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Joël Pommerat fait sa Révolution au TNP

« Ça ira (1) fin de Louis » revisite, à l'aune de la situation politique actuelle, les événements qui on changé le visage de l'Occident. Cette salutaire leçon de démocratie rappelle notre héritage commun. Et dans les temps actuels, ce rappel prend toute sa dimension.
Joël Pommerat fait sa Révolution au TNP
© elisabeth Carecchio - Joël Pommerat signe un spectacle ambitieux qui fait vibrer les cordes du coeur et de la raison

CultureSpectacle vivant Publié le ,

Pièce sur la politique, et non pièce politique, le dernier opus de Joël Pommerat interroge la Révolution française avec un regard contemporain. « Ça ira (1) fin de Louis », décortique les mécanismes du pouvoir, analyse les conflits d’intérêt, pose la question de la démocratie, de la représentation et de la légitimité des élus. L’auteur et metteur en scène brosse aussi le portrait d’anonymes, montre comment l’individu se dépasse ou s’avilit face aux événements. Il raconte l’opportunisme des uns, le sens du devoir des autres, le radicalisme et la tentation du retour au totalitarisme, mais aussi colère du peuple affamé face à l’indifférence, voire le mépris, des puissants.
S’il n’y avait la référence explicite à Louis XVI, seul personnage nommé dans ce spectacle de près de 4 h 30, le public pourrait se projeter au Caire ou à Tunis dans les premiers jours des Printemps arabes, au Parlement d’Athènes où Tsipras a conquis la majorité, dans les conseils de quartier de Madrid ou de Barcelone où les citoyens alimentaient la réflexion de Podemos. Sur les plateaux de télévision, à cette heure tardive où le service public ouvre l’antenne à de vrais débats, loin de la dictature des images et de l’immédiateté.
Que raconte la pièce ? En 1786, pour redresser les comptes publics et empêcher la banqueroute, le Premier ministre propose d’imposer l’ensemble de la population à hauteur de ses revenus. Arcboutés sur leurs privilèges, la noblesse et le clergé s’étranglent à cette proposition qu’ils jugent « déraisonnable ». Pour leur forcer la main, Louis XVI convoque les Etats Généraux, déclenchant involontairement le processus révolutionnaire. Et le théâtre ? L’art dramatique est omniprésent dans l’écriture de Joël Pommerat, dans la manière de conduire l’action, de la concentrer sur trois lieux : les salon royaux, l’Assemblée nationale et un comité de quartier du XVIIIè à Paris. Les bruits et la fureur, qu’on ne voit jamais, restent hors du plateau.

Un spectacle d’utilité publique

Ni reconstitution historique, ni une véritable leçon d’histoire, la pièce longuement mûrie, a pris forme au plateau. Une quinzaine de comédiens, parmi lesquels Agnès Berthon, Anne Rotger, Philippe Frécon, Gérard Potier ou encore David Sighicelli, jouent plusieurs personnages. Une dizaine d’autres, de jeunes acteurs pour la plupart, jouent les rôles plus secondaires. Quelques chaises ou fauteuil, une grande table, agencés selon les scènes qui défilent dans une parfaite fluidité, habillent un plateau nu, souvent dans la pénombre, où les projecteurs sculptent les corps.
Face à eux, dans la salle, comme « pris en otage » le public joue malgré lui le rôle des élus de l’Assemblée Nationale harangués par les leaders. Ne cherchez pas à reconnaitre Beaumarchais, Robespierre ou Danton. Cela n’ajoute rien à la lisibilité de ce spectacle. En revanche, on s’amusera des ressemblances dans les attitudes, les propos et la manière de les défendre, avec les hommes et femmes politiques d’aujourd’hui. Et, contrairement à la première Assemblée nationale, celles-ci pèsent de tout leur poids.

Drôle, mené tambour battant, touchant à notre inconscient collectif, à nos valeurs, « Ça ira (1) fin de Louis » touche au cœur et à la raison. De mémoire de spectateur, voilà bien longtemps que le théâtre n’avait pas fait vibrer, avec autant de force, ces deux cordes en même temps. Autant dire que les 4 h 30 passent en coup de vent. A l’issue de la première représentation, la salle s’est presque spontanément levée pour une « standing ovation » méritée. Mais, il faudra patienter deux ou trois ans avant de voir la suite de cette épopée qui a changé le visage de l’Occident. Et là cela risque d’être long.

TNP, jusqu’au 28 janvier.

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