AccueilActualitéGrand témoinDouble Mixte à Villeurbanne : "Nous ne reconstruirons pas l'équivalent"

Double Mixte à Villeurbanne : "Nous ne reconstruirons pas l'équivalent"

Spécialiste indépendant de l’évènementiel, Jacques Chalvin, aux manettes du Double-Mixte à Villeurbanne ou de la Cimenterie à Albigny-sur-Saône prône l’agilité dans un secteur malmené et en plein bouleversement.
Double Mixte à Villeurbanne : "Nous ne reconstruirons pas l'équivalent"
© Julien Thibert - Alors que l'épopée du Double Mixte touche sa fin à Villeurbanne, Jacques Chalvin travaille sur des modèles évènementiels à taille humaine.

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Jacques Chalvin, de quelle manière avez-vous traversé ces deux dernières années ?

Le secteur de l’évènementiel a été très fortement impacté, et le reste encore, par les décisions sanitaires successives prises depuis maintenant près de deux ans. Et elles ne nous permettent pas aujourd’hui d’être dans l’anticipation pour organiser de grands évènements.

On comprend globalement ces mesures, mais comme nous avons l’habitude de travailler avec 6 mois à un an de perspectives, il faut bien comprendre que notre organisation actuelle est bouleversée. Un concert ou un salon ne se programment ainsi pas du jour au lendemain.

2020 a été très difficile même si nous avons perçu des aides. Pour le Double Mixte à Villeurbanne par exemple, nous avons bénéficié de 75 000 euros d’aides cumulées et d’un PGE d’un montant de 150 000 euros que nous allons commencer à rembourser cette année. Sans oublier les mesures de chômage partiel, soit environ 50 000 d’économie de charges sociales.

Aujourd’hui, nous sommes dans un entre-deux qui est très difficile à gérer concernant les lieux privés

2021 a également été impacté, notamment au 1er semestre. Les annonces d’Emmanuel Macron en juillet, avec le pass sanitaire, ont reporté notre activité sur le 2e semestre, juste avant la 4e vague du mois de novembre qui a freiné cet élan de reprise.

Aujourd’hui, nous sommes dans un entre-deux qui est très difficile à gérer concernant les lieux privés. Les jauges autorisent l’ouverture de lieux accueillant du public jusqu’à 2000 personnes en intérieur et 5 000 en extérieur ; mais pas les salons ne sont pas concernés ! D’où l’annulation de grandes manifestations comme Maison & Objet.

© Google Maps Streetview / Le Double-Mixte à Villeurbanne.

On essaye d’accompagner au mieux nos clients face à ces réglementations changeantes. Aujourd’hui les décisions de nos clients de bloquer une date ne sont plus prises.

C’est donc compliqué pour nous d’autant plus que nous avons des charges fixent qui courent. Au Double Mixte elles se montent à près de 300 000 euros par an.

"A Villeurbanne, les charges fixes du Double-Mixte se montent à 300 000 euros par an"

Au sujet du Double Mixte et de sa fin annoncée, comment vous projetez-vous dans votre activité ?

Nous avons vendu les murs en 2016 à notre partenaire DCB International. En attendant qu’il finalise ses opérations concernant la démolition programmée du Double Mixte, nous exploitant toujours les lieux. Nous nous projetons ici jusqu’en décembre 2023.

Jusque-là, la plupart de nos clients historiques nous ont fait confiance pour leurs futurs évènements. Je pense notamment à l’Odyssée des Entrepreneurs organisé par le Medef Lyon-Rhône.

Lab Event Factory, le nom de ma structure évènementielle est un laboratoire qui gère des lieux et qui produit des évènements. Nous nous sommes posés la question de savoir s’il y avait la place pour reconstruire une infrastructure équivalente au Double Mixte.

Compte tenu de l’évolution du marché des salles lyonnaises, avec l’arrivée prochaine de l’Arena à Décines ou la présence de H7 à Confluence, le foisonnement d’offres ne permet pas d’envisager la construction d’un nouveau lieu similaire qui garantisse sa rentabilité.

Actuellement nous nous focalisons sur l’aménagement autour du site de la Cimenterie à Albigny. Des discussions sont en cours avec les élus locaux et la métropole de Lyon

A terme, nos clients et notre fonds de commerce vont se répartir dans nos offres existantes. J’ai anticipé en continuant à développer des activités liées à l’évènementiel, axés sur les lieux et la production d’évènements.

En 2019 nous avions ouvert, avec mon associé Didier Caudard-Breille (DCB International) la Cimenterie à Albigny-sur-Saône, avec une production éphémère qui n’a pas pu être relancée en 2020 et 2021. Nous avons décidé de ne pas non plus la renouveler cette année. Face aux incertitudes, il serait trop lourd de remonter une programmation.

Actuellement nous nous focalisons sur l’aménagement autour du site. Des discussions sont en cours avec les élus locaux et la métropole de Lyon sur ces questions d’urbanisme. Ce projet s’inscrit dans un temps long.

© Google Maps Streetview / La Cimenterie à Albigny-sur-Saône, un projet de long terme.

Ses dates clés

2007 Directeur Général du théâtre Mogadorde Paris

2008 PDG et associé majoritaire du Double-Mixte à Villeurbanne

2018 Acquisition de la Cimenterie à Albigny-sur-Saône

2019 Gestion du Village des Antiquaire de la Gare à l’Isle-sur-la-Sorgue

Pensez-vous que les usages liés aux diverses manifestations festives ou culturelles vont évoluer, la crise ayant déjà accéléré les mutations dans d’autres secteurs ?

Selon la typologie du lieu ma réponse ne sera pas la même. Concernant la Cimenterie, les évènements que nous avons pu produire près de 3 000 personnes, semblent difficile à remonter. Et pas que pour des raisons de changement de mentalités. Il y a aussi la dimension de nuisance sonore par rapport à l’environnement immédiat ou de perturbation liée au trafic routier, associés à ce type de grand rassemblement.

En revanche, au Double-Mixte nous allons accueillir Reperkusound un évènement musical « techno » organisé par Médiatone avec des jauges à 5 000 personnes, durant trois soirs. Sa clientèle jeune est en manque de ce type de rassemblement.

Par ailleurs, nous avons créé un nouvel évènement autour de l’upcycling au Village des Antiquaires de la Gare à l’Isle-sur-la-Sorgue dans le Vaucluse, il y a deux ans. Ce festival autour de la seconde vie des objets a pu se tenir deux fois en présentiel.

Cette année, nous proposons un format hybride axé sur des rendez-vous digitaux -les Upcycling days- avec en point d’orgue un évènement en présentiel à la fin de l’année. La digitalisation des évènements, portée par un travail sur les réseaux sociaux est une vraie réalité.

Aujourd’hui, les évènements ne fonctionnement plus en « one shot ». Il faut faire vivre ces lieux tout au long de l’année à travers des rendez-vous digitaux.

© Julien Thibert / Jacques Chalvin : "Aujourd’hui, les évènements ne fonctionnement plus en one shot."

"Travailler sur un lieu, son potentiel et programmer une offre innovante"

Est-ce là un modèle souple et agile que vous décrivez et qui vous caractérise à travers vos diverses entreprises ?

L’évènementiel demande effectivement de la souplesse et de l’agilité. Depuis 30 ans que je fais ce métier, le secteur a forcément évolué. J’ai choisi de construire mes projets professionnels à travers des lieux dont j’étais le propriétaire.

C’est vertueux car on se situe à la base d’un projet de création d’un évènement. Pour créer un évènement, il faut une date et un lieu. Si la date est à tous le monde, le lieu lui est unique et appartient à une seule personne.

Mon métier aujourd’hui, c’est de prendre un lieu et de l’upgrader en « évènementialisant » son contenu. Le pilotage d’un lieu implique son entretien, la gestion d’équipe et une dimension de créativité pour sublimer ces lieux. La production d’un évènement est plus risquée car nécessite du cash et donc une capacité d’investir.

Nous sommes beaucoup sollicités en tant que conseil pour la transformation évènementielle de lieux.

Comment allez-vous gérez la baisse d’activité que va générer la fermeture du Double-Mixte ?

Nous sommes déjà beaucoup sollicités en tant que conseil pour la transformation évènementielle de lieux. Nous avons ainsi travaillé sur le Fort de Vaise avec la Fondation Renaud et avec la ville de Vienne sur un site pour lequel elle envisageait une nouvelle fonction plus festive.

J’aime par ailleurs expérimenter. A l’Isle-sur-la Sorgue par exemple, qui est un village d’antiquaires à la base, nous avons effectué des travaux (nouvelle toiture et équipement d’un chauffage) in situ ; en y insérant une offre évènementielle nommé Nouvelle VAG (Village d’Antiquaire de la Gare) ; en testant de nouveaux contenus comme des offres de décoration, de design, soit une évolution de l’offre primaire.

On envisage de décliner ce concept dans d’autres villes en France, notamment dans les Pyrénées-Atlantiques, à partir donc d’un lieu évènementiel thématisé autour de l’objet de décoration d’excellence qui dépasse le cadre de l’antiquité-brocante.

Je préfère apporter un savoir-faire sur des lieux qui ont une thématique, un contenu, et l’enrichir, qu’il s’agisse d’un théâtre ou d’un centre de congrès.

Entre nous...

Son style de management... Je suis dans un management d’entreprise libérée.

Ses lectures... Trois de Valérie Perrin, compagne de Claude Lelouch.

Sa personnalité inspirante... Robert Hossein, que j’ai eu la chance de rencontrer à plusieurs reprises, et qui me confiait le secret de sa réussite : le travail, le travail, le travail…

Son lieu ressourçant... L’Isle-sur-la-Sorgue et notamment les balades à pied dans le Luberon, pour la lumière, la beauté des paysages, la couleur des canaux de la Sorgue…Tellement inspirant que René Char y avait élu domicile.

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