AccueilActualitéGrand témoinKathie Werquin-Wattebled (Banque de France Auvergne-Rhône-Alpes) : "notre économie est dégradée"

Kathie Werquin-Wattebled (Banque de France Auvergne-Rhône-Alpes) : "notre économie est dégradée"

Nommée en juin directrice régionale de la Banque de France Aura, Kathie Werquin-Wattebled confirme le "verdissement" d’une instance qui en intègre progressivement les critères ESG dans la cotation des entreprises dans un contexte économique dégradé.
Kathie Werquin-Wattebled évoque le verdissement des cotations de la Banque de France
© Marine-Agathe Gonard - Kathie Werquin-Wattebled évoque le verdissement des cotations de la Banque de France

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Vos premières impressions sur la région Auvergne-Rhône-Alpes que vous découvrez ?

Il s’agit de la première région en taille après l’Île-de-France, avec 12 départements, des métropoles fortes et une énergie sans commune mesure avec d’autres régions de France. Et pourtant, je viens de Lille et suis originaire des Hauts-de-France qui représentent aussi un territoire très dynamique. J’ai été surtout impressionnée par la diversité de son tissu économique et sa force industrielle. Je constate un mouvement de réindustrialisation, de ré-internationalisation des chaînes de valeur… Cette région possède un passé et un présent industriel très puissant avec par ailleurs des départements qui sont en plein emploi.

Vous avez récemment présenté l’analyse conjoncturelle d’Aura. Pouvez-vous nous la commenter ?

L’ambiance générale est extrêmement dégradée, au sortir d’une crise sanitaire qui a été longue et vécue comme un choc. Avec en plus, un contexte anxiogène dû à la survenance de la guerre en Ukraine. Ces deux situations pèsent forcément sur le moral des entreprises. Après, lorsqu’on va dans le détail, on constate une dynamique de consommation, et un 3e trimestre très bon selon les projections trimestrielles rendues par la Banque de France. La consommation des ménages et la saison touristique estivale ont notamment été bonnes. Malgré la froideur de la situation donc, les données économiques sont pourtant positives. La croissance du PIB pour 2022 est de 2,6 % contre 2,3 % précédemment annoncés. Paradoxalement, plus on avance dans le temps, plus on a l’impression que la situation se dégrade, avec les problèmes liés à l’énergie et un conflit qui dure ; et pourtant nous annonçons une croissance de PIB supérieure à ce que l’on annonçait au trimestre précédent.

Comment appréhendez-vous la situation des entreprises en 2023 avec des défaillances massives annoncées ?

Nous ne sommes ni pessimistes ni optimistes. Même si la crise Covid a cabossé les bilans des entreprises en instantané, elles sont plutôt sorties en bonne forme de la crise. Nous traitons actuellement les bilans au 31 décembre 2021 et ils sont plutôt de bonne qualité. Nous sommes même à un pic historique de taux de marge. Autrement dit, les entreprises s’engagent dans les prochains mois avec globalement, des trésoreries extrêmement saines, des taux de marges excellents et des structures plutôt correctes. De plus, les entreprises ont continué à investir.

Pensez-vous qu’elles seront assez résilientes pour faire face aux enjeux énergétiques qui émergent ?

Les entreprises ont aussi gagné en agilité et avec l’expérience Covid sont plutôt préparées à passer l’hiver. En revanche, on ne peut pas nier la problématique des entreprises, dont certaines ont des besoins en énergie importants.

On parle justement d’effort collectif mais effectivement selon les secteurs les besoins d’énergie ne sont pasles mêmes. Qu’en pensez-vous ?

Certains ont pu critiquer l’effort massif et non ciblé des aides aux entreprises durant le Covid. Quand la crise est arrivée, nous n’avions aucun retour d’expérience de crises passées comparables et nous ne savions pas où nous allions. Nous ne sommes pas dans le même cas de figure aujourd’hui et c’est pour cela que je distingue bien les entreprises qui ont fortement besoin d’énergie pour produire et vendre d’autres plus protégées. Nous ne sommes plus dans le « quoi qu’il en coûte » et les aides doivent être ciblées, en fonction des activités, des chaînes de valeur… Sans oublier de faire le distinguo entre leur dépendance soit au gaz, soit au pétrole ou à l’électricité, car les coûts sont différents.

Cotations vertes

Quel est le rôle précis des banques centrales en cette période de crise ?

Notre rôle est finalement un peu ingrat car lorsqu’on navigue sur une mer d’huile, on pense que les Banques centrales ne servent à rien et quand l’économie ne va pas fort, on nous demande de devenir la fée Clochette et de sauver le monde. Les banques centrales sont des garde-fous et nous devons pour cela garder une certaine clairvoyance et rester calmes. Depuis quelques mois, nous avons appuyé sur l’accélérateur à inflation pour éviter la déflation qui est le mal absolu en économie. Aujourd’hui, nous normalisons la politique monétaire dans un contexte inflationniste à 6 %, c’est-à-dire que nous avons lâché la pédale et que nous sommes sur le frein moteur. C’est la première partie du voyage, jusqu’à la fin de l’année. Le but est de parvenir à des taux neutres d’ici début 2023. Soit entre 1,5 et 2 % au niveau des taux des banques centrales. Si la normalisation de politique monétaire ne suffit pas et nous rentrerons dans la deuxième partie du voyage qui consistera à freiner vraiment l’inflation. Nous pourrons ainsi jouer sur le prix de l’argent et donc des taux d’intérêts.

Par ricochet, quelles sont vos relations avec le réseau bancaire français ?

Nos relations avec les banques sont bonnes. Sur les 15 dernières années, en moyenne, le taux immobilier était à 2,7 %. On ne retient que les taux immobiliers bas à 1 % environ, voire pour certains négatifs. On revient aujourd’hui à un prix de l’argent, mais c’est logique. Pour les particuliers comme les entreprises, ces taux qui se relèvent ne sont finalement qu’un retour à la normale.

Ce retour à des taux normalisés, associés à des enjeux de sobriété peuvent-ils faire basculer le monde dans une ère plus sobre et moins consumériste ?

Les banques centrales ne sont pas protégées des enjeux climatiques. Si on décide du jour au lendemain que toutes les passoires thermiques ne doivent plus abriter les populations on met finalement à la benne du patrimoine ; à l’instar des voitures thermiques. C’est à-dire que brutalement, on supprime du capital existant valorisé dans les entreprises ou dans les actifs des particuliers et qui devient alors une non-valeur. Nous restons donc très vigilants sur la notion d’équilibre. Nous sommes par ailleurs prêteurs en dernier ressort et aussi garants de la stabilité financière et bancaire. Nous sommes donc aussi garants de ce que font les banques et restons attentifs au fait qu’elles puissent adopter ce prisme vert et appréhender la transition climatique pour elles-mêmes. Par ailleurs, nous notons aussi les entreprises et intégrons des critères extra financiers. Aujourd’hui, la gouvernance, les préoccupations ESG, les enjeux de transition énergétique, font partie de nos entretiens de cotation.

Comment évolue le dispositif de correspondant TPE que la Banque de France a mise en place ?

Il fonctionne très bien. C’était une volonté forte de notre gouverneur François Villeroy de Galhau, d’être utile et proche des entreprises des territoires. Nous ne sommes pas des conseils en tant tels quels ; mais nous pouvons apporter une certaine expertise et ouvrir notre réseau aux entreprises pour par exemple les éclairer sur des solutions de financement.

Comment jugez-vous l’écosystème régional bancaire ?

Nous avons la chance en France d’avoir un système bancaire efficace, solide et résilient. Nos banques sont en bonne santé, bien capitalisées et peuvent financer facilement. A la taille de la région Auvergne-Rhône-Alpes, le réseau bancaire est très dense et diversifié ; c’est une force.

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