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La friche qui crée l'évènement

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La friche qui crée l'évènement

Tout Lyon Affiches entame sa sérié d'été sur les programmes de reconversion de friches innovants. Jusqu'au 31 août retrouvez chaque semaine un dossier sur un site en mutation, son histoire, son présent et son avenir. Concentrant 18 % de friches industrielles, Auvergne-Rhône-Alpes reste la première région concernée par les friches dans leur sens le plus large. De quoi impulser des projets de requalification diversifiés et innovants pour les aménageurs (collectivités, architectes, promoteurs) et in fine pour les utilisateurs. Ces programmes présentés sont « remarquables » soit par l'originalité de leur reconversion, par leur disruption architecturale ou par leur intégration innovante dans le reste de la cité. Cette semaine, place à La Cimenterie éphémère à Albigny-sur-Saône, une friche « évènementielle » stratégiquement située au cœur d'un bassin de vie en devenir.

« une logique de patrimoine industriel et de tiers-lieu »

Aux côtés de ses associés Didier Caudard-Breille (DCB International) et Serge Mathieu (Novali), Jacques Chalvain, président de la Compagnie de Portland, est l'exploitant de La Cimenterie éphémère. Un lieu que ces propriétaires souhaitent alternatif et hybride mais qui doit aussi répondre à des enjeux d'aménagement du territoire, dans une zone particulièrement stratégique, l'entrée nord de la Métropole de Lyon.

Comment avez-vous déniché le site de la Cimenterie ?

Jusqu'en 2015 j'étais exploitant des Puces du canal [ndlr : 2012] et je n'ai pas souhaité poursuivre en raison notamment d'un environnement urbain contraignant qui ne me permettait pas développer le site comme je le souhaitais. J'avais en tête des modèles de lieux alternatifs et hybrides avec du caractère, à l'image de l'ancienne friche industrielle de Camden à Londres ou celle de Lisbonne, Alix Factory ou plus près de nous Darwin à Bordeaux que j'ai pu visiter. Autant d'exemples qui montrent la réappropriation de tels espaces pour une nouvelle utilisation et qui ne renient pas pour autant leur passé.

Quels rôles jouent justement ces types de friches ?

Ces sites, qui ont d'abord eu une vocation industrielle, donc économique sont tombés ensuite en désuétude avant de recouvrer un intérêt auprès d'opérateurs publics et/ou privés. Ils font partie d'un environnement urbain et sont en cela structurels. Une notion fondamentale qu'il ne faut pas nier, malgré un dimensionnement souvent complexe à réhabiliter, à requalifier et à gérer ; mais qui pourtant, apporte un équilibre à une commune ou une agglomération. Soit une vraie valeur ajoutée. L'approche alternative me paraît fondamentale dans le déploiement contemporain des villes.

En quoi ce projet de reconversion est-il innovant ?

Le parti pris initial s'inscrit dans une logique de patrimoine industriel et de tiers-lieu. En attendant les autorisations administratives nécessaires pour lancer le chantier de réhabilitation, nous avons souhaité apporter une innovation majeure en proposant, avant que les travaux ne débutent, une phase d'exploitation « La Cimenterie éphémère », servant de laboratoire à tous les acteurs du projet et aux futurs occupants des lieux. L'idée est aussi d'associer les riverains (habitants, associations, entreprises) en tant qu'acteurs, dans une démarche de co-construction de la programmation éphèmère. Récemment, la fête de la musique initialement prévue au centre d'Albigny a été délocalisée à la Cimenterie, ce fut un succès.

Plutôt que d'attendre donc et de supporter des coûts fixes de manière passive, nous avons voulu commencer à raconter l'histoire de la Cimenterie à travers l'organisation de plusieurs événements, débutés en avril et qui se termineront fin juillet. Ce qui qui nous sert à pré-commercialiser notre produit pour une mise en route de « Ma Cimenterie » à partir de 2022, date des premières implantations.

Quel statut aura la Cimenterie et quelles activités vont s'y développer ?

On se dirige vers un ERP (Etablissement recevant du public). Ainsi, la partie située à l'entrée où s'érige la grande tour deviendra un lieu totem avec une brasserie type industrielle.

Le bâtiment principal quant à lui qui se déploie sur trois niveaux accueillera au rez-de-chaussée une résidence d'artistes. La culture et l'art sont des éléments de développement indissociables de la reconversion des friches. Le niveau intermédiaire deviendra un pôle sport/détente [ndlr : sous forme de franchise] avec vraisemblablement des activités dites « émergentes ». Le troisième niveau, qui s'étend sur 1 200 m2, servira à l'organisation d'évènements divers grâce à une capacité d'accueil de 500 personnes.

Parallèlement, nous allons créer une association d'intérêt général destinée à développer et promouvoir le site d'une manière plus large autour de la sauvegarde du patrimoine, la culture et tourisme, notamment fluvial.

Comment envisagez-vous la reconversion de ce site au regard des enjeux d'aménagement du territoire dans le Val de Saône, précisément avec la « Loupe d'Albigny » ?

Cette entrée Nord de la métropole de Lyon fait l'objet de toutes les attentions de la part des élus locaux et de l'exécutif métropolitain qui ont une vraie vision du devenir cette zone. Le site de la Cimenterie, qui s'englobe dans un espace plus large de requalification, est pionnier. En ce sens, il préfigure ce que sera l'avenir de cette zone. C'est pour cela que nos modèles doivent fonctionner économiquement pour garantir cet ancrage dans le temps.

Sur les trois premiers mois d'exploitation (lancement fin avril), nous serons parvenus à l'équilibre budgétaire à travers notre programmation d'événements.

Un programme d'enjeu territorial sous influence fluviale

L'ancienne cimenterie d'Albigny-sur-Saône se situe dans le Val de Saône, un territoire qui concentre 14 % de la superficie de la Métropole de Lyon, 4 % de sa population et 2 % des emplois salariés du privé. Celui-ci est considéré par les élus métropolitains comme une « zone à fort potentiel de développement », une dénomination qui intègre le fait de concilier l'épanouissement des hommes, des activités et la préservation du patrimoine naturel et bâti.

« Le site de la cimenterie s'intègre plus largement sur un ensemble en friche de 13 hectares. Son caractère transcommunal ne freine en rien les projets qui y sont nourris », explique Jean-Paul Colin, maire d'Albigny qui travaille main dans la main avec son homologue de Couzon-au-Mont-d'Or, Patrick Véron.

Entièrement privée, cette zone échappe à toute politique publique d'aménagement, exceptée celle des voieries communales. « Cela n'empêche pourtant pas que nous puissions donner une vision d'ensemble et exprimer des souhaits face aux acteurs privés propriétaires des lieux. Nous travaillons notamment en bonne intelligence DCB International, la Compagnie de Portland et Novali et avons été séduits par leur projet qui intègre des préoccupations environnementales au sein d'un cadre clairement urbain. Nos collectivités agissent en tant facilitateurs, notamment dans la conduite et la délivrance des permis de construire » explique Jean-Paul Colin.

L'ancienne zone de la cimenterie se situe plus largement au sein de ce que l'on nomme la zone de la Loupe. Soit une quarantaine d'hectares, délimités par les falaises des Monts d'Or à l'ouest et les bords de Saône à l'est. Majoritairement industrielle au sud, cette zone comprend également un port de plaisance et une marina privés ainsi que quelques restaurants.

« Les projets de la Métropole de Lyon sur cette partie rive droite de la Saône ont pour ambition de faire évoluer le territoire vers de nouvelles fonctions mêlant habitat, commerces et activités économiques liées au fleuve et respectant les espaces naturels existants. Avec l'idée de revaloriser la région du Val de Saône en tirant profit du patrimoine historique et paysager déjà existant », explique Patrick Véron.

Un peu d'histoire

L'ancienne cimenterie d'Albigny-sur-Saône a été construite entre 1926 et 1929. Dans les années 1920, la société des Ciments Portland de Couzon, nouvellement constituée, décida d'utiliser le calcaire des carrières pour fabriquer du ciment. Le calcaire, extrait de la carrière de Couzon au Mont d'Or, était emmené hors de la carrière dans de petits wagons. L'activité de la cimenterie et la construction des bâtiments furent interrompues dès 1929 par la faillite du groupe à l'initiative du projet. Les carrières sont restées inexploitées. Le bâtiment fut racheté en 1947 par une société de placage en bois, les Placages du Sud-Est. Puis une partie du site fut rachetée par un entrepreneur en cheminée, Guy Selva et l'activité des placages de bois s'arrêta en 2011 lors de la liquidation judiciaire de la société.




Julien THIBERT
Journaliste

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