimulé par un chef audacieux. C’est peut-être trop en demander à Amaury du Closel, ennuyeux dans la 1ère symphonie de Tchaïkovski, routinier dans l’accompagnement du 3è concerto pour piano de Rachmaninov, enlevé à la hussarde par le Russe Alexander Ghindin.
Dimanche soir, l’ONL remettait les pendules à l’heure avec la 6è symphonie « Pathétique » de Tchaïkovski. Au pupitre, Andris Poga, un jeune chef letton de 36 ans, évite les sanglots de cordes et les hoquets de cuivres dans une version séduisante par ses nuances et ses couleurs. Auparavant, la mezzo Aga Mikolaj a chanté les Wesendonck Lieder de Wagner, avec une puissante, profonde et veloutée qui nous a réconcilié avec le romantisme.

Nostalgie

Il y a deux manières de fêter ses 50 ans. Soit inviter les copains autour d’un gueuleton et évoquer le bon temps au prisme de la nostalgie et des faux souvenirs. Soit convier les proches pour parler de projets, de voyages, d’avenir. Le Festival de La Chaise-Dieu a choisi la première, avec une programmation sans surprise, jalonnée par les standards du romantisme et du baroque, défendue par les fidèles, quelques (trop) rares nouveaux venus, et des solistes de moyenne envergure. Visiblement, le public adhère. Les jauges tutoient la saturation. On a même vu, fait rarissime, des spectateurs, au bas des marches de l’abbatiale, en quête de billets. « The place to be » !
Pourtant, lorsqu’on arrive à La Chaise-Dieu, les travaux de rénovation esquissent le nouveau visage d’un site qui aspire à rompre avec la saisonnalité du festival. Pour réussir ce défi, il faut sortir des clichés du répertoire, des scies musicales signées Bach, Haendel, Brahms, Wagner ou Tchaïkovski et dessiner les lignes d’un projet qui ne consiste pas en une saison musicale ramassée sur dix jours, mais à faire des choix qui donnerait au festival une identité autre que la magie d’un site à nul autre pareil.

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