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Kader Si-Tayeb/Wordskills Lyon : « Les JO pour les filières techniques et artisanales »

le - - Grand témoin

Kader Si-Tayeb/Wordskills Lyon : « Les JO pour les filières techniques et artisanales »

Lyon accueillera en octobre 2023 les finales mondiales des Worldskills. Ces olympiades des métiers consacreront les filières techniques et artisanales, comme le sport peut l'être à travers les Jeux Olympiques. Pour Kader Si-Tayeb, délégué général de Worldskills France, cet événement est « une parenthèses enchantée pour des jeunes ordinaires qui vont vivre un événement extraordinaire ». 90 M€ de budget, 60 métiers représentés, 2 000 bénévoles et plusieurs dizaines de milliers de visiteurs sont attendus pour une manifestation hors norme mais qui servira les intérêts de plusieurs branches métiers en tension.

L'engouement autour des Worldskills est certain. Sa compréhension l'est-elle tout autant ?

Les Worldskills connaissent un déficit de notoriété c'est certain. Notre mission première est donc de travailler pendant ces trois ans à la reconnaissance de ce grand événement.

Pourtant la mobilisation localement est générale. Comment analysez-vous ce contraste ?
Il y a deux ans, nous avons travaillé sur le dossier de candidature mondiale pour la France. Nous nous sommes aperçus que seules les villes de Lyon et Paris avaient l'envergure pour accueillir une telle manifestation. Localement, la métropole de Lyon a été notre interlocuteur pour mener à bien ce dossier lyonnais. A noter que l'écosystème local des entreprises a été aussi moteur dans la compréhension des enjeux par la l'agglomération lyonnaise. Autrement dit, la promotion des filières professionnelles et la valorisation des métiers.

La question du manque d'appétence et de reconnaissance de la fomration et des métiers techniques est-elle seulement française ?
La France n'est pas le seul pays dans le monde confronté à manque de reconnaissance des filières d'apprentissage de certains métiers. Le fait que moins des jeunes se lancent dans des filières techniques ou liées à l'artisanat est un phénomène mondial. Une situation qui engendre un déséquilibre économique. J'ai pu le constater récemment en Corée du Sud avec beaucoup de jeunes qui choisissent la voie universitaire. Des emplois se créent mais ils restent non pourvus. Ça pénalise les entreprises.
A notre modeste échelle, nous souhaitons redorer le blason de ces métiers. D'où la création de ces Olympiades il y a 70 ans. L'évènement a été lancé pour la première fois en Espagne, pour remobiliser les jeunes dans les métiers de reconstruction d'après-guerre. Au fil des éditions, le spectre des métiers engagés s'est élargi. Aujourd'hui ça va de la taille de pierre à a cybersécurit

Comment on pourrait-on définir les Worldskills ?
Il s'agit de la plus grande compétition de métiers au monde réservée aux jeunes. Ça équivaut aux Jeux Olympiques. 60 disciplines qui se déroulent en même temps sur un seul site, en l'occurrence Eurexpo. La seule différence, hormis la dimension sportive est que les jeunes ont tous moins de 23 ans. C'est le seul critère pour participer.

Comment est structurée l'entité Worldskills ?
Il existe une ONG à l'échelon mondial nommée Worldskills International puis des entités dans chaque pays. Ce n'est pas un système de filiales mais des membres. En France, nous sommes structurés sous forme associative depuis sa création 1990. Nous payons une cotisation mais sommes indépendants dans notre fonctionnement. Chaque pays est libre d'organiser à sa manière ses Worldskills. Dans certains pays, les entités sont rattachées à des ministères.

Quel est votre parcours ?
Je suis diplômé de l'Insa Lyon (Promotion 2000). J'ai travaillé ensuite dans le secteur de l'exploration pétrolière avant de reprendre mes études pour faire un master en management international du sport. C'est à ce moment où j'ai commencé à m'intéresser aux grand évènements mondiaux : championnat du Monde d'athlétisme à Paris en 2003, les Jeux asiatiques en 2006 au Qatar, les JO de Pékin en 2008, la coupe du Monde de Football en 2010, les Jo de Londres en 2012… J'ai connu un peu par hasard les Worldskills à partir de 2004, via des missions et j'ai vu le parallèle qui pouvait être fait entre le monde du sport et l'économie sur question de la valorisation des disciplines, autrement dits des métiers. Je suis délégué général de Worldskills France depuis 2015.

Qu'est ce qui vous a convaincu d'embrasser cette fonction ?
Je pouvais lier ma passion pour l'évènementiel international à une cause structurante économiquement et socialement. Le fond est important car si cette valorisation des jeunes et des métiers n'existait pas, ça pénaliserait fortement les pays. C'est vital. La compétition est là pour valoriser l'objet social des Worldskills. Ce qui est intéressant c'est de mixer les différents acteurs industriels et plus globalement économiques.

A l'inverse des Jeux Olympiques, les engagés ne peuvent participer qu'une seule fois à ces Olympiades, ce qui rend cette compétition rafraîchissante et dynamique. Il s'agit d'une parenthèse enchantée pour des jeunes ordinaires qui vont vivre une expérience extraordinaire. Nous attendons d'eux aussi qu'ils en parlent aux plus jeunes ensuite dans leur entreprise et leurs proches pour transmettre cet engouement. Les 13-15 ans qui viennent découvrir ces métiers en action lors des Worldskills qui peuvent susciter ainsi des vocations. C'est aussi ça l'ambition de cette compétition.

Il s'agit donc d'une compétition plutôt ouverte ?
Les grands concours métiers qui existent à travers le monde sont tous organisés dans le cadre de salons professionnels. Ce qui a pour vertu d'égayer ces grands rendez-vous de filières parfois peu festifs. Nous nous adressons au grand public et aux jeunes en particulier. Pour cela, nous aurons un important travail de visitorat à effectuer en collaboration avec le rectorat, la métropole et la Région. Avec l'objectif de faire venir les jeunes sur des parcours de découvertes métiers. Je précise que l'entrée est gratuite. C'est une manifestation d'intérêt général.

Jugez-vous que les filières d'apprentissage sont à un tournant ?
Pour nous, tous les feux sont au vert. Les filières d'apprentissage ont déjà subi une réforme avec une volonté de l'Etat de redonner ses lettres de noblesse à ces métiers. Les branches professionnelles sont aussi impliquées car leur besoin en main d'œuvre est fort. Le projet Worldskills arrive au bon moment pour créer l'émulation. Nous avions perdu contre les Allemands et les Russes lors des deux précédentes éditions. Notre victoire pour 2023 atteste de ce timing idéal où l'audience est plus forte pour ces métiers. Le projet intéresse et fédère. L'idée n'est pas de se focaliser sur 2023 mais d'engager une dynamique à partir de maintenant sur les trois prochaines années.

Qu'est ce qu'il va se passer d'ici 2023 ?
Il faut comprendre que le cycle Worldskills dure deux ans. Il y a des sélections qui s'organisent en région sur le premier trimestre 2020 avec plus de 7 000 inscrits. Ensuite, les champions régionaux disputeront la grande finale nationale qui aura lieu en octobre à Lyon. Les gagnants participeront à la finale mondiale de Shanghai en 2021. On redémarre ensuite un nouveau cycle ensuite avec une finale nationale qui se déroulera encore une fois à Lyon en 2022 avant la finale mondiale de 2023.
Nous organisons les deux prochaines finales nationales à Lyon parce que nous avons besoin de nous préparer en vue de 2023. Nous allons pouvoir appréhender Eurexpo et travailler avec tous les acteurs institutionnels et économiques de la région, sans oublier les medias pour communiquer sur cet événement.
Les Worldskills 2023 se dérouleront sur une surface trois plus grande que le salon Pollutec pour donner un ordre de grandeur, d'où la nécessité de se préparer à travers les deux finales nationales.

Quel est le modèle économique des Worldskills ?
Le budget prévisionnel est de 90 M€. Un quart proviendra de subventions publiques (Etat, Région, Métropole de Lyon). Le reste est financé par les entreprises : financements, matériel et compétences. Nous allons nouer des partenariats avec les 60 métiers. Avec une dizaine de partenaires par métiers. L'écho est déjà très positif autant auprès des grands groupes que des PME.

La communication est forcément primordiale pour ce type de manifestation ?

C'est effectivement fondamental, il faut communiquer pour amener des visiteurs et changer l'image de ces métiers. C'est un marathon plutôt qu'un sprint, d'où la nécessité d'organiser des finales nationales. La dernière qui a eu lieu à Kazan (1 000 médias inscrits) en Russie a fait prendre conscience aux élus et entreprises de la région du gigantisme de la manifestation.

Quels sont enjeux en termes logistiques ?
Les conditions nécessaires étaient d'avoir une infrastructure d'accueil adaptée pour le déroulement des épreuves ainsi une offre hôtelière adéquate. Nous avons ainsi pu trouver un créneau de 15 jours pour utiliser en totalité Eurexpo. Les épreuves auront lieu en octobre 2023.
En Russie, 270 000 visiteurs dont 40 000 étrangers sont venus aux WorldSkills. 8 000 chambres d'hôtels sont déjà sécurisées et le domaine de la Doua sera privatisé en tant que « village olympique » pour l'accueil des délégations avec 2300 lits réservés. La ville va vraiment vivre au rythme de la manifestation. Un programme important de bénévole va monter en puissance à partir des finales nationales pour parvenir à 2000 bénévoles. Un comité d'organisation sera crée au sein de Worldskills France pour organiser la compétition. L'organisation sera basée à Lyon à partir de la fin de l'année, avec 80 à 100 salariés.

Ses dates clés

2015

nommé délégué général des Worldskills France

2013

Mission d'organisation des finales nationales des 43e Olympiades des Métiers en Alsace

2012

Responsable logistique aux Jeux Olympiques de Londres

2000

Diplômé de l'Insa Lyon




Julien THIBERT
Journaliste

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