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L'Orient rêvé de Mozart

L'Orient rêvé de Mozart
© Stofleth

CultureSpectacle vivant Publié le ,

Sous l’apparente simplicité d’une turquerie, L’Enlèvement au sérail de Mozart offre une multitude de lectures qui résonnent différemment en fonction de l’actualité. L’été dernier, au festival d’Aix-en-Provence, Martin Kusej, tournait le dos à la bouffonnerie, situant l’action au XXè siècle dans le désert, avec otages filmés devant un drapeau noir. Réécrits, les dialogues témoignent de l’extinction des idéaux des Lumières face à la barbarie qui secoue le monde arabe. Il y a 20 ans, dans la production de Dieter Kaegi à Genève, Constance laissait, avec la voix pleine de tristesse le Pacha sur son yacht, amarré sur les bords du Nil. Mais le plus souvent, les metteurs en scène paresseux privilégient le caractère bouffon de l’ouvrage, écartant d’un revers de manche un livret qu’ils taillent volontiers.


Dramaturge et metteur en scène, fils d’Orient élevé en Occident, Wajdi Mouawad prend ce singspiel très au sérieux, réécrivant lui aussi les dialogues parlés pour renverser l’idéologie du texte sans trahir l’esprit de Mozart. Nul besoin de transposer l’action. Nous sommes bien au XVIII, dans un superbe décor (Emmanuel Clolus) rappelant à la fois l’épure des croquis de Leonard de Vinci et les Encyclopédistes. Que nous dit le metteur en scène libano-québécois ? Que sur de nombreux points Orient et Occident sont les deux faces d’une même médaille. Le comédien Peter Lohmeyer ne joue-t-il pas les rôles de Sélim Pacha et du père (inventé) du père de Belmonte ? Sa démonstration relaie la situation de la femme, adulée et contrainte de part et d’autre de la Méditerranée. Constance quitte les voiles pour le corset, le sérail pour le gynécée. Grâce à l’artifice du flash back, la musique et le texte s’entrelace dans le temps et l’espace pour accoucher d’un spectacle éblouissant, sur le fonds et la forme.


Cette réussite doit au talent du nouveau patron du théâtre de la Colline qui signe à Lyon son premier opéra –espérons pas le dernier-, et à un plateau juvénile qui se plie à ses indications. Jane Archibald incarne Constance, rôle qu’elle chantait l’été dernier à Aix, Joanna Wydorska celui de Blonde, duo féminin plus convaincant que celui que firme Cyrille Dubois (Belmonte) et Michael Laurenz (Pedrillo) mais qui marque moins que le personnage d’Osmin, incarné avec élégance par la jeune basse David Steffens. En lui donnant de la noblesse et de l’humanité, Wajdi Mouawad en fait le personnage emblématique de ce spectacle. Dans la fosse, Stefano Montanari dirige un orchestre souple, vif, et réactif à une direction soucieuse des contrastes et du tempo pour ne jamais laisser retomber la tension générée par l’alliance entre une musique sublime et un texte qui a sert si bien.

Opéra de Lyon jusqu’au 15 juillet

Mozart sur Grand écran

Pour sa 8è édition, la vidéo transmission, en léger différé de l’opéra de Lyon, s’élargit à l’Auvergne. Clermont Ferrand, Issoire, Aurillac et Moulins rejoignent douze villes de Rhône-Alpes, dont Lyon, pour une soirée, sous les étoiles, avec L’Enlèvement au sérail de Mozart dans cette production de Wajdi Mouawad qui se joue à guichets fermés.

Fan Zone place Bellecour, 9 juillet à 21h30

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