AccueilActualitéHenri Chamoux, l'inventeur de l'archéophone

Henri Chamoux, l'inventeur de l'archéophone

Henri Chamoux, l'inventeur de l'archéophone

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« Depuis que je suis gamin, j’ai toujours accordé un intérêt particulier à la sauvegarde des sons du passé le plus lointain. J’ai passé une partie de mon adolescence aux puces pour découvrir des curiosités anciennes, rares et surprenantes pour des oreilles de ma génération. » Cet engouement qui grandit au fil des années conduira Henri Chamoux à inventer l’archéophone en 1998 et à écrire une thèse sur la naissance de l’industrie phonographique française, qu’il a soutenue récemment. « De 1893 à 1914, on a produit plus de cent millions d’enregistrements phonographiques sur disques et cylindres uniquement pour le plaisir de la musique domestique, pour le seul marché français ! Ils reflètent l’offre de spectacles incroyable du début du XXe siècle. » L’ingénieur d’études s’interroge sur ces techniques, ces écoutes et leur histoire, et il s’applique alors à élaborer un appareil qui permet de lire ces enregistrements sur cylindres, sans risquer de les endommager. Il le baptise « archéophone ». Cet ustensile est ainsi capable de lire tous les formats de cylindres phonographiques de cire ou de celluloïd, tels qu’ils furent produits à partir de 1888. Entre 1998 et 2008, Henri Chamoux fabrique lui-même vingt-huit archéophones. Ce mode de transmission sur CD est désormais utilisé par les plus grandes archives qui possèdent des supports sonores, notamment la bibliothèque du Congrès, la BNF, le musée Edison ainsi que des institutions et collections privées. Henri Chamoux est l’auteur de la Phonobase, qui offre l’audition en ligne de plus de 10 000 documents sonores enregistrés et commercialisés avant 1914.

L’archéophone, créé à la base pour les documents sonores de la belle Epoque, étend son champ d’activité aux dictabelts, cylindres souples, dernières manifestations des cylindres phonographiques. « L’objectif de l’archéophone était, avant tout, de mettre à la disposition du public et des chercheurs ce paysage sonore de la Belle Epoque. Mais lorsque l’INA, mandatée par les archives d’Afrique du Sud, m’a demandé de numériser des dictabelts du procès de Rivonia qui date de 1964, j’ai choisi de le faire pour le compte du LARHRA, Laboratoire de recherches historiques Rhône-Alpes, pour lequel je travaillais depuis 2010, et qui promeut la ressource sonore comme une ressource historique à part entière. »
Sur ce procès historique qui condamne Nelson Mandela et six protagonistes à la prison à vie, Henri Chamoux effectue un travail de quinze mois, de numérisation puis de montage de 230 heures d’enregistrement qui correspondent à 591 dictabelts. Parmi cette collection, sept dictabelts contiennent la déposition solennelle de trois heures et demi de Nelson Mandela. « Il dresse l’état de son pays et les causes qui le mènent à vivre et à mourir pour lui. On constate que ce procès qui dure six mois est transformé en tribune de liberté. Les principaux accusés s’expriment avec une patience angélique et un soutien inébranlable. Ils sont soudés, c’est impressionnant. On est en face de personnages exceptionnels. L’émotion est forte à l’écoute, à chaque nouvelle voix, notamment celle des nombreux témoins de second rang qui sont effrayés. On se demande d’ailleurs pourquoi ce procès a été enregistré, d’autant plus qu’il ne l’est pas dans son intégralité. Sans doute pour préparer un réquisitoire ou un verdict qui ne figure pas dans les enregistrements. »

Premier auditeur de l’intégralité de ces enregistrements qui comportent des crépitements et des bruits d’ambiance, Henri Chamoux a vécu chaque seconde du procès de Rivonia avec beaucoup d’attention. La numérisation de ce témoignage vivant en cours de finalisation est le résultat de ses deux prouesses personnelles, historique et technique.


La grande aventure du son enregistré au Phonomuseum

Le Phonomuseum est un musée associatif qui rassemble des passionnés, parmi lesquels Henri Chamoux qui en est le secrétaire. Ce musée du son enregistré, situé à Paris, évoque, au sein d’une collection de 250 machines d’époque et en état de fonctionnement, les différentes étapes de l’évolution technique, des premiers appareils à cylindres et à disques. Il est ouvert au public, accueille des publics scolaires et organise des soirées musicales.

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