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Jean-Marc Rimbot, un indien dans la ville

On croyait les Blackfeet à l'autre bout du monde, ils sont finalement peut-être plus près de nous... Le bureau de style « Chasseurs d'influences » consacre une superbe expo au travail de Jean-Marc Rimbot, littéralement habité par la culture indienne.
Jean-Marc Rimbot, un indien dans la ville
photo Oram S. Dannreuther - Jean Marc Rimbot

ActualitéSociété Publié le ,

Il y a chez Jean-Marc Rimbot quelque chose de Pierre Loti, de ces hommes tellement saisis par la culture des autres qu'ils vont jusqu'à endosser le costume. Tout petit déjà, quand il courait sur les collines du Sablon à Décines, il préférait la coiffe de commanche au stetson du cow-boy, le tomawak à la Winchester. Plus que tout, le clairon sonnant la charge de la cavalerie lui hérissait le poil au point de protéger le totem des siens bec et ongles. La marque est restée gravée au fer rouge même si en grandissant, les chants des Cheyennes ont dérivé vers le hip-hop, avec toujours cette interrogation sur la place accordée dans la culture moderne à ces minorités ethniques balayées par le progrès.

Cette interrogation faisait d'ailleurs écho à une préoccupation quotidienne bien plus méditerranéenne. Fils d'une mère pied-noir d'Algérie, il voyait au fil du temps l'histoire de ces rapatriés se diluer lentement dans les derniers soubresauts du XXe siècle. Des pieds-noirs aux Blackfeet, le déclic se produisait naturellement en 2014 quand, mû par une intense curiosité, il montait à Paris parcourir l'exposition consacrée aux Indiens des plaines proposée par le musée du quai Branly. Pas spécialement collectionneur dans l'âme, il jetait quand même en sortant un coup d'œil intéressé à une reproduction proposée dans la boutique du musée, tous ses souvenirs d'enfance remontant subitement à la surface. La décision n'attendrait pas plusieurs lunes. Plutôt que d'acquérir cette reproduction et de la poser sur une étagère, il allait lui même en confectionner une en hommage aux Indiens des plaines. Bilan un an plus tard : non pas une, mais une cinquante de pièces aussi bien Blackfeet que Sioux et Commanches et cela, partout dans la maison. L'univers est grandiose, la passion intacte et la démarche tout ce qu'il y a de plus sérieux. Ce qui aurait pu n'être qu'une lubie passagère s'est en effet vite transformée en travail de fond, dans le but bien précis de transmettre et cultiver la mémoire indienne.

Quatre à cinq jours pour confectionner une coiffe

Dès le départ, Jean-Marc Rimbot s'est attaché à la constitution d'une documentation ad hoc. Sur les murs et au sol, des dizaines d'ouvrages reproduisant des costumes d'indiens. Sur la table de chevet, le journal de George Catlin, illustre voyageur dans les contrées indiennes au XIXe siècle. Dans les placards, des plumes, encore des plumes, d'oie, de cygne, de faisan et de canard ainsi que des peaux et fourrures, tout cela patiemment glané dans la nature, et... quelques boutiques Emmaüs. Pas moins de quatre à cinq jours sont nécessaires à ce passionné pour confectionner une coiffe, un plastron ou une cape indienne. Avant cela, un gros travail de lecture s'impose pour s'imprégner totalement du sujet avant de plancher sur une suite de croquis, tout cela sur un petit carnet qui ne le quitte jamais. Particularité notoire, si certaines de ces coiffes sont des reproductions quasi à l'identique de celles publiées dans les ouvrages de référence, d'autres sont des interprétations libres sur une base réelle de départ.

L'important n'est pas pour Jean Marc Rimbot de faire un copier-coller mais plutôt de redonner vie à ces coiffes et costumes ancestraux. L'exposition est un hommage, un hommage aux Blackfeet mais presque par analogie à d'autres pieds-noirs venus d'Algérie et donc à sa propre mère. Plutôt loup solitaire, cet artiste issu du monde de la couture n'est pas vraiment un mondain habitué aux galeries. Plus que celui des mots, le monde de ses objets est son langage d'où l'intérêt exceptionnel de l'exposition « Aspirations indiennes » que lui consacre Nelly Sitbon dans son bureau de style « Chasseurs d'influences » du 8 janvier au 8 mars 2016. Outre les parures, à voir également et absolument la série de photographies en habits d'Oram S. Dannreuther.

Jean Marc Rimbot, bureau de style " Chasseurs d'influences ", 21, rue terme, Lyon 1er, du 8 janvier au 8 mars 2016.

Facebook: Aspirations indiennes

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