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Investissements atypiques : or, objets d'art, forêts, où trouver refuge en temps de crise ?

En temps de crise, les investisseurs sont à la recherche de produits "stables". Coup de projecteur sur ces investissements atypiques à l'écart des turbulences du moment.
Investissements atypiques : or, objets d'art, forêts, où trouver refuge en temps de crise ?

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Valeurs refuges, valeurs atypiques ou sécurisées… en temps de crise, les investisseurs se tournent traditionnellement et plus favorablement vers ce type de produits stables, voire en croissance, quand d'autres subissent les assauts de la crise. Or, grands crus, voitures de collection, immeubles, œuvres d'art, diamants, forêts, cryptomonnaies… tour d'horizons des valeurs qui traversent le temps sans prendre une ride.

Dossier réalisé par Julien Thibert, Caroline Thermoz-Liaudy, Stéphanie Véron, Charlotte Robert et Séverine Renard


Sommaire

1- Une multitude de possibilités... à condition de bien réfléchir

2- Véronique Devinaz : "l'or, une valeur qui traverse les crises"

3- Voitures anciennes, l'investissement plaisir

4- Investir dans le vin avec Cavissima

5- La forêt, un marché de niche

6- Thierry Ehrmann : "Une oeuvre non tracée n'a pas de valeur"


Une multitude de possibilités... à condition de bien réfléchir

L'or incarne le mieux la notion de valeur refuge. Avec un cours qui n'a cessé d'augmenter en vingt ans, malgré une période de repli entre 2012 et 2018, il est passé d'un peu plus de 250 € en décembre 2000 à environ 1700 € aujourd'hui. "L'or est résolument une valeur refuge, car en matière d'or physique, la valeur intrinsèque de l'or de subit pas l'inflation comme les autres produits d'épargne plus classique", confirme Frédéric Moukarim, porte-parole du groupe spécialisé dans le rachat d'or, né en Isère, Or en cash.

"La valeur réelle protège l'épargne des particuliers. Quant aux investisseurs, ils se servent de l'or pour protéger leurs plus-values quand un marché se retourne". Malgré un cours qui varie, l'or conserve sa valeur sur la durée, ce qui renforce son aspect de valeur refuge. "Pour épargner en or, il faut réfléchir sur le moyen, voire sur le long terme, et donc investir sur l'or physique. L'or papier est plutôt dédié aux activités de spéculation", conseille-t-il.

Selon lui, c'est aussi une valeur à privilégier pour se constituer un patrimoine : "A l'achat, il n'y a pas de TVA. Il n'y a ensuite également pas de taxe à la détention. D'autant qu'elle baisse tous les ans de 5 % à partir de la troisième année, si bien qu'au bout de 22 ans, l'or détenu n'est plus du tout taxé. Si on réfléchit en termes de patrimoine, et donc de legs, il y a aussi des avantages fiscaux, qui vont jusqu'à 100 000 €", souligne Frédéric Moukarim.

© Pxhere.com

Des valeurs aux multiples visages

L'or n'est pas la seule valeur à faire preuve de résistance à l'érosion des marchés en cette période de crise de la Covid-19. Automobiles, vins, art, immobilier mais aussi de nouvelles niches dans l'ère du temps comme les cryptomonnaies, par exemple, s'inscrivent dans cette catégorie. Le marché de l'immobilier reste porteur en la matière, notamment dans les grandes métropoles.

"A contrario, l'immobilier tertiaire subit des pressions déflationnistes liées à l'apparition du télétravail et les effets de la crise économique", explique Thomas Barrochin, directeur général Private Equity d'AMDG à Lyon, qui évolue en tant que société de gestion immobilière, agréée par l'Autorité des Marchés Financiers (AMF).

"En 2021, il n'y aura pas de demi-mesure concernant les opérations les plus significatives, car plus rares et donc très recherchées. Autrement dit, les fonds vont se battre ardemment pour les meilleurs actifs", prévient-il. Les taux historiquement bas (1,12 % en moyenne en 2019 selon l'Observatoire Crédit Logement CSA) portent ce marché immobilier avec 1,6 million de ventes dans l'ancien, soit une hausse de 10,5 % par rapport à 2018. Lyon et Saint-Étienne (+ 7,7 %) sont les métropoles d'Auvergne-Rhône-Alpes les plus dynamiques sur ce segment.

L'alimentaire rentre également dans le viseur

Sur dix ans, les Notaires de France notent une évolution des prix globaux de l'immobilier résidentiel de 62 % pour la seule ville de Lyon, soit l'une des progressions les plus fortes de France sur cette période avec Bordeaux (+79 %).

Les experts financiers du site Idéal Investisseur le confirme très clairement : "L'immobilier est considéré comme la valeur refuge par excellence, notamment par les particuliers. Certes, son prix peut varier en raison de nombreux facteurs (taux d'intérêt, conjoncture économique, démographie, emplacement...). Mais les biens immobiliers ont l'avantage d'être des actifs tangibles. Spontanément, l'immobilier rassure, car il dispose de caractéristiques intrinsèques solides. Premièrement, il a une valeur d'usage : il permet de répondre au besoin fondamental et intemporel de se loger. Cela lui confère une valeur d'échange, matérialisée par la location ou la vente. Deux actes qui permettent soit de percevoir un rendement, soit de récupérer du capital".

L'alimentaire rentre également dans le viseur des investisseurs comme le montre l'association récente et inédite entre les hommes d'affaires Xavier Niel (Free), Matthieu Pigasse (banquier d'affaires, Centerview Partners) et Moez-Alexandre Zouari (Picard et master franchisé du groupe Casino) qui créent un véhicule d'investissement, baptisé 2MXOrganic, et spécialisé dans la production et la distribution de biens de consommation responsables et bio. 250 M€ ont déjà été levés avant la période de fin de souscription (actée au 7 décembre), sur un montant attendu de 300 M€.

La rareté face à une forte demande

La valeur refuge se caractérise aussi par son critère de niche, en raison d'une offre faible et d'une demande très forte. C'est typiquement le cas du vin - précisément les grands crus - considéré comme un placement atypique. Des grands crus qui, selon La Revue du Vin de France, ne représentent que 0,1 % en volume et 3 % en valeur d'un marché mondial gigantesque de 100 Md€.

"Le vin est un actif tangible et sécurisant, face, par exemple, à une démarche de boursicotage, avec notamment un cours du CAC à 5 500 € (le 4 décembre, NDLR) qui me paraît cher, et annonciatrice de certaines défaillances l'année prochaine", explique Hervé Kratiroff, co-fondateur du fonds spécialisé dans l'agro-alimentaire Solexia et propriétaire du restaurant le Burgundy Lounge à Lyon avec son associé Éric Versini.

Il explique avoir choisi la voie de la diversification et du plaisir à travers ses différents business. "Nous avons ainsi investi 1 M€ dans l'achat de bouteilles de la romanée-conti (l'une des plus prestigieuses appellations de Bourgogne, NDLR) pour constituer une belle collection. L'idée n'est pas de spéculer mais de diversifier notre capital. Nous savons que la vente de ce type de vin, même à la carte, trouvera des amateurs tant la production est faible et la demande mondiale forte", poursuit Hervé Kratiroff qui indique n'avoir pas souhaité investir dans la vigne, génératrice de peu de rentabilité eu égard à des prix de vente à l'hectare considérables, comme, par exemple, à Meursault qui se monnaie à 5,5 M€ les 10 000 m2.

L'art, l'un des plus vieux marchés au monde

Autre domaine qui a le vent en poupe auprès des investisseurs : l'art, l'un des plus vieux marchés au monde. Une seule statistique, issue du site artmarket.com, résume son dynamisme : en 20 ans, le segment de l'art contemporain a progressé de 2 100 %. Plus d'artistes, plus de collectionneurs, et plus de pays concernés, un triptyque gagnant confirmé par Cécile Conan, commissaire-priseur à Lyon : "Malgré une année particulière, en raison de la fermeture des hôtels de ventes, l'arrivée de nouveaux collectionneurs, associée à l'essor des ventes en ligne, a permis de rééquilibrer les pertes de chiffre d'affaires liées au confinement".

L'experte a ainsi pu vendre récemment aux enchères une statue de Rodin pour un montant de 837 500 € frais compris. "Près de 1 000 personnes étaient connectées le jour de la vente, contre 250 grand maximum en période hors crise, c'est exceptionnel". Cécile Conan confirme la tendance lourde de la digitalisation de son métier. "Même si rien ne remplace l'émulation liée à une vente aux enchères physique, où l'on peut voir les lots aux enchères, il y a un côté ludique et pratique de la vente en ligne. Je pense notamment aux vins qui sont ainsi moins manipulés".

© DR - Ce bronze d'Auguste Rodin a été vendue 670 000 euros à Lyon.

Rester vigilant

L'Autorité des marchés financiers (AMF) chargée de veiller à la protection de l'épargne investie en produits financiers, à l'information des investisseurs et au bon fonctionnement des marchés, sensibilise régulièrement les investisseurs aux valeurs refuge. A travers l'exemple des offres de placement dans les diamants qui se multiplient depuis plusieurs années, l'AMF recommande notamment aux investisseurs de "ne pas donner suite aux sollicitations de ces entités et de ne pas les relayer auprès de tiers, sous quelques formes que ce soient".

L'instance rappelle que ces offres s'avèrent risquées et les appellent à la plus grande vigilance à travers quelques règles : "Aucun discours commercial ne doit faire oublier qu'il n'existe pas de rendement élevé sans risque élevé. Il convient également de récolter un maximum d'informations sur les sociétés ou intermédiaires qui proposent un produit (identité sociale, pays d'établissement, responsabilité civile, règles d'organisation, etc.) et se poser la question de savoir comment est réalisée la valorisation du produit proposé (prix d'achat ou prix de vente), en se renseignant sur les modalités de revente du produit et les délais liés".

Le bitcoin, crytomonnaie en vogue

Autre point de vigilance : la volatilité, un argument à charge souvent avancé par les détracteurs des valeurs refuge, à l'instar des crypto monnaies qui font désormais figure de cas d'école. Décorrelées des cours classiques des monnaies traditionnelles et échappant à tout contrôle des autorités financières en place, ces monnaies virtuelles, ne sont pas encore bien comprises. "C'est vrai que ces cryptomonnaies ne sont pas stables. En mars, leur cours a globalement baissé de 30 % suite au confinement pour reprendre à 30 % au deuxième confinement… Leur pertinence se vérifie en fait sur le long terme. En janvier, le taux de rentabilité sera d'environ 1,5 %", explique Antoni Negro, ingénieur patrimonial chez Canopée Consulting à Lyon.

Selon lui, c'est bien le bitcoin, crée en 2008, qui s'affiche comme la crytomonnaie en vogue et la plus "sécurisée". "Le protocole lié à cette monnaie prévoit la création d'un nombre prédéterminé de bitcoins lors de la création de chaque bloc de transactions qui forment la blockchain, c'est à dire une technologie de stockage et de transmission d'informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle, avec une division par deux tous les quatre ans : 50 bitcoins en 2009, 25 en 2013, 12,5 en 2016, et ainsi de suite, jusqu'à arriver à un total de 21 millions en 2140. L'idée étant est de créer un actif qui ait une rareté intrinsèque. La pérennité des crypto monnaie dépendra de leur stabilité à être régulées dans le temps", conclut le conseiller en gestion de patrimoine.

Vers de nouvelles valeurs refuges ?

Si, jusqu'alors, les valeurs refuges pouvaient se résumer uniquement par leur résilience face aux aléas de marché, elles sont désormais aussi guidées par des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). "L'impact de ces enjeux extra-financiers dans les choix d'investissement est indéniable. La crise ne fait qu'accentuer ce qui pouvait apparaître précédemment aux yeux de certains comme du marketing écologique", abonde Thomas Barrochin.

Selon l'expert, les secteurs de la santé et de la recherche, de l'alimentaire, du bien-être, de l'éducation ou encore les grands enjeux de nos économies comme la cybersécurité, la digitalisation et la transition énergétique peuvent être aussi considérés comme de nouvelles valeurs refuges. Même si les experts de la finance restent unanimes sur un point : diversifier son patrimoine reste le meilleur moyen de traverser les crises.

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