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Intolérances

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Intolérances
© Stofleth - La Juive renaît de ses cendres à l'Opéra de Lyon dans une production "grand genre", signée Olivier Py

Benjamin, dernière nuit, de Tabachnik et La Juive de Halévy, qui ouvrent le festival d'opéra, dressent le même constat : politique ou religieuse, l'intolérance tue.

Le rideau se lève sur un décor de garde-meubles, vêtements, livres et objets soigneusement rangés. Rangés aussi, comme dans les cases de la mémoire, les personnages qui ont croisé le chemin de Walter Benjamin. Le philosophe juif allemand, qui a fui le régime nazi, vient de traverser la frontière espagnole. Dans une modeste chambre d’hôtel, il revit les principaux épisodes de sa vie, ses rencontres.
Régis Debray, qui a écrit le livret de Benjamin, dernière nuit, un opéra composé par Michel Tabachnik, utilise le procédé du flash back que reprend le metteur en scène John Fulljames. Un chanteur et un acteur se partagent le rôle titre dans une œuvre où le texte parlé a une place importante. Cette dualité nous vaut un clin d’œil à un film des Marx Brothers, relayé par la figure de Charlot. Ces silhouettes allègent le propos d’une œuvre grave où se télescopent l’Histoire et l’actualité. Les écrans, accrochés sur la moitié supérieure du fonds et côtés de scène, diffusent les images de l’occupation allemande en 1940, les réfugiés jetés sur les toutes de l’exode.  Ces images font résonner la tragédie des milliers d’exilés qui échouent sur les côtes européennes, mais aussi des SDF qui ont remplacé la figure du juif errant.
Benjamin, dernière nuit vaut par l’inventivité d’un spectacle virtuose. Car côté texte, Régis Debray a été plus inspiré. Côté musique, on cherche en vain une once d’imagination dans une partition dont l’écriture vocale maladroite met les chanteurs en péril. Avec un tel matériau, et malgré la bonne volonté des interprètes, incompréhensibles la plupart du temps, le chef Bernhard Kontarsky ne fait pas de miracles. Il tient ses troupes dans une tension permanente qui, ajoutée  à la force des images de John Fulljames et de son décorateur Michael Levine, permet de faire cette (courte) traversée sans trop s’ennuyer.


Le lendemain, le rideau se lève sur un ouvrage que tout le monde connaît mais que personne n’a jamais entendu (sauf au disque). La Juive de Halévy, comme Les Huguenots de Meyerbeer, fait partie de ces « grands opéras à la française ». Passé à la trappe dans les années 1930, ce genre revient en odeur de sainteté, du moins en France car ailleurs, en Europe, il n’a jamais quitté l’affiche. 
Le livret de La juive articule l’Histoire et les destinées individuelles dans un contexte de haine religieuse qui réveille le souvenir de l’Inquisition. Rachel aime Leopold. Elle est juive, lui chrétien, mais elle ne le sait pas. La révélation de leur relation les condamne à la mort. Par amour, celle-ci se rétracte pour sauver la vie de son amant. Cet amour manquera à Eléazar qui préfère envoyer à la mort sa fille adoptive Rachel plutôt que de ne pas assouvir sa soif de vengeance vis à vis du Cardinal Brogni responsable de la mort de ses deux fils.


Pour dénouer les fils d’un livret digne d’un scénario de film, Olivier Py signe une mise en scène intelligente, didactique, dans l’esprit du théâtre populaire. Avec la complicité de Pierre-André Weitz qui anime un ballet de décors mouvants dressant des parois tapissées de livres et, en fonds de scène, des arbres calcinés, le directeur du festival d’Avignon n’oublie pas le sens profond de cet opéra. Juifs ou chrétiens, les fondamentalistes tournent le dos à l’humanité.
Chanter La Juive exige des moyens vocaux que l’opéra de Lyon aligne avec un sextuor bien chantant, des voix bien timbrées et une diction irréprochable (ils sont tous étrangers).  Sabina Puertolas et Rachel Harnisch rivalisent dans les airs les plus acrobatiques sans céder un pouce de crédibilité théâtrale. Roberto Scanduzzi jette tous ses graves dans le personnage du cardinal face à l’Eléazar de Nikolai Schukoff soumis à rude épreuve. Mais, le soir de la première, le public n’avait d’oreilles que pour Enea Scala (cela ne s’invente pas), un ténor rossinien aux aigus d’extra-terrestre. Que ses admirateurs se rassurent, la saison prochaine il sera deux fois à l’affiche de l’opéra de Lyon.

Ecouter La Juive suppose une baguette comme celle de Daniele Rustioni qui a donné de la vigueur, du souffle dramatique et surtout du rythme à la partition. Et lui, on est sûr de le retrouver régulièrement à l’opéra où, à la fin de la saison prochaine, il succèdera à l'actuel  directeur musical Kazushi Ono.

Antonio Mafra

Opéra de Lyon, jusqu’au 3 avril






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