AccueilGrand témoinJacques Godron : « les Métropoles nouvel enjeu décisif des territoires »

Jacques Godron : « les Métropoles nouvel enjeu décisif des territoires »

ActualitéGrand témoin Publié le ,

Interpelé par la mise en œuvre des lois MAPTAM et NOTRe, qui détaillent la création de 22 Métropoles dans l'Hexagone et organisent leur fonctionnement, l'inventeur de l'expression « millefeuille territorial » a souhaité ouvrir un espace d'échange et de formation à destination de tous ceux qui sont amenés à travailler pour, ou avec, ces nouveaux lieux de croissance et d'attractivité. Baptisé IHEDM (Institut des Hautes Études des Métropoles), ce cercle propose aux décideurs des collectivités locales et des entreprises opérateurs urbains un parcours exclusif, en les plongeant au cœur de ces métropoles pour mieux les connaître et mieux les comprendre. Diplômé de Sciences Po Paris et de l'ESSEC, Jacques Godron s'est ensuite dessiné un parcours professionnel savamment orchestré entre secteur public et secteur privé. Trois décennies de déambulation, à l'écoute des collectivités et de leurs interlocuteurs privés, qu'il fait fructifier aujourd'hui à la tête de l'IHEDM.

A quoi sert l'IHEDM ?

L'idée première est d'enrichir les connaissances de nos auditeurs et auditrices, pour qu'ils repartent avec une image particulièrement fine et une sensibilité très précise sur la réalité des enjeux des métropoles. Pour cela, nous ne nous contentons pas de leur donner des cours académiques avec des universitaires, mais nous les emmenons sur le terrain. Nous sommes dans le concret. Car pour comprendre, il faut aller voir et écouter.

Comment s'organise l'année des auditeurs de l'IHEDM ?

Nous leur proposons un programme au cours duquel, à raison de deux jours par mois, ils sont immergés dans des métropoles ou dans des sujets métropolitains. Ils peuvent ainsi partager, comprendre et sentir ce que sont réellement ces métropoles et ce qu'elles font. Nous alternons toujours entre une séance à Paris et une autre sur le terrain. La première nous permet de recevoir des experts, des consultants, des spécialistes des métropoles, qu'ils soient élus ou non, français ou étrangers. Avec eux, nous abordons les grands enjeux de ces territoires : le digital, l'énergie, la construction, l'attractivité économique... Le mois suivant, nous allons sur le terrain. Ainsi, nous étions à Lyon au mois de novembre. Nous avons rencontré un grand nombre de décideurs et nous avons pu aborder concrètement certains sujets fondamentaux pour l'avenir. A commencer par la question des transports. Nous avons été reçus par Fouziya Bouzerda, la présidente du SYTRAL. Nous avons également visité la Confluence, pour étudier la question de la Smart City.

Qui sont vos auditeurs ?

Des dirigeants de grandes collectivités, mais aussi des hauts responsables d'entreprises du secteur public et du secteur privé. La première promotion est entrée en janvier 2018 et nous préparons l'intégration de la troisième pour le début d'année prochaine. A chaque fois, nous limitons le nombre de participants à 30 personnes. Chacun peut ainsi échanger directement avec tous nos intervenants et peut donc comprendre comment fonctionnent les choses.

Avez-vous des représentants des métropoles parmi vos auditeurs et auditrices ?

Oui, nous en avons quelques-uns. Cependant, comme les métropoles sont en train de se mettre en place, elles n'ont pas forcément le temps de lâcher leurs cadres pour qu'ils viennent participer à nos travaux. Nous en aurons sans doute plus dans le futur, mais nous n'avons pas vocation à accueillir tous leurs dirigeants.

Puisqu'elle était au cœur de votre dernier déplacement, quel regard jetez-vous sur la Métropole de Lyon ?

Elle constitue un cas tout à fait particulier et c'est cela qui est très intéressant pour nous. C'est en effet la première métropole de plein exercice. La première qui a donné lieu à un partage avec son Département d'origine. Beaucoup de personnes se demandent si le modèle lyonnais peut être, ou non, dupliqué. Quoi qu'il en soit, la méthodologie retenue est particulièrement innovante et mérite d'être observée de près. D'autant que la Métropole de Lyon, qui est le fruit d'une évolution urbaine de plusieurs dizaines d'années, représente un espace économique majeur dans notre pays et fait aujourd'hui figure de métropole à taille européenne.

En revanche, le modèle lyonnais ne semble pas intéresser les autres métropoles de l'Hexagone ?

Nous manquons de recul pour évaluer les bénéfices du modèle lyonnais. Je ne peux donc pas prendre position sur ce sujet. Ceci étant dit, il me semble que les Lyonnais sont plutôt contents du travail qui a été fait dans le cadre de leur métropole. La question est maintenant de savoir s'il y a des choses qui sont adaptées au cas d'autres métropoles hexagonales, afin qu'elles s'en saisissent éventuellement et appliquent les bonnes recettes.

Quel est votre sentiment sur les compétences dévolues à la Métropole de Lyon ?

Est-il pertinent que la même collectivité, sur une aussi grande aire urbaine, cumule les compétences de transport et des aides sociales ? Est-il utile que ces types de compétences soient dans la même main ? Cela a t'il du sens ? Personnellement je n'ai pas la réponse à ces questions. En revanche, il y a un sujet qui interroge toutes les métropoles et sur lequel le cas de Lyon est, me semble-t-il, tout à fait intéressant : je veux bien entendu parler du développement économique. Aujourd'hui, cette responsabilité est exercée en grande partie par les Régions. Pas exclusivement, mais la Région s'impose quand même comme la collectivité leader sur ce sujet. En revanche, les métropoles ont des compétences en matière d'aménagement. Mais une fois encore, le cas de Lyon, avec son agence de développement économique (Ndlr : Aderly), pose question. Faut-il mettre dans la même main les compétences de développement économique et les compétences d'aménagement ? Voilà un sujet de réflexion qui ne manque pas d'intérêt. Je suis impatient de voir comment les choses vont se passer après les élections municipales et métropolitaines, si les grands équilibres restent les mêmes. Y aura t'il des rapprochements de compétences ? Des coordinations ? Un contrat de nature métropolitaine entre la Région, la Métropole de Lyon et la Ville, afin de coordonner, voire de fusionner, les compétences de développement économique et d'aménagement ? C'est un sujet majeur, qui peut avoir des conséquences très importantes pour assurer le développement de l'ensemble du territoire.

Au-delà des éventuels antagonismes politiques qui pourraient opposer les exécutifs de la Région et de la Métropole, les prochaines élections portent en elles un autre risque de rivalité entre le maire de Lyon et le président de la Métropole. Est-ce qu'une telle situation vous semblerait préjudiciable pour le territoire ?

Toutes les personnes avec lesquelles j'ai pu échanger dans d'autres métropoles estiment que le président de la Métropole et le maire de la ville centre doivent être une seule et même personne. A ce niveau, nul autre territoire ne souhaite s'inspirer du cas lyonnais. Ceci étant dit, d'une manière ou d'une autre il faudra en passer par une unicité de commandement entre le patron de la ville centre et celui de la Métropole. Mais j'irais même plus loin : je crois qu'il faudra, demain, que les villes centre s'agrandissent.

C'est-à-dire ?

Le territoire de la ville centre doit devenir demain celui de la Métropole et les communes environnantes doivent devenir, en quelque sorte, des arrondissements. Pourquoi ? Tout simplement parce que c'est la mise en œuvre du concept de zone dense. Les gens, qu'ils habitent ou pas dans la ville centre, vivent tous la même vie et rencontrent tous les mêmes problématiques. Ils veulent que l'on traite leurs problèmes de la même manière. Il y a une unicité de parcours de vie quand vous habitez dans la zone dense. Dans ces conditions, pourquoi les élus et les périmètres seraient-ils différents ?

Ce serait une façon de réduire ce que vous avez appelé le « millefeuille territorial » ?

Cela réduirait en effet ce « millefeuille territorial » si l'on adoptait cette préconisation. Si demain Lyon passe de 9 à 18 arrondissements en intégrant les communes de la première couronne, la problématique ne sera plus la même. Un travail en ce sens commence à se mettre en place à Annecy. Ils ont 25 communes sur le Grand Annecy et ils ont créé des communes nouvelles, en regroupant certaines de ces communes périphériques. Cela préfigure peut-être des arrondissements. Dans le même ordre d'idée, si vous prenez cinq ou six communes en banlieue lyonnaise qui se fusionnent et qui deviennent une commune nouvelle, vous obtenez un arrondissement.

La métropole est-elle l'avenir de la ville ?

Les métropoles sont incontournables. C'est un mode d'organisation économique et social moderne. Mais je reste très prudent, car je considère qu'il y a aussi beaucoup de raisons qui peuvent conduire à l'échec. La réussite des métropoles n'est pas gagnée par avance. Pour que cela marche, il faut inventer beaucoup de choses.

Ne craignez-vous pas, cependant, que des métropoles hyper puissantes appauvrissent à terme les territoires péri-urbains et ruraux environnants ?

C'est en effet une des grandes questions que se posent les habitants de ces territoires et leurs élus. La question revient à dire : est-ce que l'extérieur profite ou non de la dynamique économique générée à l'intérieur ? La réponse dépend en grande partie de la prise en compte de la liaison entre les territoires et des solutions de transport. Si les gens qui habitent en dehors de la métropole peuvent venir y travailler, alors tous les territoires profiteront de la dynamique exercée en son centre et de la richesse générée sur cet espace. Les salaires seront payés par les sociétés installées au cœur de la métropole, mais ils seront dépensés à l'extérieur. C'est ce que l'on appelle le ruissellement. La question, en revanche, est plus complexe pour les territoires « intersticiels », ou périphériques, qui ne sont pas aussi bien reliés à la métropole. Ils ne bénéficient pas de ce mouvement de balancier de leurs citoyens. Ils peuvent alors avoir l'impression que la métropole prend tout et qu'ils n'ont plus rien. Il faut donc s'attacher à recréer des liaisons entre ces territoires et le centre des métropoles.

Ses dates

1957 : Naissance à Tours

De 2002 à 2008 : Directeur national de la division « Stratégie et développement territorial économie et tourisme » de KPMG Secteur Public

2004 : Sorti du livre « Le territoire stratégique », dans lequel il planche sur la stratégie des territoires

2010 : Création du Club des Entreprises du Grand Paris

2018 : Création de l'IHEDM et lancement de la première promotion avec Gérard Larcher comme parrain

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