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Pierre du peloux : "La Banque de France se digitalise mais garde le contact"

le - - Grand témoin

Pierre du peloux : "La Banque de France se digitalise mais garde le contact"
©Céline Vautey

« La Banque de France est en pleine réinvention », d'après Pierre du Peloux, directeur régional Auvergne Rhône-Alpes de l'institution. Concentration de l'activité et des effectifs, numérisation des process, nouvelle approche client… Celui qui a succédé à François Gaudichet, en 2013, décrit un environnement des affaires plutôt favorable pour les entreprises et un défi de proximité pour les particuliers. Avant de prendre sa retraite prochainement, il se confie à notre journal et fait le tour des dossiers et des mutations en cours.

Un point sur la conjoncture économique. Comment jugez-vous la situation actuelle ?

La conjoncture européenne, nationale et en région Rhône-Alpes est bonne. Notre conviction est affirmée que les choses vont nettement mieux. A travers l'indicateur de climat des affaires, on constate que le moral des entrepreneurs est bon et ce, quel que soit le secteur d'activité.

Quels sont les paramètres pris en compte ?

Les carnets de commande sont remplis, la production s'accroît. Plus finement, nous observons les carnets de commande dans l'industrie (automobile, camion, aéronautique, métallurgie, chimie, plastique…). Ils évoluent favorablement au fil des mois. Autre faisceau positif, les stocks ne cessent de diminuer. Dans le bâtiment et les travaux publics, c'est également impressionnant. On remarque une vraie reprise. Dans le transport aussi, qui est un bon indicateur d'activités, car si le transport fonctionne, le commerce et l'industrie fonctionnent également. Seul bémol, à l'heure où la croissance française repart solidement, il y a encore des problèmes de prix dans le bâtiment et les travaux publics. Donc les marges sont faibles. De plus en plus d'offres d'emploi ne trouvent pas preneur : dans le transport, il y a une carence en chauffeurs routiers ; dans l'industrie, cela concerne les soudeurs.

Vous notiez, en début 2017, une année en demi-teinte en matière de développement des entreprises de la région. Qu'en est-il en cette fin 2017 ?

La santé des entreprises d'Auvergne Rhône-Alpes est globalement bonne. Les récentes études de conjoncture montrent un rétablissement de la confiance des chefs d'entreprise. Des dispositifs comme le CICE ont permis de restaurer les marges et la compétitivité des entreprises. On note toutefois que le problème numéro un des dirigeants reste le recrutement. Trop d'offres d'emploi ne sont pas encore pourvues. A l'échelon mondial, les signaux du commerce international sont au vert. Il faut en profiter d'autant plus que les taux bancaires sont bas. Le constat aussi est que les réformes portent leurs fruits sur la durée et qu'il faut profiter de cette conjoncture pour redéployer une politique active en faveur de l'emploi et la formation.

La diversification des solutions bancaires complexifie-t-elle ou non l'accès au financement des entreprises ?

Je ne pense pas, déjà, qu'il y ait une offre de crédit en pénurie. L'encours de crédit évolue sur un rythme de 6 %/an alors que le PIB est à + 2 %.

La difficulté des entreprises ne provient-elle pas surtout des retards de paiement qui nuisent à la trésorerie des PME notamment ?

Il y a là effectivement un vrai sujet. Nous traitons en région une centaine de dossiers de médiation du crédit. La majorité concerne des TPE de moins de cinq salariés. A ce sujet d'ailleurs, nous avons mis en place un correspondant TPE dans chaque département*, joignable facilement, qui agit en prévention et qui accompagne ces chefs d'entreprise. C'est un service de proximité de la Banque de France qu'il ne faut pas hésiter à utiliser ! Il y a un autre aspect, celui du financement de l'innovation concernant de nouveaux produits. Il s'agit de financements risqués et pour lesquels on n'investit pas assez. Les banques seules ne peuvent supporter de telles démarches. Je pense aux fonds d'investissements, à des modes de financements comme l'Euro-PP (euro private placement) destiné principalement aux ETI.

Qu'en est-il des Fintech ?

C'est un vrai sujet que nous voulons traiter avec l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Je précise que ces structures ne sont pas des banques mais proposent des solutions de financements à travers l'utilisation des nouvelles technologies. Nous ne pouvons pas freiner l'accès à ces nouvelles opérations mais il faut agir en prévention car les risques subsistent. Dans le même temps, les plateformes de crowdfounding se développent mais les volumes générés demeurent peu élevés. Il s'agit d'une forme alternative qui n'implique pas que des prêts, mais aussi du capital et des dons ; et qui par ailleurs, offre des alternatives de règlement. Dans cet écosystème très complexe, le traitement de la data est déterminant.

Quel rôle y joue la Banque de France ?

Nous avons, en quelque sorte, un rôle d'arbitre à assurer, à l'intérieur du prisme de l'ACPR. Nous sommes ainsi un guichet pour les Fintech qui souhaitent se développer et obtenir les agréments nécessaires. Face à ces offres de financements parallèles, notre positionnement doit nous permettre de lutter notamment contre l'argent sale car le défi est de rendre ces transactions transparentes.

L'enjeu est donc avant tout réglementaire ?

Tout à fait. Il faut trouver le bon équilibre entre toutes ces offres. Les banques sont soumises à une réglementation très stricte mais en même temps, il ne faut pas qu'elles bloquent le développement des entreprises. Les établissements bancaires disposent de bases de données importantes sur leurs clients, ils ont investi pour cela énormément dans l'informatique et la data. Il y a un véritable combat à mener si ces données devenaient accessibles aux Fintech. Le système bancaire a tout à gagner dans sa réinvention pour améliorer ainsi le service à ses clients.

Existe-t-il des disparités régionales en matière de surendettement des particuliers ?

Bien sûr. Les dossiers de surendettement sont plus nombreux dans les zones où le chômage est important. Entre Lyon et Aurillac, on ne peut pas nier ces disparités. Mais je précise que les cas de surendettement ne sont pas de bons indicateurs de conjoncture économique. Le surendettement reste un accident de parcours et le chômage n'est pas le seul indicateur qui existe. Je précise aussi que pour 30 % des dossiers, nous effaçons la dette. Une démarche qui résulte de la loi Borloo, incitant à donner une seconde chance aux personnes endettées.

Votre présence en région va-t-elle évoluer ?

Depuis 2013, la Banque de France a opéré un plan de modernisation qui court jusqu'en 2020. C'est assez colossal. Jusqu'à présent, ce programme se déroule bien. Avec l'idée que cette modernisation rapporte plus à l'Etat, notre unique actionnaire. En pratique, nous refacturons à l'Etat le coût du surendettement évalué à 180 M€ par an. Pour réaliser des économies, nous allons utiliser l'outil numérique. D'ici un an, nos process seront entièrement dématérialisés, à l'instar de nos relations avec les tribunaux. Nous allons également concentrer le traitement des dossiers (20 000 en région) sur trois centres : Lyon, Grenoble et Clermont-Ferrand. L'économie sera également de mise avec le non remplacement d'une personne sur deux qui partira à la retraite en 2020. 35 % de nos effectifs sont concernés par la retraite.

Cette politique de concentration et de rationalisation remet-elle en cause votre présence historique au plus près des territoires ?

Il doit demeurer une Banque de France dans chaque département. C'est indispensable. Notre mission de proximité doit même être renforcée. Dans les territoires, le personnel local de la Banque de France aura une mission de service de proximité avec les particuliers et les entreprises. Cette réorientation de notre politique de gestion des ressources humaines s'accompagne d'une gestion de notre immobilier, devenu sur-dimensionné par rapport à l'évolution de nos effectifs. En 2020 par exemple, nous quitterons notre bâtiment historique de Roanne, que nous cèderons, pour nous installer dans des locaux plus fonctionnels à proximité.

* www.entreprises.banque-france.fr




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