La danse macabre

Galvanisé par la direction de Kazushi Ono et l'intelligence de la mise en scène de Benedict Andrews, Ausrine Stundyte et Laurent Naouri raniment la flamme de L'Ange de feu de Prokofiev.
La danse macabre
© Jean-Pierre Maurin

CultureSpectacle vivant Publié le ,

Après L’Amour des trois oranges, Les Fiançailles au couvent et, plus récemment, Le Joueur, Prokofiev remonte sur les planches de l’Opéra avec L’Ange de feu, un ouvrage inédit à Lyon. Cette discrétion concerne aussi la scène lyrique européenne où cet ouvrage a du mal à s’imposer en dépit d’une musique expressive, somptueusement colorée. Cette discrétion s’explique aussi par le défi que pose une œuvre composée sur un livret complexe, l’histoire de Renata, une jeune fille possédée après l’apparition d’un ange dont elle tombe amoureuse jusqu’à sacrifier Ruprecht, le chevalier qui l’aide dans sa quête de l’homme en qui elle croit voir l'incarnation de cet ange.


Cette discrétion tient enfin à écriture vocale écrasante pour les deux principaux personnages. Pendant les deux heures du spectacle (présenté sans entracte), la soprano ne quitte presque pas la scène. Ausrine Stundyte, les mélomanes lyonnais la connaissent pour l’avoir découverte, la saison dernière, dans le rôle-titre de Lady Macbeth de Mzensk de Chostakovitch. Elle incarne le personnage de Renata avec une autorité dramatique peu commune sur une scène lyrique. Face à elle, une autre forte personnalité, celle de Laurent Naouri (Ruprecht) au timbre sombre et mordoré.


Epaulés par un chœur irréprochable et des seconds rôles de toute première force tel que Dmitry Golovnin, galvanisés par la direction de Kazushi Ono qui fait rougeoyer cette partition dont il éclaire les arrière-plans, les deux interprètes provoquent un véritable électrochoc musical. L’autre héros de la soirée a pour nom Benedict Andrews. Le metteur en scène australien tourne le dos aux scénographies verticales et à la vidéo pour nous proposer une lecture à l’épure, sur un plateau animé par le ballet des parois montées et démontées au gré des scènes. Cette sobriété du décor permet de porter l’accent sur une direction d’acteur remarquable qui scotche les spectateurs à leur fauteuil pendant cette descente aux enfers orchestrée par Prokofiev.

Opéra de Lyon, jusqu’au 23 octobre
opera-lyon.com

Partager :
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?