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Gaëtan Müller : « Savoir d'où l'on vient, qui l'on est et où l'on va »

le - - Grand témoin

Gaëtan Müller : « Savoir d'où l'on vient, qui l'on est et où l'on va »
Céline Vautey

Pas si facile de stopper une carrière de sportif professionnel à 25 ans pour se relancer ensuite dans un nouveau projet de vie. C'est pourtant la belle histoire que nous raconte Gaëtan Müller, 35 ans, fondateur et dirigeant de la société GM Sports Consulting, spécialisée dans le marketing et l'évènementiel sportif. Nommé président délégué de l'Asvel Lyon-Villeurbanne en 2014, qu'il co-dirige aux côtés de son ami Tony Parker, président de la « Green Team », il réalise un rêve de gosse et forme par-là même, un duo inédit et déjà prometteur. Formation, équipe pro, modèle économique, Euroligue… L'ancien ailier fort, décrit le projet d'un club aux ambitions européennes fortes, qui dépasse de loin les simples limites du parquet.

Vous avez été récemment distingué pour votre parcours d'autodidacte. Cela vous inspire-t-il, dix ans après avoir stoppé votre carrière de basketteur professionnel ?

C'est toujours un plaisir, un honneur bien évidemment de recevoir un tel honneur. Et puis effectivement, cela correspond à une nouvelle étape de ma vie. J'ai connue une longue période en tant que basketteur professionnel et puis je suis entré dans le monde de l'entrepreneuriat un peu par hasard. C'est un moment important d'émotion que j'ai pu surtout partager en famille. J'ai été élevé seul par ma mère et de la voir les larmes aux yeux lors de cette récompense me rend plus heureux pour elle que pour moi. Pareil pour ma femme, car ce que j'essaye de construire du point de vue personnel et professionnel, se fait toujours dans un cadre familial. Je suis marié depuis 14 ans et père de quatre enfants, c'était donc sympa de pouvoir tous se réunir autour de cette distinction.

Comment avez-vous appréhendé ce rebond professionnel ?

C'était un moment compliqué et joyeux à la fois. Compliqué parce que, c'est un fait, j'avais un problème récurrent au genou et une hernie discale et j'avais donc pris la décision de mettre un terme à ma carrière. Il me restait alors deux ans de contrat à Bordeaux. J'ai effectué la première année avant de rompre mon contrat en accord avec le club l'année suivante. J'avais 25 ans, j'arrête le basket alors que techniquement, j'aurais pu encore jouer et je me lance alors dans un nouveau projet en partant à New-York pour effectuer un stage dans le marketing sportif. Quand je rentre en France, je décide de monter une société dans ce secteur.

Je crois qu'à cette période j'ai fais un transfert. Quand je me suis lancé dans le monde de l'entrepreneuriat j'ai mis cette même énergie que j'avais dans le basket au service de mon entreprise. Du coup, ça m'a aidé à passer ce cap. Bien sûr, il n'y a pas eu que des jours heureux car c'était une période de transition et pas forcément simple. Mais j'avais, une idée en tête, un rêve à réaliser. Et puis, le fait de se dire que tout est possible, car c'est ça aussi l'histoire de ma vie, a enclenché une spirale positive. Ce bon alignement des planètes intègre aussi de belles rencontres, avec des gens qui m'ont permis de gravir les échelons. Aussi, j'ai de l'empathie pour les gens, je les écoute, j'aime être à leur au contact, ce qui m'a permis de me développer personnellement et d'élargir mon réseau. Et puis, au-delà de notre amitié, Tony Parker m'a donné sa confiance dans les affaires. Cet ensemble d'éléments, m'a permis de m'élever et d'en arriver là où je suis aujourd'hui, même si rien est encore acquis et qu'il faut continuer à se développer.

Est-ce difficile de travailler avec un ami ? Comment fonctionne le duo Parker-Müller ?

Je suis toujours parti du principe qu'il fallait que je sois « indépendant de Tony ». C'est à dire qu'avant d'être la star qu'il est, c'est d'abord mon ami, mon pote, un frère. J'ai été le plus heureux du monde de sa réussite sportive mais je considère, qu'à partir du moment où je suis dépendant de Tony et que je ne peux pas développer les choses que je voudrais, mon intégrité est alors compliquée à garder.

« Le fait d'être autodidacte nécessite d'avoir beaucoup d'humilité et de savoir d'où l'on vient, qui l'on est et où l'on va »

Le fait de lancer mon entreprise, le fait que lui me donne sa confiance à travers le prisme de mon business, a rendu légitime ma prise de fonction au sein du club. Celle-ci s'est faite sous trois conditions : que j'investisse personnellement dans l'ASVEL - même si je reste un actionnaire minoritaire je suis impliqué financièrement - qu'il me donne un an pour m'organiser au niveau de mon entreprise, le temps de recruter un directeur général et que je puisse aussi m'organiser avec ma famille pour déménager sur Lyon alors que je vivais en Normandie.

Au quotidien, la force de ce duo est sa capacité à dire les choses. Le jour où je ne suis plus capable de dire non à Tony, on perdra alors ce que l'on avait créé. Je ne suis pas inquiet pour notre amitié mais dans le monde du travail nous parvenons à faire la part des choses. Il attend de moi d'être ses yeux. Donc c'est très important pour lui que je lui dise les choses. Nous sommes la plupart du temps en accord sur les décisions à prendre. Mais sur certains points qui pourraient nous opposer, étant sur place au quotidien, je n'hésite pas à lui ce qui coince. Nous nous écoutons mutuellement pour trouver alors les meilleures solutions. La clé de la réussite est de savoir qu'il l'on est. Je ne suis pas Tony Parker. Dans mon parcours d'entrepreneur je dis toujours : le fait d'être autodidacte nécessite d'avoir beaucoup d'humilité et de savoir d'où l'on vient, qui l'on est et où l'on va.

Comment va évoluer le modèle économique et le fonctionnement de l'ASVEL dans les trois à cinq ans avec la perspective de la retraite de Tony Parker ?

On en parle. J'ai presque envie de dire que quelques fois on s'en réjouit car j'aimerais qu'il soit là, à mes côtés, car c'est une aventure de potes. Ce club, nous en avons rêvé il y a 20 ans ! Nous n'avions pas d'argent en poche mais nous rêvions d'avoir un club de basket. On l'a aujourd'hui. J'adorerais qu'il soit là plus souvent pour partager surtout les bons moments mais aussi les mauvais ! J'ai un peu hâte, même si je souhaite qu'il aille le plus loin possible dans sa carrière.

L'organisation sera simple car de toute façon, Tony va rester vivre à San Antonio (Texas), il n'a pas prévu de s'installer en France. Il viendra juste plus régulièrement ce qui sera un vrai plus. Nous allons poursuivre ainsi notre collaboration. Nous ne nous fixons pas de limites de temps, nous avons 35 ans, la vie est belle, mais l'aventure sera d'autant plus forte quand Tony prendra sa retraite. Je rêve d'être en Euroligue et de jouer contre Barcelone, le CSK Moscou ou Milan et que l'on soit ensemble.

Ce que l'on a vécu par exemple avec le titre de champion de France 2016, lorsque Tony était présent, c'était énorme. Je l'aurais vécu tout à fait différemment si j'avais été tout seul. Ce sont des émotions assez difficiles à décrire mais uniques surtout lorsqu'on les partage à plusieurs. Nous sommes basketteurs, chefs d'entreprise et on se retrouve champion de France avec un club le plus titré du l'Hexagone… C'est beaucoup d'émotions.

Ces rêves d'Europe passent par des performances sportives. Comment se structure le devenir de l'équipe par rapport au futur modèle économique ?

J'ai une vision assez claire sur ce point. Nous avons procédé par étape. Quand je suis entré au club, je l'ai pris comme mon entreprise. Si les gens nous voyaient rapidement champion de France, je leur disais : « attention, ça ne fonctionne pas comme ça. Ce n'est pas si simple que ça de bâtir une performance sportive ». Cela passe par du développement. La première année fut celle de la transition. J'ai découvert le club, j'avais mes idées… mais la réalité est autre chose entre ce que tu penses et ce qu'il est possible de réaliser. A trois ans je m'étais fixé de gagner un titre, il fallait être champion. Nous avions un projet qui repose sur deux pôles forts : l'économique sportif et le social sociétal. A un moment donné, si l'on ne gagne pas, on perd sa crédibilité. Nous avons été champion de France donc et finalistes de la Coupe de France, ce qui a crédibilisé justement notre parcours. A présent, nous avons atteint ces trois ans, avec le Trophée des Champions en poche, une finale de la Leaders Cup, et un quart de finale de Coupe d'Europe - ce qui n'était pas arrivé depuis onze ans- et nous entrons dans une nouvelle phase de trois à cinq ans où le projet du club doit arriver à maturité.

C'est à dire que l'on va entamer des projets structurants comme la Tony Parker Adequat Academy, notre future salle de basket et en parallèle, l'objectif est clairement d'intégrer l'Euroligue. Nous sommes bien positionnés pour l'intégrer l'année prochaine.

« Nous avons une salle pleine, il faut maintenant qu'elle vibre »

En termes d'organisation sportive, on se repose sur une identité forte de joueurs français. Nous avons par exemple signé Charles Kahudi pour 5 ans. Nous avons par ailleurs signé la plupart de nos joueurs pour des contrats de deux ans. Nous avons par-là récupéré l'Américain, John Robertson, MVP et champion de France avec l'Elan chalonnais. Nous avons gardé 6 joueurs sur 10 dans notre effectif. Et puis nous avons intégré trois jeunes : Amine Noua (sélectionné en équipe de France) de Vénissieux, Sofiane Briki dont les parents habitent près de l'Astroballe et Théo Maledon (16 ans). On développe ainsi le potentiel de jeunes prospects, on leur donne leur chance et ça valide le fait d'avoir une académie et son modèle économique associé.

De l'autre côté on affiche une identité forte avec des joueurs français d'expérience où le public peut s'identifier et puis on complète l'effectif avec des joueurs américains qui sont très référencés ou comme David Lighty, très aimés du public, qui possède une double culture et qui parle français ce qui permet de bien identifier le club.

L'idée à terme, c'est de se dire : on ne veut pas le chambouler tous les ans. On veut y ajouter quelques pièces du puzzle, en fonction de l'évolution de notre budget. Nous sommes aujourd'hui à 8,3 M€ et nous envisageons de le passer à 10 M€ sous deux ans. Nous aimerions dans cette perspective, avoir un ou deux joueurs français référencés qui viennent sur des contrats longue-durée. Pour les joueurs américain, c'est aussi la volonté de les confirmer, je pense notamment à John Robertson qui pour certains est le nouveau « Delaney Rudd ». Cet engouement est positif. Nous avons une salle pleine, mais il faut maintenant qu'elle vibre. Dans une ville, pas si simple à faire bouger, le public lyonnais répond présent et il faut le motiver grâce à une équipe compétitive. Il est donc nécessaire de joue la carte de la continuité. En ce qui concerne le cap de l'Euroligue, il faudrait pouvoir garder les joueurs français partis à l'étranger pour jouer ce championnat.

Comment s'intègre justement la future Arena dans votre modèle de développement ?

Le fait d'évoluer avec un outil tel que la future Arena encore plus performant, est de nature à accueillir encore plus de monde, c'est à dire passer de 5600 spectateurs à 8000 ou 10 000. C'est aussi un moyen d'offrir un service et un accueil encore plus performants. L'idée est aussi de rester à proximité de l'Astroballe pour fidéliser notre public. Nous sommes aujourd'hui à 1 100 abonnés grands public et 2 000 avec les grands partenaires. Nous sommes à 98 % de taux de remplissage. Quand on va passer à l'échelon supérieur, il va falloir travailler pour développer cette base solide. Cela passe donc obligatoirement par un outil plus performant.

La Tony Parker Adequat Academy est également un élément structurant fort pour le club. Elle va nous permettre d'aller chercher les meilleurs joueurs européens, et peut-être nous offrir la possibilité de réaliser des opérations de trading. C'est aussi la possibilité d'avoir des joueurs à moindre coût qui puissent intégrer l'équipe professionnelle. Prenons l'exemple de Nando De Colo qui a 29 ans et qui coûte 3 millions d'euros. Il en coûtait 3 000 à 20 ans. Pendant un temps ce type de joueur formé chez nous pourrait jouer au club, et puis, s'il est assez talentueux comme c'est le cas pour lui, d'aller en NBA, c'est tant mieux pour lui et nous serons ravis. Il partira moyennant finances et nous aurons permis au club de se développer.

Au-delà de ce que l'Academy va amener, c'est à dire des joueurs professionnels, nous proposons à ceux qui ne passent pas le cap de trouver un job. Car la statistique est sans appel : sur 100 joueurs intégrant la formation, seuls 5 feront une carrière pro. Nous essayons donc de développer un concept fort, unique et innovant à travers le sport, l'employabilité et le développement économique.

Peut-on imaginer à la création d'une fondation à l'Asvel dans ce cadre de l'insertion par le sport ?

On en discute beaucoup. On a déjà une association qui se nomme Asvel Citoyen qui est organisée autour de trois concepts : Asvel Care, Asvel Handicap et Asvel Green week. Maintenant, l'objet de la fondation se pose, je l'étudie fortement. A terme, c'est vers ce type de structure que nous allons nous orienter. C'est un sujet fort et sensible qui nous tient à cœur, tout autant que notre projet sportif.

La gestion de la communication reste aussi un élément fort dans la construction et l'avenir du club. Des restructurations ont été réalisées en la matière récemment. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Aujourd'hui Infinity Nine Media est la structure par laquelle nous communiquons. En interne, nous avons aussi de beaux projets de développement de la communication et d'image. La communication est d'autant plus stratégique que l'Euroligue est très exigeante sur cet aspect. Nous nous y préparons donc.

En quoi le projet Euroligue est-il si important, au-delà de l'aspect purement sportif ?

Intégrer l'Euroligue c'est entrer dans une ligue privée, aux côtés des 16 meilleures équipes européennes. C'est notre objectif depuis le début.

A travers cette ambition, nous avons réussi à porter un projet de territoire à l'échelon métropolitain et régional. Quand le président de l'Euroligue, Jordi Bertomeu, s'est déplacé à Lyon, il y a quelques semaines, il s'est aperçu de l'union qui se faisait autour de notre projet.

J'ai accueilli ici le maire de Villeurbanne, le maire de lyon, le président de la Métropole et les élus régionaux. Ce travail est important et est porté par un groupement d'élus qui positionnent clairement le club. L'Euroligue c'est les 16 plus grandes métropoles européennes et le fait de positionner la ville de Villeurbanne et de Lyon, la métropole de Lyon et plus largement la région, dépasse la guerre de clocher qui animait jusqu'alors les deux municipalités sur le positionnement géographique du club. Le sujet est global. Je suis ravi de constater que les politiques ont su embrasser notre projet. C'est l'union sacrée et il n'y a finalement pas de place pour parler d'une politique de gauche, du centre ou de droite.

Jordi Bertomeu, m'a même confié : « ce que vous mettez en place à travers l'Academy, et plus largement à travers ce projet global est assez unique en Europe ». Je suis ravi de cela, et puis le fait d'avoir deux porte-drapeaux comme Nicolas Batum et Tony Parker donne encore plus de poids à notre dossier. Je suis confiant.

Dates clés

2016 : Champion de France de Pro A

2014 : nommé président délégué de l'Asvel Lyon-Villeurbanne

2009 : Création de GM Sports Consulting

2000 : champion d'Europe junior de basket




Julien THIBERT
Journaliste

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