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Idées : Prêts garantis par l'Etat, comment assouplir le mécanisme ?

Publié le - - Economie

Idées : Prêts garantis par l'Etat, comment assouplir le mécanisme ?
© APR - Paolo Zoppi (Clairfield International) et Floraine Baritel (KPMG)

La seconde vague de Covid-19 a eu de nouvelles conséquences sur les Prêts garantis par l'Etat (PGE). Le pôle finances de l'association Prévention & Retournement dresse un premier bilan et fait des propositions pour améliorer et assouplir le mécanisme. L'analyse croisée de Paolo Zoppi, Managing Partner chez Clairfield International et Floraine Baritel, Senior Manager Deal Advisory chez KPMG.

Avec presque 9 mois de recul, quel bilan faites-vous de l'outil PGE et de son utilisation par les entreprises ?

Floraine Baritel : Il y a eu d'abord la volonté forte par l'Etat d'éviter toute défaillance d'entreprise. Le PGE a donc été mis en place pour compenser la perte de chiffre d'affaires et palier les risques de manque de trésorerie des entreprises. Avec l'idée de rendre résilientes les entreprises les plus impactées par le premier confinement. Cet outil a rapidement été mis en place. Dans un contexte d'urgence, il restait difficile de savoir quelles filières allaient être les plus touchées, et durablement, au-delà des secteurs automobile, aéronautique ou de l'hôtellerie-restauration. La transition nécessaire vers le télétravail pourra par exemple modifier durablement le marché de l'immobilier de bureaux, et les modes de consommation vont également être modifiés.

Paolo Zoppi : Il faut rappeler que le PGE est une avance et non pas une aide comme l'est le dispositif du chômage partiel. A l'instar du report de diverses charges, comme celles inhérentes à l'Urssaf, les entreprises auront à rembourser dans le temps ces dettes accumulées. En cela, des ajustements sont d'ores et déjà actés et d'autres sont à l'étude pour aménager les modalités de remboursement qui à l'issue de la franchise de 12 mois, qui débutent dès avril prochain.

Sur les 300 Mds€ prévus par l'Etat, les entreprises ont emprunté depuis mars 125 Mds€ : les TPE à hauteur de 40 %, les PME à 35 %, les grands groupes à 11 % et les ETI à 12 %. Nous ne constatons pas « d'abus » au niveau des demandes de PGE, c'est à dire que finalement peu d'entreprises se sont fait prêter de l'argent alors qu'elles n'en avaient pas forcément besoin.

De quelle manière les PGE sont-ils amenés à évoluer et pourquoi ?

F.B. : Au vu de l'orientation que prennent les décisions du Gouvernement, il est probable que les mesures de soutien perdurent dans le temps. Initialement les entreprises avaient jusqu'au 31 décembre pour faire une demande de PGE. Le délai a été allongé au 30 juin 2021. De plus, la période de franchise de droit, initialement fixée à un an, a été allongée à deux ans sous réserve d'accord des banques. La période de remboursement ensuite ne peut pas excéder le format de six ans imposé par Bruxelles. Pour rappel, le montant du crédit concerné ne peut pas excéder 25% du chiffre d'affaires (Ndlr : ou 2 fois la masse salariale pour les entreprises innovantes si ce critère est plus favorable).

P.Z. : Le remboursement des PGE va peser sur le remboursement global qu'auront à faire les entreprises qui auront déjà contracté des prêts classiques. Ce qui pose certains problèmes par exemple dans le renouvellement de matériels inhérents à certains secteurs. Les entreprises endettées seront alors seules face aux banques, sans garanties de l'Etat, pour décider ou pas de l'octroi de nouveaux prêts. Il y aura lors forcément des tensions.

"L'Etat s'est mobilisé de manière exceptionnelle pour éviter une crise sociale qui aurait in fine coûté très cher"

Quelles sont vos préconisations pour faciliter ce processus de remboursement ?

P.Z. : Notre association travaille depuis plusieurs mois à diverses propositions pour aménager le remboursement des PGE dans le temps. En premier lieu, il faudrait porter le montant du PGE à équivalent de 4 mois de chiffre d'affaires (NDLR : soit le nombre de mois de confinement), donc 33% au lieu de 25%, et permettre d'allonger la maturité, au minimum à 7 ans au lieu de 6, avec deux ans de différés, soit un remboursement sur 5 ans. La seconde année de franchise pourrait également être acquise de droit. Enfin, la garantie de l'Etat pourrait être maintenue pour des banques octroyant des crédits d'investissement et concédant des aménagements sur le PGE concomitamment pour que l'entreprise bénéficiaire puisse rembourser le tout.
Il faut bien comprendre que lorsqu'on rentre dans une crise, les besoins en fonds de roulement sont moindres dans le cycle d'exploitation. Mais ce regain temporaire de trésorerie n'est qu'un nuage de fumée car ça ne signifie pas que l'entreprise ne perd pas d'argent.

F.B. : Les problématiques de nos clients évoluent au jour le jour. Les directions financières, des ETI et PME effectuent un suivi beaucoup plus régulier de leurs indicateurs pour affiner à la semaine les besoins de trésorerie et l'activité partielle. La question du besoin en fonds de roulement est centrale, prenons l'exemple du secteur de la transformation de l'acier. En période de crise, le rythme de commandes diminue, donc les approvisionnements également, ce qui permet d'économiser de la trésorerie. Cette trésorerie est consommée par la sous-performance de l'entreprise. Le risque réside dans la capacité à financer les approvisionnements des commandes clients au moment de la reprise.

Quelles sont les perspectives 2021 pour la poursuite de l'activité ?

P.Z. : C'est une onde de choc qui va arriver, et qui ne va pas toucher tous les secteurs simultanément. La fermeture des stations de skis par exemple va toucher en premier lieu les bénéficiaires directs de ce tourisme, puis en seconde vague, les fabricants de matériel de ski, de remontées mécaniques, de distribution alimentaire des hôtels et restaurants, … Les PME et TPE dépendantes des secteurs directement touchés sont gangrénées a posteriori. D'où l'idée de mettre en place le rallongement des remboursements de PGE ainsi qu'un système de prêts participatifs, qui permettent aux entreprises de bénéficier de fonds propres conséquents sur le long terme, de façon quasi-permanente comme les capitaux propres et qui permettront de financer leur exploitation, sans toucher à la trésorerie et sans changer la structure du capital.

F.B. : Cette idée de transformer les PGE en quasi-fonds propres fait d'ores et déjà l'objet d'une proposition de loi permettant de faire racheter les PGE par BPI France aux établissements prêteurs, afin de diminuer le niveau d'endettement des entreprises en mobilisant des quasi-fonds propres, permettant une amélioration de la structure du bilan.

« Le remboursement des PGE va peser sur le remboursement global qu'auront à faire les entreprises qui auront déjà contracté des prêts classiques »

On a l'impression que l'Etat abonde encore et toujours…

F.B. : L'Etat s'est mobilisé de manière exceptionnelle pour éviter une crise sociale qui aurait in fine coûté très cher. Il ne faut pas croire que les vannes ont été totalement ouvertes car des critères limitatifs ont été mis en place dans l'octroi des PGE. Les entreprises qui avaient un très bon niveau de trésorerie n'y ont pas eu accès, et à l'inverse, les entreprises déjà trop fragilisées avant crise ont essuyé des refus.

P.Z. : Avait-on le choix de faire autrement ? On a créé en revanche un mur de dette, notamment pour les PME, en facilitant ces financements. Et l'année qui s'annonce sera très compliquée pour certaines d'entre elles. Si la problématique du remboursement de ces PGE n'est pas anticipée suffisamment, nous allons au-devant de problèmes d'accès à l'investissement, et par ricochet de compétitivité par rapport à l'Allemagne par exemple qui a connu des dispositifs allégés.

Dans quel état d'esprit sont les chefs d'entreprise actuellement ?

F.B. : Lors du premier confinement, beaucoup d'entreprise ont été fermées. Dès juin, l'activité a pu reprendre avec un certain entrain. Depuis le deuxième confinement, les dirigeants ont pris la mesure de l'ampleur de l'incertitude entourant leurs business. L'ampleur et la durée de la crise deviennent plus difficiles à appréhender, et les dispositifs d'aide étant moins systématiques qu'au cours du premier semestre, les dirigeants sont plus angoissés et il devient urgent de pouvoir trouver les solutions d'un retour à la normale.

P.Z. : Dans les dossiers de fusions-acquisitions, que nous traitons en majorité, deux mondes se font face. L'un qui touche les activités liées à Internet comme la vente à distance et qui connaît un essor phénoménal ; et l'autre, issue d'une économie plus traditionnelle où les dirigeants sont plus dubitatifs sur l'avenir.


Paolo Zoppi et Floraine Baritel sont les rapporteurs de la "Commission finance" de l'association Prévention & Retournement et relaient, au travers de leurs propos, les travaux de l'ensemble de la Commission composée également de : Patrick Chianalino, Bernard Cotte, Thierry Crassard, Eric Etienne-Martin et Claudia Fernandes.




Julien THIBERT
Journaliste

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