AccueilGrand témoinJean-Marie Chanon, avocat de la fusion

Jean-Marie Chanon, avocat de la fusion

Jean-Marie Chanon, avocat de la fusion
Photo : Céline VAUTEY

ActualitéGrand témoin Publié le ,

Durant l'un de ses deux mandats, ce spécialiste de droit des affaires a porté le projet de fusion des professions d'avocat et de conseil juridique, au début des années 1990. Impliqué dans la vie de la cité par passion, il a élargi le champ de ses réflexions au début des années 2000, en intégrant le conseil d'administration de la Banque Populaire Loire et Lyonnais, dont il a pris la présidence en début d'année. Dans ce fauteuil, il conduit aujourd'hui la première opération de fusion de trois établissements bancaires.

Vous êtes avocat en droit des affaires et vous avez exercé des responsabilités ordinales importantes. Comment analysez-vous l’évolution de la profession d’avocat au cours de ces années, notamment dans sa relation avec le monde de l’entreprise ?

Depuis la fusion des professions d’avocat et de conseil juridique en 1992, la profession a pris des décisions qui vont dans le bon sens à l’égard de tous, et en tout cas à l’égard des entreprises : formation plus forte et plus diversifiée, spécialisation, ouverture aux nouvelles technologies, communication et publicité, incitation aux modes alternatifs de résolution des conflits par la négociation, la médiation, l’arbitrage…

Que vous inspire la loi Macron, dont l’un des objectifs est de favoriser l’inter-professionnalité ?

La loi Macron a créé le droit de l’inter-professionnalité, en permettant la constitution de sociétés pouvant réunir des professions du droit et du chiffre, aboutissement d’un débat qui a duré plusieurs décennies. En l’état, je ne vois guère l’utilité pratique de ce texte, alors que les avocats utilisent depuis longtemps l’inter-professionnalité quand il s’agit, notamment, de traiter des affaires complexes justifiant l’intervention de professionnels spécialisés. Nos clients demandent des compétences et ne se soucient guère de l’organisation juridique des intervenants. Ce qu’ils veulent avant tout, ce sont des professionnels dont la déontologie est forte. Je pense en particulier à la règle fondamentale du secret professionnel et au principe, tout aussi fondamental, de l’indépendance, dont les contours peuvent varier d’une profession à l’autre. Enfin, si Monsieur Macron a voulu créer des structures « intégrées » pour réduire les coûts, il pourrait s’être trompé… La raison voudrait que nous attendions quelques années avant d’établir un bilan, alors qu’à ce jour les avocats et les experts-comptables ne semblent pas très pressés de se marier.

Votre profession a été marquée par des évolutions majeures ces dernières années, come l’ouverture à la publicité. Que vous inspire cette réforme ?

Depuis quelques années, la publicité est autorisée, voire encouragée ! C’est l’un des aspects de la « communication » qui consiste à établir une relation directe, immédiate et large avec le public. Je pense que c’est une bonne chose, mais à condition que cette communication soit sincère et utile. La meilleure des publicités reste bien entendu le travail de qualité et les résultats obtenus, mais il est souhaitable de faire connaître au plus grand nombre notre profession, nos cabinets, leurs expertises, leurs domaines d’intervention, leurs réseaux… Et les sites Internet, bien conçus et bien gérés, sont de bons vecteurs d’informations.

« A ce jour, les avocats et les experts-comptables ne semblent pas très pressés de se marier »

Autre révolution notable à laquelle les avocats n’échappent pas : la révolution numérique. Est-ce un danger ou simplement une invitation à réformer leur mode de travail ?

Je considère que le numérique doit s’inscrire dans la stratégie de toutes les entreprises ! Mais parler de la transition numérique, c’est aussi évoquer l’ubérisation de certaines professions, sujet très en vogue. Il me semble que l’ubérisation répond à une demande forte des consommateurs dans de nombreux domaines. Le domaine du droit ne fait pas exception quand on constate, par exemple, l’émergence des « legal start-up » qui proposent des services juridiques dématérialisés et automatisés à moindre coût. Parce que nous sommes attachés à l’histoire et aux fondements de notre profession, il s’agit là d’une révolution. Mais il nous est interdit de la mésestimer, et il convient d’y faire face et de relever immédiatement les défis, en renforçant notre relation avec les clients par plus de compétence, plus de proximité, plus de réactivité, plus de créativité… Ceci étant dit, je ne suis pas très inquiet, car les « legal start-up » ne pourront jamais remplacer cette relation de confiance absolue qui doit exister entre l’avocat et son client. On parle d’une relation personnelle forte, surtout quand il s’agit de traiter des opérations complexes dont les enjeux économiques et sociaux sont importants. Je suis d’autant moins inquiet que je suis sûr que les représentants de la profession sauront rappeler aux politiques, en cas de dérive, que le droit n’est pas une marchandise, mais le principal facteur d’équilibre social et de progrès.

Dans leurs échanges avec les gouvernants, les avocats sont-ils les mieux placés pour aborder la question de l’inflation réglementaire ?

Naturellement. L’inflation législative et réglementaire est un frein au développement économique et sans aucun doute l’une des difficultés majeures rencontrées par nos entreprises, dont les dirigeants ont besoin de clarté, de stabilité, de visibilité. La fiscalité et le droit social sont les meilleurs exemples d’une évolution dommageable. Un Président de la République a considéré que « trop d’impôts tue l’impôt » et il avait raison. Notre système fiscal est à remettre totalement à plat. Tout le monde en parle, mais aucune décision courageuse n’est prise. Quant à la législation sociale, dont les fondements protecteurs sont légitimes, elle ne peut paralyser les initiatives qui pourraient créer de la richesse et par conséquent de l’emploi. La première version de la Loi El Khomri allait dans le bon sens et il est dommage qu’elle ait été dénaturée. Je pense, en conséquence, qu’il faudrait que les responsables politiques remettent enfin de l’ordre et de la cohérence dans nos codes, et qu’ils cessent en même temps de créer des textes inutiles, quelquefois contradictoires ou incompréhensibles, sans parler de ces textes dont l’application rétroactive va à l’encontre de tous les principe.

Est-ce pour faire face à cette inflation réglementaire que vous avez intégré, en 2000, le conseil d’administration de la Banque Populaire Loire et Lyonnais ?

J’ai accepté de rejoindre le conseil d’administration de la Banque Populaire Loire et Lyonnais parce que le président et le directeur général de l’époque souhaitaient accueillir à leurs côtés un représentant des professions libérales. Je préside cette banque depuis le mois de février. Elle rencontre les mêmes exigences réglementaires que l’ensemble du monde bancaire en Europe. Le poids de cette inflation de textes est de plus en plus difficile à supporter, en particulier depuis la crise financière mondiale de 2008. Le respect de cette réglementation représente d’ailleurs une charge financière extrêmement importante, qui entame nos résultats, lesquels souffrent aussi de la diminution régulière et persistante des taux, alors même que nous devons investir très fortement dans le numérique. Ces contraintes s’inscrivent dans un climat économique très inquiétant et le tout nous oblige à des adaptations profondes et immédiates.

Comme celle que vous avez engagée avec le projet de fusion de trois Banques Populaires ?

Aujourd’hui, nous concrétisons un projet que l’on peut qualifier d’historique. En fin d’année, fusionnerons la Banque Populaire Loire et Lyonnais, la Banque Populaire des Alpes et la Banque Populaire du Massif Central. Ce nouvel ensemble réunira plus d’un million de clients, environ 3 800 collaborateurs. Il réalisera un PNB de l’ordre de 750 M€, avec des capitaux propres de l’ordre de 2,5 Md€. Nous aurons en mains des atouts qui nous permettront de mieux accompagner nos clients, notamment les entreprises de toutes tailles, PME, ETI, grandes entreprises, et les collectivités publiques. Par ailleurs, cet ensemble doté d’une nouvelle organisation nous permettra d’être plus fort dans le domaine de l’assurance, comme dans celui de la gestion de fortune et de la gestion privée.

« En cette fin d’année, seront fusionneront les trois Banques Populaires Loire et Lyonnais, des Alpes, et du Massif Central »

Quels seront les effets de cette fusion sur le plan humain ?

Comme tous les membres de mon conseil d’administration, je suis très attentif à l’aspect social de ce grand chantier. Je constate que nos collaborateurs adhèrent à cette transformation, dont ils ont mesuré, au fil des discussions, l’impérieuse nécessité. La direction générale, assistée d’experts de premier plan, fait un travail remarquable d’échange avec les partenaires sociaux et d’accompagnement des collaborateurs, pour que chacun puisse trouver au sein de l’entreprise nouvelle une responsabilité juste, acceptée et performante.

Ce projet de fusion est-il définitivement acté ?

Oui, les conseils d’administration des trois banques ont approuvé le projet de fusion, le 29 septembre dernier, après avoir reçu les avis des comités d’entreprise. Le 7 décembre prochain, les assemblées générales extraordinaires des trois banques se réuniront pour créer la nouvelle banque qui adoptera le nom de Banque Populaire Auvergne Rhône Alpes, dont le directeur général sera Daniel Karyotis. Il sera entouré d’un conseil d’administration composé de 18 membres.

Concrètement, sur le terrain, quelles seront les conséquences de cette fusion ?

Nous allons garder tous les sites : Lyon, qui abritera le siège social, mais également Grenoble, Saint-Etienne, Clermont-Ferrand, La Roche-sur-Foron et Montluçon. Certains élus ont bien entendu exprimé des inquiétudes, la suppression d’un site pouvant avoir des conséquences sociales importantes sur leur territoire. Mais Jean-Pierre Levayer, notre directeur général, a su rassurer chacun d’entre eux. Il leur a également démontré que la création d’une grande banque régionale de référence était la seule façon de garantir la survie et le développement de l’entreprise au profit de ses clients et de ses collaborateurs.

Ses dates clés

2016

Nommé président du conseil d’administration de la Banque Populaire Loire et Lyonnais

1995

Elu sur la liste de Raymond Barre, il entre au conseil municipal de Lyon

1992

Elu une première fois bâtonnier du barreau de Lyon pour un mandat de deux ans, il assurera un deuxième mandat en 2000 / 2001

1979

Ouvre son propre cabinet

1974

Prestation de serment

1950

Naissance dans l’Ain

Partage
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?