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GRAND TÉMOIN Grégory Doucet : "Mettre Lyon à la hauteur des enjeux écologiques"

Depuis plus d’un an, Lyon, sous l’impulsion de Grégory Doucet, se verdit - dans tous les sens du terme - apportant un rythme nouveau à la vie et à la politique locale. À l’aise dans son costume de maire, l’ancien cadre de Handicap International est marqué par la farouche volonté de propulser Lyon en tant que cité du XXIe siècle, prête à affronter les défis environnementaux majeurs.
Grégory Doucet : "Mettre Lyon à la hauteur des enjeux écologiques"
© Marine Agathe Gonard - Pour le maire Grégory Doucet, Lyon attendait que le tournant écologique soit pris

ActualitéGrand témoin Publié le ,

Un peu plus d’un an après votre élection, quel est votre sentiment sur le chemin parcouru ?

Cette première année est forcément marquée par la crise sanitaire et nous avons su apporter des réponses précises face à celle-ci. Il y a d’abord la dimension sanitaire à laquelle nous avons répondu en installant un grand centre de dépistage, ensuite transformé en centre de vaccination, au palais des sports de Gerland.

Nous avons très tôt pris à-bras-le corps ce défi sanitaire. Fin juillet 2020, suite à notre élection, nous avons aussi voté le fonds d’urgence pour le secteur culturel. 

Cette urgence a-t-elle modifié votre stratégie initiale de mandature ? 

Être maire, c’est se mettre au service de l’intérêt général, et dans un contexte de crise sanitaire, c’est d’y répondre, tout simplement. L’objectif, au-delà de la communication autour du dépistage et de la vaccination et de leur mise en œuvre logistique, a été d’aider les acteurs le plus touchés par la crise sanitaire. Je pense au secteur culturel, structurellement très fragile.

Nous avons aussi fait en sorte d’aider les commerçants et les artisans, indirectement, en votant des exonérations de redevance sur les terrasses ou sur les loyers dans les bâtiments publics. 

© Marine-Agathe Gonard / Grégory Doucet : "Cette première année est forcément marquée par la crise sanitaire."

"Lyon attendait que le tournant écologique soit pris"

Vous avez déclaré que Lyon avait choisi l’écologie, suite à votre élection. Est-ce à dire que la ville n’était pas suffisamment verte, au sens environnemental du terme ?

Cela ne veut pas dire que rien n’était fait en matière d’environnement avant, mais Lyon n’était pas une ville verte au sens premier du terme. Le choix de l’écologie a été extrêmement clair durant l’élection. Lyon attendait que le tournant écologique soit pris. Des actions ont certes été menées en termes de nature en ville à travers de nouveaux parcs, le réseau Vélov’, les berges du Rhône…

Mais il faut mettre aujourd’hui la ville à la hauteur des enjeux du 21e siècle. Lyon doit apporter des réponses aux deux grandes crises écologiques que sont le réchauffement climatique et l’effondrement de la biodiversité.


Ses dates clés

2002 Intègre l’association Planète Enfants & Développement

2007 Rejoint le parti Les Verts

2009 Chargé de mission à Handicap International

2020 Élu maire de Lyon


Quels sont les défis écologiques pour une ville telle que Lyon ? Sont-ils compatibles avec les enjeux d’agglomération inhérents à une grande métropole comme par exemple les déplacements en voiture ?

Je ne veux opposer personne. Nous devons, pour faire face à ces deux crises, rester sous le seuil des 1,5 C° de réchauffement donc émettre moins de dioxyde de carbone et de gaz à effet de serre. Nous avons commencé à changer la façon d’aménager la ville pour faire de la place à la nature, au végétal et à la biodiversité en ville pour répondre à cet enjeu d’adaptation. Planter des arbres, c’est par exemple anticiper les futurs îlots de chaleur.

Le réchauffement climatique doit nous amener à gagner en maturité collective. C’est un enjeu qui n’a pas de frontière : on doit tous s’y mettre, à Lyon comme dans le reste de la métropole. La question de la mobilité est donc centrale et concerne plus largement l’aire métropolitaine ; nous devons donc travailler en cela avec la Région.

© Marine-Agathe Gonard / "Le réchauffement climatique doit nous amener à gagner en maturité collective", a insisté le maire de Lyon lors de notre interview.

"C’est une transformation progressive de notre façon de nous déplacer qu’il faut envisager."

Le projet de téléphérique urbain divise, et est opposé à celui du métro E. Quel est votre avis ?

Les deux projets sont complémentaires et ne s’opposent pas. Plus globalement, aucun projet ne peut répondre seul à l’ensemble des enjeux de mobilité sur un territoire. Il faut ainsi aussi travailler sur les déplacements cyclables et piétonniers.

C’est une transformation progressive de notre façon de nous déplacer qu’il faut envisager. Et nous avons un panel d’options pour répondre à cela : marche, vélo, tram, bus, métro et peut-être demain le téléphérique. Il faudra bien sûr encore des voiries dédiées à la voiture, mais il faut adapter nos mobilités.

Le projet de téléphérique n’en est qu’à une phase d’exploration et d’études. C’est peut-être une excellente réponse aux enjeux de déplacements dans les villes à relief. L’un des critères fondamentaux selon moi pour juger de la pertinence d’un transport public, c’est la capacité de report modal."

"Je ne suis pas frileux sur les questions de sécurité"

Quel est l’état du logement à Lyon et quels sont vos leviers pour répondre à la demande ?

La ville de Lyon ne répond pas aujourd’hui aux objectifs de 25 % de logements sociaux sur son territoire. Des efforts ont été faits durant les anciennes mandatures pour progresser à 21 %. Mais il reste à fournir des efforts. Aujourd’hui, il y a 14 demandes pour un logement social.

La mixité des logements est une démarche dans laquelle je m’inscrits comme mon prédécesseur. Notre objectif est d’atteindre ces 25 % d’ici la fin de la mandature. D’où les 40 M€ investis par la Ville dans le logement social. Il faut aussi travailler sur l’accès à la propriété, l’encadrement des loyers et le dispositif de bail solidaire.

© Marine-Agathe Gonard

La sécurité n’est pas un thème forcément mis en avant par votre majorité tandis que les incivilités augmentent en ville...

Ce n’est pas que l’on ne parle pas de sécurité chez les Écologistes. Simplement, nous n’en parlons pas de la même façon. Et nous ne proposons pas que des réponses de nature répressive. Sur la question des rodéos urbains, par exemple, nous travaillons avec l’ensemble des parties prenantes (préfecture, procureur de la République, policiers, Ndlr) pour agir avec précision. Nous n’intervenons pas à l’instant T pour des raisons de sécurité des personnes aux alentours. En revanche, les systèmes de vidéosurveillance permettent aux enquêtes de se dérouler et d’appréhender les chauffards. Je ne suis donc pas frileux sur les questions de sécurité.

Investissements : "Il n’y pas d’endettement qui mettrait en péril les générations futures"

Un mot sur la programmation pluriannuelle d’investissements, très ambitieuse, comment trouver les ressources pour faire de Lyon une capitale de la transition ?

Les finances de la ville étaient saines lorsque nous avons gagné les élections. Avec trois à quatre ans de capacité de désendettement, ce qui était faible. Toutefois, nous avons découvert que les bâtiments scolaires étaient en mauvais état. Notre dette patrimoniale est donc très importante. Nous avons ainsi un besoin massif d’investissement dans le service public et le patrimoine commun. Les 1,250 milliards d'euros que nous engageons ne sont pas suffisants et j’aurais besoin de l’État, de la Région et de l’Europe pour aller plus loin.

Trente-huit écoles font déjà l’objet de chantiers de verdissement et de piétonisation. Notre objectif est tenable. Il n’y pas d’endettement qui mettrait en péril les générations futures.

Quel est votre avis sur la primaire écologiste qui se prépare ? Est-ce un bon système ?

Je suis issu d’une primaire. C’est important, encore plus pour une Présidentielle, car on a besoin d’une incarnation et de leadership. Sur le fond, toutefois, ce système ne nous convient pas tout à fait chez les Écologistes car nous préférons d’abord la vision, les idées et le contenu. L’écologie politique porte une démocratie plus active et vivante, une transversalité appliquée dans les prises de décision et de coordination. Le principe de la Présidentielle de ne choisir qu’une personne ne va pas très bien avec notre volonté de collectif.

Néanmoins, nous avons besoin d’avoir un leadership vu l’urgence climatique. Celle-ci exige aujourd’hui qu’on mette toute la République et l’État au service de la réponse à ces enjeux écologiques. Il n’y a pas de politique écologique sans écologistes. Il est indispensable d’avoir une présidence écologiste pour la prochaine mandature.

Entre nous...

© Marine-Agathe Gonard

Son style de management... Je délègue beaucoup et fonctionne de manière transversale.

Ses rituels du matin... Ils sont bouleversés depuis la naissance de ma fille mais j’avais l’habitude d’aller courir tôt le matin.

Ses lectures... Je termine Le Parfum d’Adam, de Jean-Christophe Rufin

Son lieu d’inspiration... Sous la surface de l’eau, car je suis plongeur et cela me ressource.

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