AccueilActualitéGrand témoinGilles Courteix, président du Medef Lyon-Rhône : "Travailler sur ce qui va nous rassembler"

Gilles Courteix, président du Medef Lyon-Rhône : "Travailler sur ce qui va nous rassembler"

Gilles Courteix, président du Medef Lyon-Rhône :

ActualitéGrand témoin Publié le ,

Vous avez pris le relais de Laurent Fiard à la tête du Medef Lyon-Rhône depuis le 1er janvier. Qu'est-ce qui vous a poussé à vous présenter ?

"Je ne l'ai pas envisagé jusqu'à juillet dernier. A cette époque, j'exerçais mon mandat de Président à la FFB Auvergne-Rhône-Alpes et j'étais décidé à le mener à son terme. J'avais plutôt la volonté de faire une pause après neuf ans d'investissement fort dans ces instances syndicales. Ma conviction s'est forgée progressivement, avec des signes, dont ceux de mon prédécesseur, Laurent Fiard.

Mais cela impliquait que je sorte de ma zone de confort après plusieurs mandats dans la même famille professionnelle. Avec le Medef, je me retrouve dans l'interprofessionnel : c'est ce qui m'a motivé. Je me suis demandé comment apporter une note positive dans une période si difficile, pour accompagner les entreprises et les entrepreneurs. C'était une vraie réflexion : riche de tout cela, j'ai finalement pris ma décision en octobre."

"Je ne suis pas là pour donner des leçons"

Comment envisagez-vous votre mandature qui va débuter sous des auspices assez sombres pour les entreprises et l'économie ?

"J'ai toujours été quelqu'un d'ouvert, sachant m'entourer et ce, dans chacun de mes mandats. J'aime l'échange, la réflexion et il m'est arrivé de changer d'avis par rapport à une décision que je devais prendre. L'humain est important pour moi, c'est ce qui a d'ailleurs aussi motivé mon engagement au Medef.

Je ne suis pas là pour donner des leçons : j'aurais un rôle de représentativité des entrepreneurs, mais il faudra encore plus les fédérer, surtout dans cette période de crise où l'unité de l'ensemble des organisations professionnelles sera un atout décisif."

Dans quel état d'esprit sont les dirigeants que vous avez déjà rencontrés ?

"Nous sommes tous animés par la fibre entrepreneuriale, c'est déjà une base. Et nous avons souvent les mêmes problèmes, alors que nous sommes issus de secteurs différents. Ce qui m'intéresse, c'est de travailler sur ce qui va nous rassembler, et non nous diviser, car l'interprofession implique parfois des intérêts divergents.

Mais la grande majorité de nos actions sont réalisées pour avancer ensemble. Les problématiques de formation sont, par exemple, communes à la plupart des entreprises.

© Marine Agathe Gonard

Un contexte contraint

Quelles sont les grandes actions et échéances qui marqueront le début de votre mandat ?

"J'ai commencé à rencontrer les collaborateurs du Medef et à échanger avec les membres du bureau ainsi qu'avec certains adhérents. C'est riche d'enseignements.

Une partie de nos réflexions va concerner l'avenir, mais il y a aussi urgence à traiter la situation de crise dans laquelle nous sommes, avec la perspective de l'arrêt progressif, et inéluctable, des aides gouvernementales. Cette phase cruciale nécessitera que le Medef Lyon-Rhône soit disponible auprès des entreprises pour les accompagner."

Votre prédécesseur arguait d'un Medef fort, ancré territorialement et souhaitait "remettre l'entreprise au cœur du système économique". Partagez-vous cette vision ?

"Je souscris à l'analyse de Laurent Fiard, car l'entreprise est effectivement au cœur du système économique et des territoires. On le constate dans les secteurs géographiques à faible activité économique, ou le niveau de vie est plus bas. Il y a évidemment une corrélation entre les deux. Une entreprise qui progresse, voit ses collaborateurs évoluer également et a contrario, une entreprise qui régresse peine au maintien de ses salariés.

Et dans cette situation-là, ce sont souvent les plus performants qui s'en vont les premiers. L'entreprise, en cela, a un rôle sociétal prépondérant. Elle accompagne ses collaborateurs toute leur vie. La valeur d'une entreprise se mesure véritablement à l'aune des talents des hommes et des femmes qui la composent. On peut tous investir des capitaux, dans des équipements ; mais c'est bien l'investissement des salariés et leurs compétences qui feront la différence. "

"Les entreprises devront être accompagnées au-delà du plan de relance"

Quels sont les défis qui attendent les entreprises en cette "nouvelle année de Covid" ?

"Les entreprises ont déjà mis en place des process pour anticiper l'après-crise et la reprise. Les réflexions sont avancées autour de la structuration de la dette, des échéances de remboursement des PGE. Je crois que les entreprises devront être accompagnées au-delà du plan de relance, notamment pour certaines d'entre elles issues de secteurs très pénalisés et qui ne produisent plus alors qu'elles étaient performantes.

Les entreprises ne peuvent pas survivre seulement des aides de l'État, ce n'est pas dans nos gènes. Nous avons besoin d'avancer, il faut qu'on nous laisse travailler dans le respect des règles sanitaires."

Un mot peut-être plus particulier sur le secteur du bâtiment que vous connaissez mieux ?

"Le secteur bâtiment n'est pas le plus pénalisé, car nous pouvons travailler même si certains ont dû stopper leur activité pendant sept semaines au printemps dernier. Le plan de relance a, par ailleurs, octroyé 7,5 Md€ pour la branche BTP avec un engagement très fort sur le segment de la rénovation énergétique. Un contexte qui offre des opportunités pour les entreprises.

Nous évoluons dans une activité faite de cycles avec un secteur bâtiment et une part travaux publics, cette dernière dépendant beaucoup de la commande publique (70 %). Le bâtiment est une activité exaltante mais exigeante, qui nécessite une gestion stricte car les marges se sont érodées ces dernières années. Les gains de productivité et une organisation performante peuvent permettre de dégager 2,5 % de marge, à la condition de ne jamais relâcher ses efforts. Je reste cependant confiant en raison de l'urgence des besoins en logements, en rénovation et pour le secteur de la construction en général."

"Notre économie va se redresser dans quelques mois, c'est certain"

Le Medef Lyon-Rhône est considéré comme l'un des Medef territorial les plus puissants de France. Quels sont les enjeux autour d'un tel statut ? Est-ce que la course aux adhérents est l'une des réponses ?

"J'arrive dans un contexte où un important travail de structuration de notre organisation a été réalisé. Nous ne sommes pas sur un marché concurrentiel, dans une course aux adhérents à tout prix. Cela n'a pas de sens. Nos adhérents sont engagés et militants avec le Medef. Je crois que la crise va renforcer cet état d'esprit. Le drame, pour un entrepreneur en difficulté, c'est de se refermer sur lui-même. Il est indispensable que ce chef d'entreprise puisse échanger et rencontrer d'autres dirigeants.

Nous avons tous connus des moments de doutes dans notre vie d'entrepreneur. J'ai passé des nuits blanches - et j'en passerai encore -, heureusement car c'est le signe d'une vigilance nécessaire ! Ce qui me motive, ce n'est pas ce que j'ai déjà réalisé mais ce que je peux encore accomplir. Je plaisante souvent avec mon directeur financier en lui disant qu'il constate le passé avec les bilans de l'entreprise et que je m'occupe de l'avenir… !

Il faudra être au plus près des entrepreneurs, pour les aider mieux encore dans la reprise. Nous aurons aussi le devoir de travailler ensemble avec d'autres organisations professionnelles pour peser dans cet accompagnement des dirigeants et de leurs entreprises ; et nous devrons le faire dans une démarche la plus humaine possible.

Notre économie va se redresser dans quelques mois, c'est certain. Nous en serons acteurs. Quand j'ai commencé dans l'entreprenariat je me suis demandé comment on pouvait être à son compte toute sa vie. Car, si j'échouais, qui voudrait embaucher une personne qui n'a pas réussi dans son entreprise ? Il y a donc un devoir de se mettre en mouvement pour avancer. Fort est le sentiment de fierté que l'on peut retirer d'une telle aventure entrepreneuriale. Il faudra peut-être trouver des solutions qui n'existent pas encore, mais nous serons là, aux côtés des entreprises."

Entre nous...

© Marine Agathe Gonard

Son rituel du matin... Je me lève tôt et regarde les informations. C'est un moment de calme où je suis tranquille.

Son leitmotiv... Quand on donne sa parole on ne revient pas dessus, c'est la première chose apprise de mon père. C'est un engagement que j'ai toujours appliqué.

Ses lectures... Les romans policiers. J'aime lire, ça me prépare au sommeil.

Son style de management... Participatif. Mon rôle n'est pas de faire tout seul mais de donner la direction. J'adore faire confiance.

Partager :
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?