AccueilVie juridiqueAnalyse"La nouvelle profession d'avocat a 30 ans !" , par Jean-Marie Chanon ex-Bâtonnier de l'Ordre des avocats de Lyon

"La nouvelle profession d'avocat a 30 ans !" , par Jean-Marie Chanon ex-Bâtonnier de l'Ordre des avocats de Lyon

En ce début d’année 2022, nous ne pouvons pas ne pas revenir sur un évènement considérable de l’Histoire de notre profession, proche pour ceux qui l’ont vécu, inconnue pour la majorité d’entre nous : la création de la nouvelle profession d'avocat. Un moment historique que raconte, au Tout Lyon, Jean-Marie Chanon, avocat, ancien bâtonnier de Lyon.
"La nouvelle profession d'avocat a 30 ans !" , par Jean-Marie Chanon ex-Bâtonnier de l'Ordre des avocats de Lyon
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"Le 31 décembre 1990, le législateur a créé la nouvelle profession d’avocat par la fusion des professions d’avocat et de conseil juridique ; cette loi est entrée en vigueur le 1er janvier 1992, soit il y a trente ans !

C’est cette profession que nous exerçons aujourd’hui, avec naturellement ses évolutions sur les pratiques juridiques et judiciaires, sur la déontologie, sans oublier l’explosion des nouvelles technologies…

L’accouchement fut difficile car les traditions étaient fortes, notamment chez les avocats dont beaucoup craignaient que la profession ne perde son âme par la "pratique des affaires".

"Je suis de ceux qui, sans faire preuve de passéisme, désirent maintenir la profession d’avocat telle qu’elle a existé dans le passé, et qui doit quelles que soient les perspectives d’avenir, incarner la défense et donner l’exemple de la probité intellectuelle et morale. Nous devons nous attacher à maintenir cet idéal…", m'indiquait dans une lettre l'un de mes anciens maîtres de stage le 23 novembre 1990 à la suite de l’élection ordinale du 20 novembre 1990.

En 1995, un confrère va faire savoir qu’il se présenterait à l’élection du Bâtonnier contre le Bâtonnier désigné, considérant que l’Ordre ne pouvait être gouverné que par un confrère qui "fréquentait le Palais et plaidait…" ! - "libres propos d’un avocat de souche à un candidat tardif", par Maître Eric Jeantet (1995).

L'action d'Ugo Iannucci à Lyon

A Lyon, après le vote de la loi, le Bâtonnier Ugo Iannucci, pourtant bien éloigné à tous égards du droit des affaires, va alors tout mettre en œuvre pour que cette réforme, complexe et risquée, puisse réussir sans délai.

Je l’ai accompagné, je crois le mieux possible, pendant le temps de mon delphinat. Il recevra aussi un concours inestimable des représentants des conseils juridiques, et tout particulièrement de deux anciens présidents de la Commission régionale, Jacques Bret et André Boyer ; celui-ci deviendra le Bâtonnier de notre Ordre en 1996.

Ces engagements personnels ont eu un prolongement immédiat et collectif à l’occasion des élections ordinales des 23 et 24 janvier 1992, les 759 votants sur les 950 inscrits envoyant au Conseil de l’Ordre un Bâtonnier et des confrères favorables aux dernières évolutions.

Une nouvelle gouvernance pour le Conseil de l'Ordre

Seront élus comme membres du premier Conseil de l’Ordre de la fusion, les Bâtonniers Alain de la Servette et Hugo Iannucci ; Jacques Bret, Jean-Louis Denard, Jean-Pierre Gitenay, Romain Granjon, Yves Prud'hon, Sylvain Roussat, Didier Saint Avit, Geneviève Biot-Crozet, François Bonnard, André Boyer, Alain Dumas, Michel Duquaire, Guy Fabre, Eric Jeantet, Henri Parado, Marc Pellet, Henri Saint Pere, François Saint Pierre et Philippe Viallet, soit huit conseils juridiques et 13 avocats. J’aurai l’honneur de présider ce Conseil. Les services de l’Ordre continueront à être dirigés par Agnès Brissaud.

La gouvernance de l’Ordre s’est mise en place : le Conseil de l’Ordre a travaillé d’arrache-pied pour constituer un nouveau dispositif dans lequel figureront de façon significative la formation, la déontologie, la représentation du barreau dans la Cité, en France et sur le plan international…

Les services de l’Ordre se mettant en ordre de marche sous la direction d’une Secrétaire générale prête elle-aussi à relever les défis : l’organisation et les nouveaux projets des cabinets, dans leur ensemble, ont pris résolument la voie du progrès.

Les rapprochements se sont accélérés pour regrouper des compétences et proposer des services de qualité ; certains confrères ont pris courageusement la mesure des nouvelles technologies pour se spécialiser et investir les nouveaux espaces du droit ; a été repoussé le périmètre de nos espaces d’exercice, pour devenir nationaux et internationaux…

"Aujourd’hui, de nombreux cabinets lyonnais, quelles que soient leur taille et leur organisation, excellent dans tous les domaines du droit."

Et la déontologie est restée solide, recevant elle aussi des adaptations fortes, et je pense en particulier au sujet sensible de la publicité des cabinets qui va passer de l’interdiction à une liberté presque totale… (pour ne plus être en situation de faiblesse par rapport aux cabinets étrangers, notamment européens, et à certaines professions « proches » ou « amies » depuis longtemps attirées par l’exercice du droit…).

Même s’il ne faut pas ignorer les difficultés que certains confrères rencontrent, notamment du fait de l’augmentation importante et régulière de ceux qui rejoignent le Barreau, d’une concurrence accrue (intérieure et extérieure) et quelques fois violente, du numérique dans tous les domaines, de la création de textes réduisant le périmètre de certains domaines, les fondations restent solides et de nature à permettre de nouvelles évolutions positives, tout en conservant les dispositifs de solidarité.

"Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent et une confiance inébranlable pour l’avenir".

C’est sans doute en s’inspirant de cette invitation de Jean Jaurès que notre confrère Claude Bernardin, avocat au Barreau de Lyon de 1942 à 1990, membre du Conseil de l’Ordre de 1953 à 1955, co-fondateur du Cercle Tocqueville à Lyon en 1958, professeur à l’Institut d’étude politique de Lyon de 1949 à 1977, et membre du Comité directeur du Parti socialiste de 1969 à 1973, qui avait prêté le serment d’avocat en 1942, m’écrivait le 21 janvier 1991 :

"…En sollicitant l’honorariat, j’ai voulu conserver un lien avec une profession que j’aime pour l’indépendance qu’elle m’a assurée et par les amitiés qu’elle m’a procurées. L’annonce des transformations ne me cause aucune nostalgie. Son évolution répond à une nécessité. Je ne vois pas pourquoi elle y perdrait sa passion de la liberté et son esprit de service. Cela ne dépend que de nous… »

Tout est dit… et il faut l’espérer pour le présent et l’avenir…"

@Jean-Marie Chanon, avocat, ancien bâtonnier de Lyon

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