Futur antérieur

Parce que la mémoire est une sentinelle de l’esprit, on se remémore, à l’heure où s’ouvre en Allemagne le procès d’Oskar Gröning, celui, il y a près de trente ans, de Klaus Barbie, le premier à devoir répondre devant une cour d’assises de crimes contre l’humanité.

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Surnommé « le boucher de Lyon », le chef de la Gestapo avait connu la sentence maximale - une condamnation à la prison à perpétuité -, puisque sa culpabilité avait été confirmée, notamment dans l’arrestation de 44 enfants juifs et de 7 adultes de la maison d’Izieu et leur déportation à Auschwitz.

Outre-Rhin, Oskar Gröning, âgé de 93 ans, doit expliquer ses actes et son rôle dans ce camp emblématique de la solution finale. Le vieillard cacochyme, qui tend à minimiser son implication, se présentant comme une simple radicelle de la plante mortifère nazi, se définit comme un « pauvre petit sous-officier ». Il n’empêche, le comptable d’Auschwitz a associé son nom à celui de quelque 300 000 hommes et femmes, exterminés entre mai et juillet 1944 au cours de l’opération « Hongrie ». Les rares survivants ont effectué courageusement le déplacement jusqu’au tribunal de Lunebourg, en Basse-Saxe, pour témoigner sur l’indicible, croiser leur regard avec l’un de leurs bourreaux et scander, dans un effort où leur état de santé fébrile le dispute à une féroce pugnacité, « plus jamais ça ». Foin d’hâblerie, l’accusé a admis sa « faute morale », sollicitant un pardon que certains rescapés lui ont accordé. A l’instar d’Eva Kor. Petite dame pour grandeur d’âme.

De commémorations, il en est largement question cette semaine. En point d’orgue, celle du centenaire du génocide arménien, avec, en Rhône-Alpes, moult rendez-vous de recueillement, notamment à Vaulx-en-Velin, à Villeurbanne et bien sûr à Lyon, théâtre d’un office religieux en l’église apostolique arménienne et d’un dépôt de gerbe devant le mémorial de la place Antonin-Poncet, dont on se souvient que l’une des colonnes a été taguée et vandalisée fin mars. A la douleur prégnante des familles des victimes, s’oppose, encore et toujours, le négationnisme étatique turc, telle une plaie ouverte que le temps lui-même ne parvient pas à cicatriser, nonobstant son pouvoir cathartique pourtant avéré. L’éradication quasi industrielle d’1,5 million d’Arméniens est terrible. Mais pour la communauté arménienne, ce silence, lourd, pesant, obsédant et insondable, l’est tout autant. Comme une seconde mort en quelque sorte…

Sans être exhaustif, impossible d’occulter, dans cette litanie de célébrations, la Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation, programmée ce dimanche 26 avril, ou la manifestation, menée en particulier par Rhône-Alpes sans nucléaire, rappelant la catastrophe de Tchernobyl du 26 avril 1986. A l’époque, l’accident survenu en terre soviétique avait été classé au niveau 7, soit le plus élevé, sur l’échelle internationale des événements nucléaires. Et l’on n’oublie pas son cortège de conséquences humaines certes, mais aussi sanitaires, écologiques et économiques.

Pour les co-organisateurs de la manifestation rhodanienne, il s’agit avant tout d’un réveil des consciences, alors que se profile, en fin d’année, à Paris, la 21e Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique. Avec l’objectif avoué d’aboutir à la signature d’un accord universel et contraignant afin d’impulser véritablement la transition vers des sociétés et des économies résilientes et sobres en carbone. Et surtout maintenir le réchauffement climatique mondial en-deçà de 2 °C.

Jeter un coup d’oeil dans le rétroviseur. Agir pour que la mémoire de la plupart des hommes ne soit pas, selon l’apophtegme cher à Marguerite Yourcenar, « un cimetière abandonné, où gisent sans honneurs des morts qu’ils ont cessé de chérir ». Si les souvenirs réchauffent de l’intérieur et ravivent la flamme du vivre ensemble, ils peuvent aussi consumer nos velléités de changement. Prenons garde donc à ce qu’ils n’entravent pas la marche en avant pour répondre aux défis environnementaux et sociétaux du futur.

L.O.

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