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Frédéric Maurel : « Il faut réhabiliter la finance »

le - - Grand témoin

Frédéric Maurel : « Il faut réhabiliter la finance »
© Michel Godet

Frédéric Maurel est le nouveau président de Lyon place financière et tertiaire (LPFT). Il succède à Jean-Pierre Lac pour les six prochaines années à la tête d'une association devenue une référence dans l'accompagnement de la transformation des entreprises en région. S'inscrivant dans la droite ligne de ses prédécesseurs, Frédéric Maurel, associé chez Mazars Auvergne-Rhône-Alpes, souhaite inscrire l'action de LPFT au plus proche des bassins économiques d'Auvergne Rhône-Alpes tout en instillant une dynamique internationale dans le développement de ses adhérents. La prochaine « biennale business et droit » qu'organise LPFT à Lyon le 22 novembre prochain sera l'occasion pour lui de débuter son mandat avec l'ambition de rapprocher le monde de l'économie et du droit au travers d'une démarche interprofessionnelle. Ou comment le dirigeant peut-il bénéficier d'une expertise groupée pour rendre son entreprise plus performante.

Vos motivations à devenir président ?

J'étais au bureau depuis un an. J'ai été sollicité par Jean-Pierre Lac qui cherchait un successeur évoluant dans le domaine du chiffre. J'ai donc effectué un an d'apprentissage pour découvrir la structure et son fonctionnement et aussi me faire connaître pour susciter une adhésion à ma candidature. Ce qui m'a plu d'abord c'est l'enjeu autour du maintien et du développement d'une place financière régionale forte à Lyon, et de l'intérêt de la faire vivre. A Lyon, il y a une vraie expertise avec des acteurs d'importance prêts à travailler ensemble. LPFT a donc du sens.

J'ai ensuite découvert une association conviviale avec une équipe motivée. Ses membres, adhérents et permanents (3 au total) trouvent ici une terre « d'humanisme » sans notion de concurrence mais plutôt de confraternité, où chacun apporte sa contribution autour de la cause que nous soutenons : l'accompagnement de l'entreprise.

Quels sont les axes de votre mandat ?

Je suis l'héritier de Jean-Pierre Lac et de Marcel Deruy, deux personnalités qui ont de l'énergie à revendre, de l'imagination et le service aux entreprises chevillé au corps. Reprendre le témoin n'est donc pas une mince affaire ! Par ailleurs, étant en activité, je n'aurais pas la même la même implication que mes prédécesseurs, c'est ce que j'ai présenté au conseil d'administration lorsque j'ai présenté ma feuille de route. Il me paraissait important que le président soit en activité pour connaître les évolutions de nos métiers marqués par des éléments disruptifs notamment au niveau de la data. Cela implique un nouveau modèle de gouvernance, plus resserré mais plus actif. LPFT doit être incarnée par ses adhérents mais également par sa gouvernance et son bureau. Chaque membre du bureau est chargé de conduire et développer des axes stratégiques.

Quelles sont les missions qui vous incombent ?

Je pars d'une analyse stratégique précieuse menée lors du précédent mandat en partenariat avec Algoé. L'objectif étant de redynamiser la stratégie de LPFT. Pendant 9 mois, notre partenaire a rencontré l'ensemble des membres du bureau et a animé des groupes de travail. Cela m'a permis d'avoir une base pour établir ma feuille de route.

Le premier axe tourne autour des territoires versus la métropole. Avec l'idée de diffuser nos études et recherches au plus près des entreprises de ces territoires. Bernard Buisson, qui pilote cet axe va fédérer des acteurs régionaux comme Crédit Agricole ou bpifrance pour créer un noyau dur dans des bassins économiques comme à Grenoble et Clermont-Ferrand qui puissent être le relais local de LPFT et fédérer de nouveaux adhérents. Il faut raisonner en bassin économique.

L'international est un autre axe stratégique. Il faut à la fois accompagner les entreprises dans leur développement hors des frontières, sans se substituer aux structures déjà existantes et construire aussi une image internationale de Lyon en tant que place financière et tertiaire qui n'existe pas. Dominique Takizawa, secrétaire générale de l'Institut Mérieux est en charge de cette mission.

Le développement des think tank doit être également relancé avec la création de groupes de travail, comme nous l'avons fait pour les Centre de services partagés (CSP) de la région. Guirec Penhoat, directeur général finance de Fiducial est en charge de ce groupe.

Dernier axe stratégique : la recherche. Notre région concentre 340 000 étudiants, 8 universités et 50 grandes écoles, donc une vraie richesse, qu'il faut mettre en lien avec le monde de l'entreprise au travers de thèmes comme la digitalisation ou la dématérialisation. Stéphane Martinot, directeur général de la Fondation pour l'Université de Lyon va mobiliser les ressources de l'enseignement supérieur sur cette thématique. Nous souhaiterions également créer un "meilleur mémoire de l'année" dans le domaine de la finance ainsi qu'une chaire liée à la finance et pourquoi pas même subventionner certains chercheurs sur des thématiques financières.

Est-ce à dire que la finance doit être réhabilitée ?

Le monde de la finance est à la recherche de talents. C'est une matière qui doit être mieux promue auprès des jeunes. Dans le cadre de la data et de la rationalisation des process, l'ensemble des secteurs de la finance va devoir ajuster ses effectifs et ses organisations. Il faut trouver des moyens pour montrer que la finance est un acteur incontournable et au service des entreprises. La finance est attractive dans certains secteur mais reste globalement méconnue.

Un mot sur la biennale "business et droit", sa thématique et ses ambitions ?

La biennale est une manifestation importante pour LPFT. Je souhaite d'ailleurs intégrer une dimension finance au-delà de celle du droit et du chiffre. Cette année, la loi Pacte sera au coeur des débats. Non pas à travers les aspects purement techniques et ses impacts sur chaque profession réglementée, mais via l'interprofession et ses effets sur le monde de l'entreprise. Comment s'y retrouve-t-elle et quelle sont ses propres besoins.
Il s'agit de la 5e édition qui confronte les métiers du droit face à l'entreprise. Nous avons voulu orienter cette manifestation sur l'utilisateur entreprise. Il y aura un premier temps fort avec une réflexion stratégique pour les acteurs du droit et du chiffres pour imaginer des rapprochements. Nous communiquerons les résultats d'une enquête que nous avons diligentée auprès de DAF et de directeurs juridiques en leur demandant leurs attentes en matière de conseils et quelle serait la pertinence d'un guichet unique. Une autre partie sera consacrée à la mise en place et au fonctionnement de ces structures. Jean-Michel Darrois (Ndlr : avocat d'affaires) sera notre grand témoin et rebondira sur ce qu'il nomme dans son rapport éponyme, « la grande profession du droit ». L'enjeu est de faire vivre en commun des professions dont les professionnels sont de grandes personnalités. Rassembler des notaires, des experts-comptables, des avocats ou des huissiers de justice qui ont tous une vision libérale de leur exercice, une notion d'indépendance reste un challenge pour définir un projet commun. Il faut aussi poser aussi la question de la manière dont on se répartit les fruits de cette mise en commun, de cette interprofession ou chacun à une vision très forte de sa contribution au projet commun.
Nos professions devront être ouvertes aussi à l'international, à la fois pour accompagner leur client sur des marchés étrangers, mais également des entreprises étrangères qui souhaitent s'implanter en France.

Un mot sur l'état du financement des entreprises notamment par le biais des fonds d'investissement ?

C'est un vrai sujet, d'ailleurs nous avons un groupe de travail qui travaille sur la question des fonds en région. Il existe une cinquantaine de fonds d'investissement « régionaux » en Auvergne- Rhône-Alpes avec une centaines d'entreprises cotées, des banques et des marketplace actives. Le défi est de faciliter l'accès à cette offre aux entreprises. Pour cela il faut bien identifier la problématique de l'entreprise et du dirigeant en lui apportant la meilleure solution possible.

Le parcours boursier pas assez emprunté selon vous ?

L'introduction en Bourse est en panne. On pressent que le marché est de plus en plus réservé aux grandes entreprises, avec des réglementations et des contraintes de plus en plus fortes. Les seules cotations continuent leur progression concernant les biotech et nouvelles technologies. Le marché boursier tant à se resserrer mais il doit se réinventer et trouver des formes d'accès aux marchés plus simples. Il existe bien sûr Euronext Growth qui est une réponse qui évite par exemple les IFRS (Ndlr : référentiel comptable applicable aux sociétés cotées) ou la publication des comptes semestriels. Mais il faut aller plus loin pour les PME et ETI.

Quelle est finalement la nécessité de maintenir des places financières régionales ?

C'est la question que je m'étais justement posé quand on m'a proposé de postuler à la présidence de LPFT. Une telle structure permet déjà de positionner Auvergne-Rhône-Alpes comme une grande région, avec un PIB équivalent à des pays comme le Danemark, l'Irlande ou encore à la Finlande. C'est une puissance économique qui concentre 8 millions d'habitants et de nombreuses compétences. A partir de ce constat, il y'a du sens ce que les acteurs financiers qui y sont présents se rassemblent. Il faut promouvoir ces compétences auprès des entreprises.

Ses dates clés

2019 : Devient président de Lyon place financière et tertiaire

1993 : Intègre le groupe Mazars

1990 : Diplômé en expertise comptable et en commissariat aux comptes

1985 : Débute sa carrière comme auditeur chez Coopers & Lybrand (devenu PwC)




Julien THIBERT
Journaliste

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