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Jean-Charles Foddis : « L'attractivité du territoire lyonnais repose sur une alchimie fine »

le - - Grand témoin

Jean-Charles Foddis : « L'attractivité du territoire lyonnais repose sur une alchimie fine »
©Céline Vautey

Né à Lyon, Jean-Charles Foddis, le directeur exécutif de l'Agence pour le développement économique de la région lyonnaise (Aderly) a fait ses armes dans une PME lyonnaise, avant de rejoindre un grand groupe cosmétique en 2006. Il apporte, depuis quatre ans, son vécu de dirigeant de société internationale à l'agence de développement économique, créée il y a 45 ans pour attirer des entreprises étrangères dans la capitale des Gaules.

Quatre ans après votre arrivée à la direction de l'Aderly, quel regard jetez-vous sur son évolution ?

Pas mal de choses ont changé, mais cela fait partie de la vie normale d'une organisation. L'Aderly est semblable à un organisme vivant, qui doit s'adapter à un contexte en perpétuelle mutation. D'autre part, Lyon est une ville qui bouge, qui a grandi, qui est de plus en plus ouverte… et qui a elle-même beaucoup changé au cours de ces quatre dernières années. Il y a une telle dynamique endogène sur notre territoire, que l'Aderly de 2019 ne peut pas être celle de 2015, qui n'était pas celle de 2010, de 2008… Enfin, les besoins de la Métropole de Lyon ne sont plus les mêmes et nous devons aussi tenir compte de cet élément. Notre démarche est désormais très ciblée, très fine. Les entreprises que nous essayons d'attirer doivent être de plus en plus complémentaires avec celles qui sont déjà implantées.

Que représente exactement l'Aderly aujourd'hui ?

Une équipe de 44 personnes, dont quatre en back office, huit qui sont dédiées au programme ONLYLYON et enfin une trentaine qui interviennent directement dans notre mission d'attractivité et de promotion des investissements sur le territoire. Dans ce dernier sous-groupe, il y a une vingtaine de conseillers en prospection / implantation et une dizaine de spécialistes des différentes fonctions d'implantation : immobilier, foncier, RH, mobilité, accompagnement au financement public, communication. Enfin, nous avons une équipe de trois personnes à Paris. Dans un pays aussi jacobin que le nôtre, énormément de choses passent par la capitale, y compris dans le flux des projets étrangers. Ces quatre dernières années ont d'ailleurs confirmé que Paris était un gisement de projets internationaux ou de grands projets français extrêmement puissant pour nous.

Vous n'avez pas de présence physique à l'international en revanche ?

Non, nous n'avons pas d'équipe basée en dehors de l'Hexagone, mais nous travaillons en étroite collaboration avec les équipes de Business France à l'étranger. D'autre part, nous avons en interne des spécialistes qui se déplacent beaucoup et dont les profils sont très marqués à l'international. Des personnes qui maîtrisent bien les langues et les cultures des pays sur lesquelles elles interviennent.

Concrètement, comment organisez-vous votre action sur les différents territoires que vous abordez ?

Il y a quelques années, notre approche était à la fois géographique et sectorielle. Mais les conditions ont changé et depuis quatre ans nous avons une approche essentiellement sectorielle. Notre démarche repose sur l'enrichissement des secteurs d'activité qui font la force de l'économie lyonnaise : les sciences de la vie, la chimie verte, le digital, la smart city.... La seule exception à cette règle reste l'Asie, où nous avons conservé une approche principalement géographique, même si la complémentarité avec le sectoriel est forte. La Chine et le Japon, véritables territoires d'investigation pour nous, demandent de maîtriser parfaitement la culture et la langue. Dans ces pays, il faut un degré de proximité client suffisamment fin pour bien comprendre ce qui est exprimé et ce qui ne l'est pas. Car la compréhension du besoin de nos clients est fondamentale dans notre activité. En Chine, où nous avons moins de recul qu'au Japon, nous avons commencé par une approche très large du pays et maintenant nous affinons peu à peu notre recherche, en travaillant sur les secteurs et en travaillant sur la notion de zones de prospection.

Restons en Asie encore un instant pour évoquer l'autre géant du continent : l'Inde. Ce n'est pas un pays qui entre dans votre viseur ?

L'Aderly s'intéresse à l'Inde depuis l'année dernière, mais nous sommes simplement dans une phase d'exploration pour le moment. C'est effectivement un grand pays, avec un potentiel énorme, mais l'Inde a toujours été un sujet complexe. Et pour le moment, nous ne sommes pas encore en capacité de l'exploiter.

En dehors de l'Asie, quels sont les principaux marchés cibles de l'Aderly ?

Comme je l'indiquais il y a un instant, nos marchés cibles géographiques ne sont que la conséquence de notre analyse des marchés sectoriels. J'insiste sur ce point car il est essentiel pour bien comprendre notre démarche : dans notre approche de prospection, nous sommes globalement et avant tout basés sur cette logique sectorielle. Le point de départ de notre analyse et le fil rouge de notre action reste donc toujours le même : quel secteur, voir quel sous-secteur, voire quelle filière ou niche, prospectons-nous ? A partir de là, nous regardons où sont installés les acteurs clés de ces secteurs, voire les acteurs émergents. Et c'est une fois que nous avons mené à bien ce travail, que nous savons où aller les chercher.

Sans sortir de cette logique sectorielle, avez-vous initié une démarche spécifique en direction du Royaume-Uni, dans la perspective du Brexit ?

Les opportunités ou les perspectives liées à cet événement majeur pour l'économie européenne sont restées longtemps très floues, mais elles commencent à se clarifier. Nous avons donc mis du temps avant de nous positionner, mais il me semble que c'était une marque de sagesse, car les entreprises britanniques elles-mêmes ne se sont pas précipitées pour envisager l'après Brexit. Les sociétés d'ingénierie financière font exception, mais elles ne sont pas au cœur de notre tissu local et donc pas dans notre cible. En ce qui concerne les sociétés industrielles qui gravitent dans les différents secteurs que nous ciblons, l'attentisme a été de rigueur pendant deux ans. Depuis 18 / 24 mois, en revanche, nous observons un mouvement qui concerne en premier lieu les sociétés asiatiques installées au Royaume-Uni. Beaucoup sont en quête d'un nouveau point de chute pour en faire leur base européenne continentale. Dans la foulée, des entreprises britanniques et américaines ont commencé à bouger, mais sans reconnaître explicitement que leur démarche était liée au Brexit. J'ai deux exemples précis en tête, que je ne peux pas citer pour des raisons de confidentialité. Aujourd'hui, enfin, la nature des mouvements envisagés est beaucoup plus explicite. Mais nous ne sommes encore qu'au tout début du mouvement.

Est-ce que d'autres territoires n'ont pas encore répondu à tous vos espoirs ?

Puisque les Entretiens Jacques Cartier vont se dérouler la semaine prochaine, je pourrais citer le cas de Montréal et de la province du Québec. C'est très étonnant, d'ailleurs, car les relations sont excellentes, les collaborations aussi, mais cela ne débouche pas pour autant sur des résultats d'attractivité. J'avoue que je ne me l'explique pas et cela ne nous permet donc pas de mettre en place une stratégie pour faire bouger les choses. Mais incontestablement, les résultats ne sont pas à la hauteur du potentiel. Dans un tout autre ordre d'idée, je citerais aussi la Suède. Là encore, on peut parler de paradoxe, car il y a déjà de très belles entreprises suédoises sur notre territoire, d'ABB à Alpha Laval, mais nous manquons de projets communs depuis quelques années. La communauté suédoise est pourtant très active ici.

D'une manière générale, qu'est-ce qui fait selon vous l'attractivité du territoire lyonnais ?

L'attractivité d'un territoire repose sur une alchimie fine. A Lyon, elle relève d'un équilibre de développement savamment entretenu, derrière lequel se sont rangés tous les acteurs économiques : Métropole de Lyon et maintenant de Saint-Etienne, CCI, syndicats patronaux… et représentants des sociétés à capitaux étrangers. Ces derniers sont entrés au conseil d'administration de l'Aderly sur une idée de Jacques de Chilly, mon prédécesseur. C'était une idée très pertinente, car qui mieux qu'eux peut comprendre les problématiques des sociétés que nous voulons attirer ou que nous voulons aider à se développer sur notre territoire. Ce conseil d'administration très élargi est une véritable richesse, car tous les points de vue sont développés et se croisent. De ce fait l'Aderly est plus un point de réunion et de convergence qu'un point d'affrontement. Il y a des discussions, tout le monde n'est pas toujours d'accord, mais nous en sortons toujours avec des solutions d'intelligence collective. C'est une vraie force, qui est finalement bien représentative du savoir-faire lyonnais.

Les dates

1966 : Naissance à Lyon, dans le 6ème arrondissement.

1983 : Baccalauréat au Lycée Saint-Exupéry, avant de poursuivre ses études en fac de Bio, puis avec un master de management industriel à Lyon 3.

1990 : Débute sa carrière professionnelle en entrant chez Coletica, une très belle PME lyonnaise spécialisée dans les principes actifs pour les soins de la peau. Il reste 14 ans dans l'entreprise, où il achève son parcours au poste de directeur industriel

2006 : Prends la direction générale de BASF Beauty Care Solutions.

2012 : Quitte BASF Beauty Care Solutions pour diriger une start-up grenobloise.

2015 : Intègre l'Aderly, où il succède à Jacques de Chilly en tant que directeur exécutif.




Jacques DONNAY
Journaliste

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