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Jean-Paul Mandier/Président de l'IFARE : redorer l'image du nucléaire

le - - Grand témoin

Jean-Paul Mandier/Président de l'IFARE : redorer l'image du nucléaire
© Céline Vautey

Pur produit de la filière nucléaire, où il a effectué la quasi-totalité de sa carrière professionnelle, le directeur général de la société Endel SRA, à Vaulx-en-Velin, a pris la présidence de l'IFARE en 2019. A la tête de cette association d'entreprises, qui a été créée en 2004 et dont le siège est installé à Ambérieu-en-Bugey, il s'applique à défendre une industrie symbole d'un réel savoir-faire hexagonal et qui devra recruter plusieurs milliers de salariés dans les années à venir.

Quel est le rôle de l'IFARE ?

L'IFARE a pour but de fédérer des sociétés qui travaillent avec l'industrie nucléaire sur toute la vallée du Rhône, c'est-à-dire sur un territoire où sont installées cinq centrales : Bugey, Creys-Malville, Saint-Alban, Cruas et Tricastin. Aujourd'hui, l'IFARE rassemble 102 entreprises adhérentes, qui emploient environ 6 500 personnes. Toutes ces sociétés sont actives dans le nucléaire, même si ce n'est pas toujours leur seule activité, et toutes sont présentes sur le territoire régional, bien que leur siège ne soit pas automatiquement installé en Auvergne-Rhône-Alpes. Certaines de ces entreprises sont également actives sur le parc nucléaire français dans d'autres régions de l'Hexagone ; c'est d'ailleurs le cas de Endel SRA, l'entreprise que je dirige à Vaulx-en-Velin.

L'IFARE n'est pas pour autant un simple club d'entreprises ; vous avez avant tout vocation à défendre des projets et à préparer l'avenir de la filière nucléaire ?

La déclinaison de l'acronyme IFARE suffit à résumer nos missions : Information Formation Aide au Recrutement et Emploi. Concrètement, nous accompagnons et épaulons les entreprises adhérentes en matière de formation et de recrutement, mais également sur les problématiques de sécurité et de sûreté des installations. Pour assumer cette mission, nous pouvons compter sur une équipe de six permanents, auxquels s'ajoutent deux alternants. Nos effectifs devraient augmenter prochainement.

Cette association est-elle unique en son genre dans l'Hexagone ?

Non, pas du tout. Au total, il y a cinq associations qui couvrent l'ensemble des plaques nucléaires qui sont réparties sur l'ensemble du territoire national : en Rhône-Alpes, au nord, à l'est, à l'ouest et au sud-ouest. C'est EDF qui a suscité la création de ces associations. L'opérateur historique du marché de l'électricité en France voulait ainsi disposer d'un relais avec les entreprises partenaires et souhaitait accompagner ces dernières sur les trois volets que j'évoquais précédemment : formation, recrutement, sécurité / sûreté. EDF nous appuie, nous sponsorise, mais n'est pas présent au sein de l'IFARE, pas plus que dans les quatre autres associations.

Ces cinq associations partagent-elles les mêmes problématiques et sont-elles en relation durant l'année ?

Bien évidemment. Plusieurs réunions sont organisées au fil de l'année. Les permanents des associations se retrouvent chaque trimestre, tandis que les présidents et les secrétaires se réunissent deux fois dans l'année en présence d'EDF. Ces deux réunions semestrielles nous permettent, d'une part, de dresser un bilan des actions qui ont été menées au cours de la période écoulée et, d'autre part, de définir celles qui seront à mener l'année suivante.

Sur quels financements pouvez-vous compter pour boucler le budget de l'IFARE ?

En dehors de la subvention que nous alloue EDF, nous pouvons compter sur les cotisations de nos adhérents, mais aussi sur le produit des ventes des outils que nous développons. Nous avons ainsi réalisé un outil « DIAMANT » (Diagnostic pour l'AMélioration des Activités Nucléaire sur le Terrain) avec pour but d'obtenir un diagnostic personnalisé, mais aussi de donner une vision globale de l'intégration des exigences et identifier des axes d'amélioration. Bien entendu, aucun de ces produits n'entre en concurrence avec ceux qui sont développés par les entreprises adhérentes de l'IFARE.

De quelle façon intervenez-vous pour aider et accompagner les entreprises adhérentes sur un domaine aussi sensible que le recrutement ?

Cela passe notamment par l'organisation de grands événements, comme le Forum de recrutement que nous avons monté à Lyon au mois de novembre dernier, en partenariat avec Pôle Emploi, à l'Hôtel de Région. Nous allons d'ailleurs organiser d'autres opérations identiques dans le courant du mois de janvier, toujours avec Pôle Emploi, sur les territoires nord et sud de Rhône-Alpes.

Cette problématique du recrutement est-elle aujourd'hui la question la plus sensible que vous devez gérer ?

C'est incontestablement un sujet majeur et particulièrement sensible, car nous avons un véritable défi devant nous pour les années à venir. Avec la mise en œuvre du programme Grand Carénage, qui vise à prolonger la durée de vie des centrales, nous allons avoir un très gros volume de prestations à fournir sur les sites de la région. Pour relever ce challenge, nos entreprises devront recruter près de 1 000 collaborateurs supplémentaires durant les deux prochaines années. Mais cette question du recrutement ne peut être distinguée de celle de la formation. Les deux sont étroitement liés, car les personnes que nous recrutons doivent impérativement être formées. Nous devons donc anticiper les recrutements, pour être en mesure de former nos futurs salariés en amont.

Comment pouvez-vous gérer ce défi ?

En tant que président de l'IFARE, je suis également vice-président du CFA Rhône-Alpes énergies. Dans ce cadre, je joue le rôle d'interface entre les entreprises adhérentes de l'IFARE et le CFA. Je fais remonter les besoins des premières pour que soient mises en place les formations nécessaires et, lorsque cela s'impose, pour créer des classes supplémentaires sur les métiers en tension.

Quels sont ces métiers ?

Le soudage, la tuyauterie et la robinetterie sont en tension et nous posent des problèmes aigus, car il y a une très forte augmentation des besoins sur ces métiers-là dans le cadre du programme Grand Carénage. Ceci étant dit, au-delà de ces trois métiers, nous avons listé 12 spécialités différentes de la maintenance qui sont concernées par les besoins de recrutement des entreprises. Cela va des chaudronniers - tuyauteurs aux automaticiens, en passant par les robinetiers, les soudeurs, les électriciens, les calorifugeurs… Toutes ces fonctions sont essentielles pour garantir la sûreté des installations nucléaires.

La stigmatisation du nucléaire, qui traine une réputation d'industrie à haut risque, constitue-t-elle un handicap supplémentaire pour recruter de nouveaux salariés ?

C'est incontestablement un frein. La parole des opposants au nucléaire, largement relayée par les médias, dissuade certaines personnes de rejoindre notre industrie, alors que leurs compétences et leurs cursus pourraient les amener à travailler dans nos entreprises. C'est d'autant plus regrettable, qu'il y a de très belles carrières à mener dans cette industrie. Le nucléaire est l'un des principaux fleurons de l'industrie française et une filière indispensable pour assurer l'autonomie énergétique de notre pays. Pourtant, lorsque l'on parle du nucléaire, le premier réflexe des gens est de penser aux dangers que cette industrie ferait peser et aux déchets qu'elle génère. Ces jugements sont erronés et relèvent d'une véritable désinformation. Il y a en France 58 tranches nucléaires et nous n'avons eu aucun incident majeur à regretter. Tout simplement parce qu'aucune industrie n'est aussi étroitement surveillée et aucune n'est plus sûre que le nucléaire.

Comment pouvez-vous inverser cette tendance et séduire de futurs collaborateurs ?

Nous avons engagé des démarches pour réaliser des interventions dans les collèges, afin de diffuser une information plus objective auprès des jeunes. Nous souhaitons également obtenir des facilités pour organiser des visites de centrales nucléaires dans le cadre de stages de 3ème, chose que nous ne pouvons pas faire actuellement. Car c'est ainsi, très en amont, que nous souhaitons présenter concrètement aux jeunes ce qu'est une centrale nucléaire et quels sont les métiers qu'ils peuvent exercer sur ces sites. Il y a une richesse de parcours professionnels insoupçonnée dans le nucléaire. Nous souhaitons également développer nos relations avec les universités, là encore pour diffuser une information moins manichéenne.

Cette mauvaise réputation qui colle à la filière nucléaire constitue-t-elle également un frein au développement de vos entreprises ?

Non, car le développement de nos entreprises repose avant tout sur la confiance que nous accorde EDF et sur les perspectives d'activité qui se dessinent pour les années à venir. EDF, qui doit remettre à niveau ses centrales dans le cadre du Grand Carénage, investira quelque 50 Md€ au cours des 10 à 15 prochaines années. Quelle autre filière industrielle peut proposer de pareilles perspectives en France ? Aucune.

D'autant que les entreprises adhérentes de l'IFARE ont également un rôle à jouer dans le démantèlement des centrales ?

Bien entendu. Bien souvent, les entreprises de la filière nucléaire sont impliquées dans toute la vie d'une centrale, de sa construction à son démantèlement, en passant par le démarrage et par les années de production. Cela donne une visibilité de l'ordre d'un siècle : 7 à 10 ans de construction, 40 ans d'exploitation, et très bientôt 60 ans avec les nouvelles technologies qui sont mises en œuvre, et enfin 15 à 20 ans pour le démantèlement.

Ses dates clés

1960 : Naissance dans le 3ème arrondissement de Lyon.

1977 : Diplôme d'ajusteur en poche il débute sa carrière, après une année de service militaire, dans la société où il a passé son CAP.

1984 : Entre chez SRA. L'entreprise prenant le virage du nucléaire, il occupe successivement des fonctions de technicien opérateur, chef de chantier (en France, en Belgique et en Chine), adjoint au chef d'agence, chef d'agence, chef d'exploitation, directeur d'exploitation.

2002 : Nommé directeur de la division nucléaire de SRA, alors sous le contrôle de Suez.

2009 : Nommé directeur régional, il assume la responsabilité sur les divisions nucléaire, désamiantage, assainissement et industriel. Il coiffe alors 500 collaborateurs.

2014 : Suez décide de séparer les différentes entités et il se concentre sur la direction des activités nucléaire et désamiantage.

2019 : Suez ayant cédé son activité nucléaire, il est nommé directeur général de la nouvelle structure Endel SRA au 1er janvier. Il prend ensuite la présidence de l'IFARE au mois de juin.




Jacques DONNAY
Journaliste

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