AccueilGrand témoinGaël Perdriau : Saint-Etienne, du « Far West » au centre du territoire régional

Gaël Perdriau : Saint-Etienne, du « Far West » au centre du territoire régional

Gaël Perdriau : Saint-Etienne, du « Far West » au centre du territoire régional

ActualitéGrand témoin Publié le ,

Quel regard portiez-vous sur l’Auvergne avant la création de la nouvelle région Auvergne-Rhône-Alpes ?

J’avoue que je connaissais mal la réalité économique de l’Auvergne. J’avais l’image d’une région plutôt rurale, avec une entreprise industrielle emblématique comme porte-étendard, en l’occurrence Michelin à Clermont-Ferrand. A mes yeux, c’était surtout un territoire où l’on trouvait une qualité de vie indéniable, mais je ne percevais pas alors tout le dynamisme qu’il y a en Auvergne.

Votre regard a-t-il changé depuis que le projet de nouvelle région a été initié ?

Non, mon regard a changé avant cela. Le déclic a eu lieu après les élections municipales de 2014, lorsque j’ai été élu maire de Saint-Etienne. J’ai rapidement rencontré Olivier Bianchi, lui aussi nouvellement élu maire de Clermont-Ferrand, et nous avons appris à nous connaître. Quelques séances de travail nous ont surtout permis de découvrir les potentiels réels de nos territoires respectifs.

La proximité géographique, puisque Saint-Etienne est la grande ville de Rhône-Alpes la plus proche de Clermont-Ferrand, n’a-t-elle pas créé un lien particulier entre les deux villes ?

Je suis parti du même constat que vous, en me disant que la relation devait être assez naturelle entre les deux territoires. Mais, à ma grande surprise et à celle d’Olivier Bianchi également, nous avons constaté que nos prédécesseurs n’avaient jamais noué de relation particulière. Ils nous a pourtant semblé que cette proximité, non seulement géographique mais aussi économique et sociale, car nous sommes deux villes au passé industriel, pouvait créer un lien fort. C’est d’autant plus vrai que nous avons des points communs tous les deux : nous sommes de la même génération, tous deux assez ouverts politiquement et avec un intérêt partagé pour la culture. Nous en avons donc conclu qu’il serait judicieux de travailler ensemble.

Comment cette conviction s’est-elle traduite dans les faits ?

Tout est allé assez vite. Sitôt après les élections, Olivier Bianchi est venu à Saint-Etienne pour le week-end de la Fête du Livre, au mois d’octobre 2014. A cette occasion, nous avons organisé une première journée de travail en commun, pour voir quelles collaborations il serait possible de mettre en place. Nous avons poursuivi ces discussions dans les mois qui ont suivi, et désormais nous échangeons régulièrement. Nous avons notamment avancé sur le dossier French Tech, ou encore sur la Biennale du design. Olivier Bianchi a été immédiatement très intéressé par ce sujet et il m’a sollicité pour que Clermont-Ferrand, par l’intermédiaire de Michelin, soit intégré au programme en 2017, qui a pour thème les mutations du travail. Nous avons naturellement trouvé rapidement un terrain d’entente. En fait, toutes les coopérations qui n’existaient pas précédemment ont ainsi été initiées. Nous avons également proposé à Gérard Collomb que Clermont-Ferrand intègre le réseau des villes-centres de Rhône-Alpes Auvergne pour anticiper le cadre de la nouvelle région.

« Nous étions le Far West de Rhône-Alpes, nous sommes aujourd’hui au centre du territoire régional »

Plus précisément, quelle était la nature de vos échanges sur le dossier French Tech ?

A l’époque du dépôt des candidatures, la chambre de commerce d’Auvergne et le maire de Clermont-Ferrand considéraient qu’ils avaient du retard sur ce sujet et qu’ils n’étaient pas en mesure de déposer un dossier. Grâce à la qualité des contacts que nous avions noués, j’ai obtenu le soutien d’Olivier Bianchi, qui a appuyé notre propre candidature French Tech, avec des engagements de coopération, comme nous l’avions fait par ailleurs avec la Ville de Valence. Au final, suite à la deuxième vague de candidatures qui date de juillet 2016, la ville de Clermont-Ferrand a pu intégrer le réseau des villes numériques sur la base des coopérations que nous avions déjà entamées.

Avez-vous le sentiment que vous pouvez, en tant que maire de Saint-Etienne, jouer un rôle moteur dans l’intégration harmonieuse de Clermont-Ferrand dans le nouvel ensemble régional ?

Saint-Etienne étant à équidistance de Lyon et de Clermont-Ferrand, c’est une posture presque naturelle. Mais cette dimension géographique serait sans effet s’il n’y avait pas avant tout une réelle volonté des élus de travailler ensemble. Je peux vous assurer que, même sans la création de la nouvelle région, il y aurait eu ces coopérations. Je suis convaincu que ce sont les hommes qui ont les clés. Entre Olivier Bianchi, Gérard Collomb et moi-même il y a de bonnes relations, ce qui fait que nous arrivons à bien travailler ensemble tous les trois.

La nouvelle région va-t-elle cependant renforcer les relations entre Saint-Etienne et Clermont-Ferrand ?

Oui, nos relations vont forcément s’intensifier dans le cadre de cette nouvelle région, ce qui nous permettra d’aller vers plus de cohérence et de mettre en place des politiques plus rationnelles et plus efficaces. Dans le domaine économique, et notamment sur la thématique des questions agricoles, certains dispositifs appliqués par la région Auvergne étaient différents de ceux appliqués par la région Rhône-Alpes, alors que la Loire et la Haute-Loire sont voisines. Quand on sait qu’il n’y a que 20 kilomètres entre Monistrol et Firminy, on se dit que cette situation n’est pas logique.

Le cadre de la nouvelle région pourrait également renforcer la position centrale qu’occupe désormais votre ville, alors qu’elle était jusque-là un peu excentrée sur la carte de Rhône-Alpes…

Oui et nous en constatons d’ailleurs déjà les effets sur le terrain. Beaucoup d’entreprises ou d’administrations, qui avaient des directions régionales à Clermont-Ferrand et à Lyon, se restructurent pour s’adapter à la nouvelle situation ; Saint-Etienne étant au centre de cet axe, de nombreuses réunions se déroulent maintenant chez nous, parce que c’est à mi-chemin. Nous étions le Far West de Rhône-Alpes et nous sommes aujourd’hui au centre du territoire régional. C’est incontestablement un atout pour notre ville.

« L’A45 est un atout incontestable pour assurer le désenclavement de la Haute-Loire »

L’A45 est essentielle pour la liaison entre Lyon et Saint-Etienne, mais n’est-elle pas aussi très importante pour les Clermontois ?

Pas forcément pour les acteurs économiques clermontois, qui bénéficient déjà de l’A89 pour aller de Lyon à Clermont-Ferrand, mais pour l’Auvergne en général, et pour la Haute-Loire notamment, c’est une évidence. Car aujourd’hui pour les villes de ce département, le seul moyen de rallier Lyon passe par Saint-Etienne ; il n’y a pas d’autre choix. L’A45 est donc un atout incontestable pour assurer le désenclavement de la Haute-Loire. C’est un département très dynamique, avec de belles entreprises industrielles, qui pourraient être encore plus performantes si elles bénéficiaient d’une meilleure liaison avec Lyon. Laurent Wauquiez, le président du conseil régional, l’a d’ailleurs bien compris et n’a pas tardé à annoncer que la Région s’engagerait avec nous sur ce dossier. Ceci étant dit, en matière d’infrastructures de transport, et notamment ferroviaire, nous travaillons en collaboration avec nos amis auvergnats sur d’autres dossiers. Nous avons notamment des intérêts communs sur le dossier du POCL (NDLR : Paris - Orléans - Clermont-Ferrand - Lyon, une nouvelle ligne à grande vitesse de plus de 500 km et l'amélioration du réseau existant sur près de 800 km), que je suis avec une attention toute particulière. Il mettrait Saint-Etienne à 2 h 15 de Paris contre 2 h 40 actuellement.

Le développement de ces nouvelles coopérations entre Saint-Etienne et Clermont-Ferrand ne s’apparente-t-il pas à la création d’une entité concurrente de Lyon ?

Pas du tout, et j’ai toujours été parfaitement clair sur ce point depuis mon élection. Il y a deux façons de voir les choses : soit on se dit que Lyon est une concurrente contre laquelle il faut lutter, soit on se dit que la dynamique lyonnaise a vocation à rayonner sur un territoire beaucoup plus vaste que celui de la Métropole de Lyon et que cela peut nous être profitable. Soyons sérieux, on ne joue pas à armes égales. Lyon est la 2e ville de France alors que nous ne sommes que la 14e. Lorsque j’ai été élu, j’ai sollicité Gérard Collomb car je voulais lui exposer notre projet de passage en Métropole. Non seulement il n’a rien fait pour m’en dissuader, mais il m’a au contraire assuré de son soutien, y compris en écrivant un courrier à destination du Premier ministre. C’est un geste fort. Il est évident que nos agglomérations représentent une complémentarité et une force. La concurrence se situe avec d’autres grandes agglomérations françaises, voire avec de grandes capitales européennes. Cette conviction m’a poussé à faire adhérer Saint-Etienne Métropole à l’Aderly. Cela fait d’ailleurs très longtemps que cette décision aurait dû être prise. Je le répète et j’insiste : la dynamique lyonnaise existe et c’est tant mieux, car elle nous porte aussi.

Dans quels domaines cette forme d’union sacrée pourrait-elle profiter à Saint-Etienne, mais aussi à Clermont-Ferrand demain ?

Mais c’est déjà le cas. J’en veux pour preuve les contacts que nous avons pu nouer sur le SIMI (Salon de l’immobilier d’entreprises), où nous partageons un stand avec la Métropole de Lyon. Nous avons fait émerger plusieurs dossiers avec des groupes immobiliers qui ne seraient peut-être pas venus à notre rencontre si nous avions été isolés. En tout cas, nous étions déjà présents sur le SIMI auparavant et ils n’étaient pas venus nous voir jusque-là. De la même façon, nous avons une trentaine de dossiers d’implantation qui sont étudiés conjointement par les services de Saint-Etienne Métropole et de l’Aderly, ce qui représente un volume tout a fait remarquable si l’on se réfère à ce qui s’est passé à Saint-Etienne au cours des périodes précédentes. Enfin, c’est aussi une réalité au niveau de l’enseignement supérieur. La Communauté d’universités et d’établissements Lyon Saint-Etienne existe et elle est présidée par le Stéphanois Khaled Bouabdallah. Dans le même temps, l’ENISE est en train de se rapprocher de l’Ecole Centrale de Lyon ; l’Ecole des Mines de Saint-Etienne fait de même avec une école d’ingénieurs de Lyon… Ces coopérations ne sont plus des projets mais une réalité.

Ses dates clés

2014

Elu maire de Saint-Etienne

2002

Membre du Parti Républicain depuis 1996, il adhère à l’UMP

1995

Elu au conseil municipal de Saint-Etienne

1992

Entre à l’Ecole supérieure de commerce de Saint-Etienne

1972

Naissance à Cholet (Maine-et-Loire)

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