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La Comédie-Française triomphe à Avignon

Adapteur et metteur en scène des Damnés de Visconti, Ivo Van Hove bluffe la Cour d'honneur par ses prouesses techniques mais déçoit sur le fond.
La Comédie-Française triomphe à Avignon
© Christophe Raynaud de Lage

CultureSpectacle vivant Publié le ,

Précédé d’un buzz sans précédent, le retour de la troupe de la Comédie-Française dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes a tenu ses promesses... médiatiques. Sur le papier, le projet de Ivo Van Hove, qui adapte et met en scène Les Damnés de Visconti, a tous les atouts pour marquer l’histoire du festival. A l’arrivée, il faut avouer une certaine déception.


La qualité de l’objet ne se discute pas. Plateau nu devant un écran sur lequel défilent des images d’archives et les gros plans des comédiens ; à cour six cercueils alignés attendent les damnés ; à jardin, les tables de maquillage et les portants des costumes que les acteurs changent (très souvent) entre les différentes scènes. La caméra fait le lien entre ces différents espaces. Certaines images sont à la limite du soutenable comme ces condamnés enterrés vivants, que la souffrance défigure, ou encore le ballet des SA, nus, gisant dans leur sang comme Denis Podalydès après une danse aussi vulgaire que macabre.


La qualité de l’interprétation non plus. Le Français aligne une équipe de tout premier ordre, superbement dirigée par Van Hove qui s’offre le luxe d’inviter Didier Sandre (Joaquim) pour quinze malheureuses petites minutes. Guillaume Galliene (Frierich) incarne le mal avec une autorité qu’on ne soupçonnait pas. Dans un autre registre, mais tout aussi monstrueux, Denis Podalydès (Konstantin) affiche ses idéaux nazis sans scrupules, tout comme la belle Elsa Lepoivre (Baronne Sophie). Loïc Corbery (Herbert), incarne l’inutile résistance à la machine de destruction actionnée par l’officier nazi Von Aschenbach (Eric Génovèse). Les membres de la famille Essenbeck tombent comme des mouches. Seul rescapé Martin, « adulescent » souffreteux finit par révéler don inhumanité.


Manichéens, les portraits de ces Damnés sont à l’image de ce spectacle, superlatif dans la forme, discutable dans le fond, un « scénario » assez faible, simpliste parfois, qui raconte comment une famille de sidérurgistes vend son âme au diable pour sauver les meubles. Aujourd’hui pas sûr que les puissances financières se couchent devant les politiques. Ce serait plutôt le contraire.

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