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Hélène Lafont-Couturier : "Le musée des confluences doit se gérer comme une entreprise"

le - - Grand témoin

Hélène Lafont-Couturier : "Le musée des confluences doit se gérer comme une entreprise"
© Celine Vautey

Hélène Lafont-Couturier est directrice du musée des Confluences depuis son ouverture en 2014. Bien que son démarrage ait été compliqué, le site s'est depuis imposé dans l'écosystème culturel régional et national. La richesse de ses expositions permanentes et temporaires ravie les visiteurs toujours plus nombreux d'année en année et la direction planche sur de nouvelles solutions de financement, toujours en garantissant une gestion au cordeau du fait de sont statut d'établissement public de coopération culturelle à caractère industriel. Sans compter son rayonnement à l'international pour promouvoir ses collections et son expertise.

Quel bilan tirez vous de ces quatre années à la tête du musée des Confluences ?

Un bilan positif parce qu'en 2012, les choses redémarraient. Le musée a rencontré son public, il a la reconnaissance de ses pairs et celle de ses donateurs. Et c'est important d'avoir cette reconnaissance-là parce que c'est un signe de bonne santé d'un établissement. C'est une belle institution qui a trouvé sa place. Évidemment il reste des choses à ajuster mais l'ouverture est derrière nous.

Qu'est ce qui fait l'intérêt pour le public d'une collection aussi éclectique que celle du musée ?

C'est cette mixité justement. Ce qui peut apparaître comme une difficulté, apparaît en fait comme une vraie force, c'est-à-dire être l'héritier d'un muséum, où nous sommes sur les sciences naturelles, l'histoire de la nature, et aussi celui des collections de sciences humaines, à travers la collection Guimet, celle des oeuvres de propagation de la foi ou du musée colonial, où nous sommes sur l'histoire de l'Homme. Il s'agit aussi de faire se rencontrer ces collections, réunir autour de la table des chercheurs et chercheuses de disciplines différentes, pour construire un parcours permanent avec des personnes issues de disciplines différentes. Quand vous mettez autour de la table, un théologien, un astro-physicien, un ethno-anthropologue, une philosophe, ça donne des choses un peu vives parfois, mais également une pluralité de points de vue et une justesse. Cette approche interdisciplinaire est une des grandes forces du projet. Il n'y a pas une seule explication des choses. L'autre spécificité de ce musée, c'est la question du récit. Tous les musées portent un discours, mais tous n'ont pas un récit. Or, notre approche a été de vouloir raconter une histoire, par exemple dans le parcours permanent, on raconte une histoire des origines, l'origine du vivant, l'origine de l'univers, mais aussi l'homme face à la biodiversité, l'homme en société et l'homme face à la mort. Le récit est donc partout, à la fois dans la construction des expositions permanentes et temporaires mais aussi dans la médiation, comme ce que j'appelle les récits sur mesure, des temps pour chacun, où des médiateurs sont postés dans le musée et qui vont raconter une histoire au public, qui s'adapte à ce public. Chaque salle est une nouvelle aventure. Les visiteurs me disent souvent qu'ils ont eu l'impression de visiter plusieurs musées.

Comment expliquez vous le succès du musée, qui est le premier musée de France, hors Paris, en terme de fréquentation ?

C'est un beau succès, certainement la plus grande satisfaction des équipes. Parce que nous travaillons avant tout pour un public. Je pense que ça vient à la fois d'une offre qui est diversifiée et régulièrement renouvelée. En fait, il se passe toujours quelque chose au musée. Il y a aussi le fait que les visiteurs trouvent que c'est un lieu où l'on se sent bien, où l'on ne se sent pas exclu. Ici, il y a un public qui vient alors qu'il ne va habituellement pas dans les musées parce qu'il ose pousser la porte. C'est aussi un lieu qui est compréhensible par chacun, ça fonctionne aussi bien avec l'enfant qu'avec celui qui est spécialiste du domaine. Nous sommes accessibles sans être simplistes. La pluralité des points de vue permet au visiteur d'approfondir un sujet par plusieurs sans un sentiment de lassitude. Ce qui frappe aussi, c'est que le public vient à plusieurs reprises voir une exposition. Il y a également cette volonté de tarifs accessibles, que nous n'avons pas modifié depuis l'ouverture et cette volonté d'une qualité d'accueil, que le visiteur, je l'espère, ressent dès son entrée dans le lieu.

Comment expliquez-vous que les gens, comme vous le disiez, ne se sentent pas exclus et ont le « courage » d'entrer ?

Tout d'abord, je pense que cela tient au bâtiment lui-même. C'est un bâtiment qui n'a pas de façade principale. Il avait été conçu par les architectes pour qu'on puisse entrer de tous côtés, ce n'est pas le cas à cause du plan Vigipirate. Juste après l'ouverture du musée, il y a eu les attentats à Charlie Hebdo, et nous avons dû restreindre les ouvertures en veillant moyens humains et financiers. Malgré tout, cela intrigue, on peut entrer dans le bâtiment, prendre les escalators, aller sur le toit, sans payer, sans être directement face à une billetterie.

Que vous évoque ce bâtiment ?

Je dirais que c'est un gros coléoptère. Je ne le vois plus du tout de la même façon depuis que j'y travaille et j'ai réellement appris à l'aimer de l'intérieur. Parce qu'il est d'une grande fonctionnalité, c'est réellement un lieu dans lequel on est bien, tout est conçu pour une activité de musée, pour les expositions, les collections, le personnel, le public. Wolf D. Prix, l'architecte, est un homme qui aime le public, qui aime les visiteurs et qui est très attentif à la façon dont les personnes circulent dans un lieu. Et ce lieu est étonnamment facile à vivre, enveloppant. C'est comme une coquille. Il change tout le temps, il a mille facettes.

Quelles sont les principales richesses des collections ?

Pour commencer, je dirais que c'est la collection qui est d'une richesse incroyable, par sa diversité, par sa qualité. Ce sont vraiment des collections remarquables dans les différents domaines. C'est difficile de dire.... il y a des objets tout à fait exceptionnels. Par exemple, je suis fascinée par les fossiles de la carrière de Cerin [dans l'Ain, NDLR] qui ont été trouvés lors de l'exploitation de cette carrière de pierres lithographiques dans les années 1830 et qui sont les témoignages de la faune et de la flore d'il y a 150 millions d'années, alors que la région était une lagune tropicale. Il y en a un, exposé, que j'aime tout particulièrement, c'est le fossile d'une méduse, avec des détails figés dans la pierre, d'une précision incroyable. Il y a aussi un bouddha, dans Éternités, qui me bouleverse particulièrement. Dans tous les secteurs, il y a des sujets d'émerveillement.

Quelle est la politique d'acquisitions du musée ?

Elle est modeste, parce qu'il y avait jusqu'à maintenant d'autres priorités. Petit à petit je dégage un budget qui reste à la hauteur de ce que je peux consacrer aux acquisitions. La priorité aujourd'hui est de compléter la collection pour assurer les rotations dans les salles permanentes et combler les manques, ou ce qui est nécessaire aux expositions temporaires, comme le bouclier océanien figurant The Phantom pour l'expo Hugo Pratt, une collection de coléoptères pour la prochaine exposition ouvrant le 21 décembre. Sur l'enrichissement des collections, il sera surtout lié à des donations. Notamment en sciences naturelles, nous travaillons beaucoup de manière collaborative avec des chercheurs, qui vont verser leur fonds au musée. Nous venons de vivre trois grandes aventures concernant les donations, que ce soit avec Antoine de Galbert ou ce couple qui donne des objets africains ou Armand Avril qui va également donner une partie de sa collection d'objets africains : ce sont à la fois des aventures humaines et des enrichissements merveilleux pour le musée. Nous avons aussi relancé des collectes. Il y a eu une première mission exploratoire au Brésil cet été pour continuer d'enrichir et documenter nos collections amazoniennes, de même à Madagascar. Nous poursuivons des missions interrompues pendant quelques années sur les insectes au Maroc. Quatre ans après l'ouverture, nous reprenons ces missions d'enrichissement par la collecte, tant dans le domaine des sciences naturelles que dans celui des sciences humaines. Je veille à maintenir un équilibre dans les deux secteurs. Mais nous allons à hauteur de nos moyens et de nos forces humaines.

Comment s'articule le budget du musée ?

Étant un établissement public, nous nous devons d'être très responsables par rapport à ce budget. C'est comme une petite entreprise. Nous sommes un EPCCIC c'est-à-dire un établissement public de coopération culturelle à caractère industriel et commercial, l'équivalent d'un EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial) pour les collectivités. Il y a un conseil d'administration qui valide les décisions, les projets lors des quatre sessions annuelles. Tout ce que coûte le musée est géré par cet établissement. La collectivité nous donne une subvention, à laquelle s'ajoute 30 % d'auto-financement, de recettes propres et nous construisons le budget avec cette enveloppe. Soit 19 M€, dont 13,4 M€ de la Métropole. Ça peut paraître beaucoup mais c'est qu'il faut au minimum pour un établissement de cette taille. Il y a 94 salariés et certaines de nos missions sont externalisées, des choix qui ont été faits dès la création du musée. Nous avons fait les mêmes choix que les musées qui ont ouvert avant nous, comme le MUCEM, Pompidou-Metz ou Le Louvre-Lens. Nous avons fait appel à des prestataires extérieurs pour la sureté, la sécurité, la maintenance, l'info-gérance, mais aussi la billetterie, l'accueil, la médiation face public*. Mais il y a une culture commune avec nos salariés.

Pourquoi ce choix d'externalisation ?

Parce que nous serions arrivés à des effectifs permanents très lourds, ce que notre budget ne nous permet pas. Mais surtout cela permet d'adapter la présence des agents en fonction des horaires, de tenir compte des périodes d'affluence, notamment pendant les vacances scolaires. Il y a également mon expérience personnelle, parce que j'ai fait beaucoup de médiation pendant mes études, beaucoup de visites guidées dans les musées. C'est un métier où l'on s'use. Sans parler de l'évolution au sein de la structure, difficile à imaginer pour tous les agents et ma politique managériale est de proposer une évolution aux salariés.

Comment bâtit-on un programme d'exposition ?

À plusieurs. Ce qui est terrible, c'est que nous avons beaucoup de possibilités de sujets. Là nous avons déjà des idées jusqu'en 2025. Nous essayons de trouver un équilibre entre sciences naturelles et sciences humaines. Nous allons aussi tester de nouvelles choses, comme cette exposition pour le jeune public qui ouvrira en juin 2019 sur le monde des microbes, des bactéries. Mais nous prenons toujours appui sur les collections et sur l'actualité, et compte-tenu de la richesse du musée, les idées ne manquent pas... Nous n'avons jamais de commissaires, nous avons toujours des comités scientifiques qui travaillent avec nos chargés de projets. Celles et ceux-ci travaillent en collaboration avec les scientifiques et traduisent les propos des chercheurs de manière muséographique.

Quel rôle doit jouer le musée sur les grandes questions de sociétés ?

Le musée doit jouer un rôle d'information, d'aide à la compréhension, il a pour mission d'alerter. Un rôle citoyen. Être aussi un lieu de débat. Nous disséminons, comme la fleur de pissenlit ! D'ailleurs nos expositions s'exportent, comme « Venenum » au Canada, qui va avoir une autre vie avec d'autres répercussions. « Antartica » est actuellement à Brême, « La Chambre des merveilles » ouvre en février à Montréal. Et l'année prochaine nous présentons une exposition sur les prisons, que nous concevons à trois musées, de trois pays, le nôtre, le Deutsche Hygiene Museum à Dresde, le musée international de la Croix-Rouge à Genève, en février prochain.

Si vous étiez un objet, quel serait-il ?

La statuette d'homme barbu de l'époque pré-dynastique de la culture Nagada final qu'on peut voir dans la section permanente baptisée Éternités.

*C'est-à-dire les agents présents dans les salles du musée

SES DATES CLÉS

2014

Ouverture du musée des Confluences

2012

Nommée directrice du musée des Confluences

2005

Nommée directrice du musée national des Cultures et de l'Histoire de l'immigration à Paris

1990

Nommée conservatrice du musée Goupil de Bordeaux

1986

Publication de Maisons fortes et hiérarchie des habitats seigneuriaux dans le Forez méridional aux éditions du CNRS




Gallia VALETTE-PILENKO
Journaliste

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