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SERIE D'ETE / FRICHE ALORS ! / L'Usine Vivante fait battre le cœur de Crest

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SERIE D'ETE / FRICHE ALORS ! / L'Usine Vivante fait battre le cœur de Crest
Comment transformer une friche industrielle en un lieu professionnel, culturel et convivial

Il était fois, dans le centre de Crest, commune drômoise de 8 000 habitants au pied du Vercors, l'usine Salmson, une ancienne fabrique de pièces mécaniques condamnée à la démolition pour un projet immobilier. Mais son avenir fut tout autre, grâce à la pugnacité d'un petit groupe associatif qui a su persuader le propriétaire du contraire et a transformé le bâtiment de 2 000 m2 en un tiers-lieu innovant. Inaugurée en 2015, l'Usine Vivante est une association loi 1901 qui accueille une cinquantaine de résidents de tous horizons. Professions libérales, salariés d'associations, artisans et artistes partagent les lieux voire même s'associent, et de nombreux bénévoles et adhérents soutiennent et animent le projet autour d'ateliers et d'événements ouverts au grand public.

Céline Ferry-Parmentier, co-présidente de l'association Usine Vivante

Un espace citoyen de partage et de convivialité

« L'Usine Vivante, c'est la force d'un collectif. Nous avons créé un lieu professionnel aux multiples compétences, mais aussi un espace culturel et festif qui crée du lien social », décrit Céline Ferry-Parmentier, co-présidente de l'association.

Comment avez-vous convaincu le propriétaire de l'usine de choisir votre projet associatif ?

Nous cherchions un lieu avec la possibilité de rencontres dans un cadre aussi bien professionnel que social. La ville avait besoin de locaux pour y accueillir des espaces de travail partagés mais aussi et surtout des ateliers spacieux. Cet immense bâtiment industriel, situé à deux pas du centre, représentait pour nous une opportunité à ne pas laisser passer. Ce sont nos valeurs autour de l'entreprenariat, la solidarité, la citoyenneté, la mixité d'usage ou encore la préservation du patrimoine qui ont séduit les propriétaires alors qu'ils étaient sur le point de signer le compromis de vente avec le promoteur. Aujourd'hui, nous sommes locataires de l'usine et nous accueillons de nombreux résidents tous domaines professionnels confondus. Parmi eux, on retrouve des salariés associatifs (chargé de missions dans la transition énergétique, chargé d'accompagnement à l'installation agricole…), des artistes (photographe, illustratrice…), des télétravailleurs (juriste, ingénieur…), des micro-entreprises (consultant en création d'entreprise, motion-designer, commercial en produits locaux…) et des artisans (torréfacteur, fabriquant de dômes, céramiste…).

Dans quel état était le bâtiment, et comment avez-vous financé les travaux ?

L'usine Salmson a fermé ses portes en 2013, le bâtiment administratif datant des années 50-60 demandait peu de travaux. Pour financer la rénovation des bureaux pour en faire des espaces de coworking, des salles de réunions et un coin restauration, le tout sur 400 m2, nous sommes passés par une plateforme de crowdfunding et avons récolté près de 20 000 €. Nous avons aussi participé à des appels à projet du Département sur la réalisation de tiers-lieux, ce qui nous a permis d'investir plusieurs dizaines de milliers d'euros, et un important fonds européen (FESI) nous a aidés à financer le mobilier nécessaire. En 2015, nous avons accueillis nos premiers locataires. Aujourd'hui, ils sont une trentaine de coworkers à qui nous proposons des bureaux allant de 125 à 170 € par mois. Les hangars industriels datent eux des années 1900 et accueillent les ateliers qui sont loués et gérés par le propriétaire.

L'Usine est ouverte trois à quatre fois dans l'année au grand public

Comment est organisée l'association ?

Au tout début, nous étions 5 au comité administratif, aujourd'hui nous sommes une dizaine. L'association est organisée autour de différentes commissions (communication, finance, juridique, événementiel…) composées de bénévoles dont certains sont aussi des résidents. Nous avons une salariée en charge de l'administratif dont la rémunération est prise en compte par le dispositif Moulin Digital qui accompagne l'émergence de projets d'espaces et de tiers-lieux en milieux rural. Une cinquantaine de bénévoles s'impliquent toute l'année dans l'entretien, la vie et l'animation de l'Usine. Sans compter les adhérents qui soutiennent notre démarche. Moyennant une cotisation à prix libre, renouvelable par année civile, chacun peut devenir membre de l'Usine et ainsi participer à nos ateliers d'échanges, nos grands événements et nos rencontres ouvertes à tous.

Justement, l'Usine Vivante n'est pas un tiers-lieu classique, c'est aussi un espace citoyen de partage et de convivialité ?

Nous sommes là pour travailler mais aussi pour tisser des liens avec l'ensemble des personnes désireuses de découvrir notre association. Nous organisons de nombreux ateliers « échanges et savoir-faire », avec la participation de nos résidents et de nos bénévoles, en faveur de nos adhérents autour de différentes thématiques : numérique, gestion de projet, découverte d'habitats écologiques, " do it yourself ". Nous avons également un jardin partagé avec un animateur en permaculture. L'Usine est ouverte trois à quatre fois dans l'année au grand public, pour les Journées du patrimoine, la fête du printemps, le vide-grenier ou encore le marché de Noël qui l'année dernière a réuni près de 700 personnes. Nous organisons également des visites groupées pour que tout un chacun puisse découvrir ce qu'est l'Usine Vivante, rencontrer les résidents, les bénévoles, les adhérents et pourquoi pas rejoindre notre grande famille.

Quels sont vos projets pour développer l'association dans les années à venir ?

Nous avons un grand besoin de conforter l'existant, donc de trouver les financements pour rénover correctement les différents espaces et que nos résidents puissent passer le prochain hiver au chaud, grâce au remplacement prévu de la chaudière dans les bureaux. On aimerait ouvrir dans l'un des bâtiments un café-restaurant et une salle de spectacle pour que l'Usine soit un lieu encore plus ouvert à tous. Tout cela est en cours de réflexion avec le projet d'une toute nouvelle commission « vie quotidienne » pour la répartition des tâches.

Partager les savoir-faire

L'Usine Vivante est un melting-pot de compétences professionnelles qui se rencontrent, s'entraident et parfois même s'associent pour réaliser des projets d'envergures.

Magalie, Éric, Mélina, Olivier ou encore Anaïs : ils sont tous résidents de l'Usine Vivante. Juriste, ingénieur informatique, chargée de développement ou de mission, designer, chef boarder de dessin animée, architecte, cartographe, énergéticien, coach d'artiste, créateur de kayaks… Au total, une cinquantaine de métiers animent les lieux.

Parmi eux, Thomas Cusin Berche, fondateur des Toiles du Berger, est couturier sur-mesure d'habitats légers (dôme, yourtes, tipis, roulottes). Il a été le premier artisan à s'installer à l'Usine Vivante où il propose également du conseil et de l'accompagnement à l'auto-construction. Cela fait quinze ans qu'il œuvre pour les particuliers et les professionnels avec des matériaux de grande qualité issus essentiellement de l'industrie nautique. Avant de découvrir l'Usine Vivante, Thomas travaillait dans un grenier et manquait cruellement d'espace. Aujourd'hui, installé sans son grand atelier de 150 m², il coupe, coud et ajuste tout à son aise et s'est associé avec un autre résident, Stéphane Brun d'Atypic'bois (constructeur ossature bois). À eux deux, ils proposent une prestation complète spécialisée dans les dômes géodésiques, des structures autoportantes à ossature bois triangulée. De la chambre de 15 m² à la salle de réception de 150 m², toutes les réalisations sont possibles.

« C'est ce que j'aime ici, toute l'énergie de l'Usine Vivante, cette mixité de compétences partagées et l'espace, car la ville manque de locaux professionnels », explique Thomas Cusin Berche. Parmi tous les résidents, j'ai reçu le soutien d'un développeur de projet, d'un photographe et d'une graphiste pour réaliser mon logo et mes plaquettes, d'un expert en informatique pour créer mon site Internet ; une maroquinière me prête, si besoin, ses machines à coudre et l'arrivée d'un créateur de kayaks gonflables me permet d'utiliser ses outils pour souder mes toiles PVC. Que demander de plus ! ».

Une fois par mois, un résident présente son travail aux autres afin de découvrir les différents milieux professionnels, leurs enjeux et créer des liens entre les activités. Au vu du succès de ces présentations, elles ont été élargies à tous les adhérents de l'Usine Vivante qui souhaitent faire connaître leur travail ; l'occasion de prises de contact, de développement de réseau et d'activité économique.

Le fabuleux destin de l'usine Salmson

David Sitbon est un homme heureux. Propriétaire et dirigeant de l'usine Salmson pendant 20 ans, il habite juste en face des bâtiments et se réjouit de voir les va-et-vient des résidents qui y travaillent aujourd'hui et l'énergie qui s'en dégage.

Pour la petite histoire, la société fondée par Émile Salmson en 1889, d'abord installée à Boulogne-Billancourt, est spécialisée dans le domaine des pompes et des machines à vapeur, avant de se lancer dans la fabrication de moteurs pour l'aviation et l'aéronautique. En 1940, pendant la guerre, Crest étant en zone libre, l'entreprise y déplace ses activités et produit notamment des voitures de luxes. Mais sa spécialité est avant tout la fabrication d'engrenages. Ses clients sont dans l'électromécanique, le médical ou encore l'aéronautique. Dans les carnets de commandes, on trouve des noms prestigieux comme Dassault ou Ratier-Figeac… Avec la Guerre du Golfe, le commerce ralentit et au début des années 90 ; Salmson, qui faisait travailler 50 salariés, n'en compte plus que 15. C'est en 1993 que David Sitbon rachète l'usine qui reprend son souffle pendant une vingtaine d'années, avant de cesser son activité en 2013. Cela fait maintenant 4 ans que l'Usine Vivante a repris les lieux et s'épanouit. David Sitbon se plaît à venir à la rencontre des résidents découvrant un autre modèle de développement économique auprès de jeunes entrepreneurs qui réinventent le travail.




Sarah FRANCO
Journaliste

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