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Expo : Jean Fautrier, le « sublimateur » de la matière

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Expo : Jean Fautrier, le « sublimateur » de la matière
Fautrier, Nu aux bras levés

Malheureusement peu connu du grand public car peu exposé, Jean Fautrier (1898-1964) est un artiste français important qui a marqué le XXème siècle. Justice est faite puisque le Musée d'art moderne de la Ville de Paris lui consacre une magnifique rétrospective. On peut classer ses œuvres en deux groupes : les œuvres réalisées pendant l'entre-deux-guerres, sombres, au réalisme cru, traduisant les drames et les tensions de ces années difficiles, et celles résolument « modernes » qui, dès 1928, privilégient l'art formel qui se démarque de la réalité. Cent quarante peintures, de nombreuses œuvres sur papier et plus de vingt cinq sculptures permettent aux visiteurs de découvrir dans son ensemble l'œuvre considérable de Jean Fautrier.

Dès son installation à Paris en 1920, après le fauvisme, le Cubisme et autres avant-gardes, Jean Fautrier choisit de travailler seul dans une autre direction. Ses premières toiles traitent des sujets sans complaisance (Le Portrait de ma concierge 1922). Pendant ces « Années noires » 1926-1927, il modifie sa vision des choses et aborde ses sujets frontalement, en les faisant disparaître dans des fonds très sombres d'où émergent quelques empreintes colorées (Le Grand Sanglier noir 1926).

Le Grand Sanglier noir, 1926

Sa pâte épaisse est travaillée au couteau et à la brosse large et le traitement de la lumière est nouveau. Ces œuvres sombres sont d'une grande intensité. L'année suivante les noirs s'estompent et les formes se font plus subjectives. Sa palette s'éclaircit en devenant délicate et plus lumineuse pour peindre de grands nus et des têtes estompées. Quatre sculptures occupent le centre de la salle ( Nu aux bras levés, 1927). Une petite salle réunit une série des lithographies, des illustrations pour « L'Enfer de Dante » (1928-1940) ainsi que quelques dessins. Les années 1930-1940, dite de transition, ont été très fertiles : des peintures réalisées en séries et des sculptures en bronze dont un bel ensemble de têtes. Le peintre ne représente plus la forme ; il la détermine maintenant par le trait qui lui donne son apparence (Les deux Pichets, 1939) et en sculpture, il fond le trait dans la masse.

Pendant les années de Guerre il met au point un nouveau genre de peinture où l'image n'est plus conçue comme une peinture mais comme une construction de matière pour représenter des objets, des paysages ou des corps. Après avoir posé à plat sur le papier qu'il maroufle ensuite sur sa toile, un enduit épais et solide de blanc d'Espagne, il ajoute ses pigments colorés. Sa forme « sculptée » est ensuite reprise et entourée d'un trait coloré épais. Sa magnifique série des Otages (Tête d'Otage N° 20 1944) sont les images bouleversantes des visages des prisonniers de la Gestapo. Malheureusement ce nouveau travail sera mal compris. Pendant les années 1946-1955 il s'intéresse aux objets standardisés voir industrialisés qu'il traite d'une pâte épaisse à larges coups de brosses : L'Encrier, 1948. Il invente aussi un nouveau procédé de reproduction : les « Originaux multiples » où le dessin n'apparaît qu'au-travers de la répétition et de la banalisation de l'objet. A la fin de sa vie ses dernières « Têtes de ses otages » deviennent des visages asexués.

Tête d'otage n° 20, 1944

Une grande rétrospective qui dévoile l'œuvre d'un artiste inclassable, parfois incompris, dont la rage de peindre, le processus de création et les inventions successives ont participé au renouvellement de l'art moderne.

Jusqu'au 20 mai-Musée d'Art moderne de la Ville de Paris




Brigitte ROUSSEY
Journaliste

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