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François Théoleyre (DMI Associates) : une expertise privée au service des politiques publiques

Publié le - - Grand témoin

François Théoleyre (DMI Associates) : une expertise privée au service des politiques publiques
Marine-Agathe GONARD

Ce fils d'officier de marine, appelé à suivre une voie royale vers la haute fonction publique, a fini par sortir des chemins balisés pour créer sa propre entreprise. Spécialiste du conseil en politiques publiques, il est aujourd'hui internationalement reconnu et conduit au travers de DMI Associates, sa société, des missions dans plus de 70 pays. Installé dans la capitale des Gaules depuis un peu plus de 20 ans, ce Lyonnais d'adoption ne fréquente aucun cercle local et ne ressent aucunement le besoin de se faire connaître entre Rhône et Saône. Discret par nature, il est pourtant l'un des rares décideurs de la région dont le travail quotidien impacte la vie économique de plusieurs centaines de millions de personnes dans le monde entier.

Comment est né DMI Associates et pourquoi avez-vous choisi de l'installer à Lyon, alors que cette société est exclusivement centrée sur des problématiques internationales ?

Notre présence à Lyon est le fruit d'un concours de circonstances. Je suis Toulonnais et j'ai fait l'intégralité de ma carrière à l'international ; je n'étais donc pas programmé pour m'installer dans cette ville. Mais mon épouse est magistrat et adorait Lyon. Lorsque nous avons fait le choix de quitter Genève, elle a décidé de reprendre une activité et le premier poste qu'elle a trouvé était à la cour d'appel de Lyon ; voilà pourquoi DMI a pris ses quartiers dans la Presqu'île. En toute logique, l'entreprise devrait être basée soit à Bruxelles, soit à Washington, soit à Manille, les trois villes où sont installés les grands bailleurs de fonds internationaux. Ceci étant dit, nous pouvons répondre à leurs appels d'offres depuis Lyon. Et de toute façon, le cœur de notre activité se déplace au gré des missions que nous réalisons à travers la planète.

Justement, comment résumer, en quelques mots, l'activité de DMI Associates ?

Notre activité est très particulière. Elle se situe à la frontière entre le business, la diplomatie et le conseil. Nous sommes spécialisés dans le renforcement des capacités institutionnelles des pays en transition et des pays en voie de développement. Nous intervenons suite aux appels d'offres lancés par les grands bailleurs de fonds que sont la Banque Mondiale, la Commission européenne et la Banque Asiatique de Développement. Nous opérons pour leur compte en mettant en œuvre des projets d'assistance technique. Depuis 1998, année de sa création, DMI a conduit plus de 300 missions dans plus de 70 pays. Mais j'insiste sur ce point : DMI est une société indépendante vis-à-vis des bailleurs de fonds et des bénéficiaires. Sur les plans politique, économique, idéologique et confessionnel, l'entreprise revendique de travailler en totale objectivité. Nous prônons une intégrité intellectuelle en toutes circonstances et une transparence totale dans l'accomplissement des missions qui nous sont confiées.

« Entre le business, la diplomatie et le conseil »

Comment en êtes-vous arrivé à intervenir sur ce champ très particulier ?

Je n'étais effectivement pas formé pour cela à l'origine. Mais au cours de mon passage à la Maison de l'Amérique Latine, qui a duré trois ans, j'ai été chargé de créer le centre d'affaires. C'est ainsi que je suis entré en contact avec les milieux d'affaires officiels chinois et que j'ai commencé à travailler sur le développement du business entre les entreprises françaises et la Chine. Néanmoins, c'est lors de mon expérience professionnelle suivante, quand j'ai intégré le Centre du commerce international (ITC), que ma vie professionnelle a basculé. C'est là-bas que j'ai réellement appris mon métier. L'ITC est une entité des Nations Unies, filiale du GATT à l'époque [Ndlr : devenu l'OMC aujourd'hui] et de la CNUCED. Ma première mission devait me conduire en Chine. Mais suite aux événements de la place Tienanmen, toutes les opérations vers ce pays ont été mises en sommeil. Je me suis alors retrouvé conseiller technique du ministre du Commerce à Abidjan. J'y suis resté quatre ans et je peux réellement dire que le développement des activités de DMI est issu de cette expérience. C'est là-bas que j'ai commencé à comprendre l'international, à maitriser les jeux de pouvoir entre les états.

Comment êtes-vous passé du Centre de commerce international, bras armé des Nations Unies, à une société privée ?

Lorsque je suis rentré à Genève après quatre années à Abidjan, j'ai eu le sentiment de m'ennuyer. J'avais besoin d'être sur le terrain et les choses se sont précipitées. J'ai fini par travailler avec une société de conseil danoise, qui souhaitait développer la filière agroalimentaire, et notamment laitière, entre l'Europe et la Chine. Ils m'ont confié une mission et c'est à ce moment-là que j'ai décidé de créer DMI.

Concrètement, quels sont les métiers de DMI Associates ? Le renforcement des capacités institutionnelles des pays en transition et des pays en voie de développement, qui est au cœur de votre activité, semble constituer un champ d'intervention très vaste…

A l'origine, le métier historique de la société, ce sont les politiques commerciales. Je dis bien les politiques commerciales, car nous ne faisons pas du tout la promotion du commerce d'un pays. Concrètement, ces politiques commerciales comprennent les relations entre les Etats, entre les Etats et un groupe d'Etats comme l'Union européenne par exemple… Il s'agit donc aussi bien de relations bilatérales que multilatérales. Dans ce cadre, DMI décline des prestations de conseil auprès de gouvernements qui veulent, par exemple, adhérer à l'OMC, ou qui ont besoin d'améliorer une zone de libre-échange, ou bien qui veulent mieux utiliser les accords qu'ils ont signés… Par manque d'expérience et d'expertise, ils ne parviennent pas toujours à maximiser les effets positifs de ces contrats.

De quelle manière une société privée peut-elle apporter une aide à un état qui souhaite adhérer à l'OMC ?

En lui donnant les clés pour maitriser les règles de l'OMC. Nous aidons notamment les états à rendre leur législation conforme aux exigences de ce « club » très structuré. Les nouveaux candidats doivent démontrer qu'ils sont dotés d'un appareil économique et légal qui leur permettra de respecter les mêmes règles du jeu que les autres. Ce premier volet de notre action est à la base du développement historique de DMI et reste encore notre cœur de métier. Ainsi, nous aidons actuellement l'Éthiopie à accéder à l'OMC.

Quels sont vos autres métiers ?

Le deuxième métier que nous développons tourne autour des compétences que nous avons acquises dans le domaine de la gouvernance. Dans ce cadre, DMI s'intéresse aux questions de justice et de système pénitentiaire. Nous sommes tombés sur ce sujet un peu par hasard, lorsqu'un jeune diplômé de Sciences Po, qui travaillait avec nous, a répondu à un appel d'offres sur la réforme du système pénitentiaire de la Géorgie. Il a remporté cet appel d'offres, alors que nous n'avions pas de référence dans ce domaine, parce que la Commission européenne commençait simplement à plancher sur des projets centrés sur la réforme pénitentiaire. Aujourd'hui les choses ont bien changé. Nous avons donc potassé le sujet et nous avons finalement acquis un socle de compétences, qui nous a permis de développer une nouvelle spécialité.

Que signifie organiser un système pénitentiaire ?

Cela peut sembler étonnant, mais faire rentrer quelqu'un dans une cellule nécessite de suivre toute une procédure. Donc, organiser un système pénitentiaire consiste avant tout à mettre en œuvre des process autour du parcours du prisonnier, de la réinsertion, de la formation des personnels, de l'écriture des procédures… Cet aspect de notre travail nous a amenés en Algérie. Nous avons travaillé avec plusieurs sociétés intégrées dans un consortium autour de ce projet de restructuration du système pénitentiaire. Nous sommes également intervenus en Irak, avec des réponses à deux appels d'offres. Un premier financé par l'Espagne et un second par l'Unicef. Le premier portait sur la stratégie de réforme du système pénitentiaire. Il s'agissait d'imaginer le système pénitentiaire du futur, alors que le pays était encore en pleine guerre. On nous a demandé de revoir toute la législation. Cela a représenté un travail énorme, car nous avons fait face à un empilement de vieux textes d'inspiration française et américaine. Nous avions pour mission de faire des propositions, pour nettoyer et simplifier tout cela. Le deuxième appel d'offres, plus petit, tournait autour de la question des enfants en contact avec la loi après avoir « caillassé » des véhicules militaires américains.

Dans ce domaine de la gouvernance, votre travail tourne exclusivement sur le système pénitentiaire ?

Non, nous rentrons plus généralement dans la réforme de l'administration civile. Là encore il s'agit de simplifier, fluidifier et améliorer les process. Actuellement, nous faisons cela au Maroc. Dans ce pays, nous travaillons sur un projet de réforme de l'administration civile et sur un projet d'introduction d'un suivi des prisonniers au sein des établissements pénitentiaires du royaume. A chaque fois, nous faisons un travail d'audit dans un premier temps, puis nous regardons ce qui peut être amélioré et nous faisons des propositions.

Algérie, Irak, Maroc… Vous n'intervenez jamais en France ?

DMI n'est intervenu en France que deux fois en vingt ans. La première fois, il s'agissait de réaliser une analyse des aides que donnait l'Etat aux entreprises exportatrices dans le domaine des matériaux de construction. Le second dossier portait sur un travail d'analyse du problème du genre au sein de la mairie de Villeurbanne. Nous avons également mené à bien deux projets pour Interpol, donc en France, mais qui ne concernaient pas la France à proprement parler.

Politiques commerciales, gouvernance… Quels sont les autres métiers de DMI Associates ?

Il y a tout ce qui tourne autour de l'amélioration du climat des affaires et de l'émergence du secteur privé, dans des pays où il est encore absent ou embryonnaire. L'OMC est toujours très attentive à ce type de dossier. C'est une institution qui a beaucoup œuvré en faveur de l'amélioration du climat des affaires, notamment en incitant les pays à se doter de règles sur la propriété intellectuelle, sur la création d'entreprises… Nous intervenons en conseil et comme toujours en réponse à des appels d'offres. Notre approche client est finalement assez simple, puisque nous n'avons qu'à répondre à des appels d'offres. Ce qui nécessite en revanche une veille très fine sur tous les sujets auxquels nous pouvons être confrontés et sur la façon dont ils sont traités par les grands bailleurs de fonds. Ce qui nécessite, également, de nous documenter sur ces sujets, de les repérer assez vite, avant que l'appel d'offres soit ouvert. Il est essentiel d'aller sur le terrain en amont, pour apporter une proposition de réponse en rapport avec la réalité de chaque pays. La sélection se fait toujours en fonction de la pertinence de notre candidature et des références que nous présentons.

Sur quels critères les bailleurs de fonds retiennent-ils les candidats ?

Il y a toujours des critères très précis dans les appels d'offres des bailleurs de fonds, qui pré-qualifient les conseils habilités à répondre. Il faut, par exemple, avoir réalisé au moins trois missions de plus de tant de millions d'euros sur tel sujet et dans tel pays. En fait, il y a toujours une combinaison de critères, ce qui fait qu'une société peut rarement être pré-qualifiée toute seule. Nous passons donc notre temps à créer des consortiums.

Enfin, nous développons un dernier métier, qui est centré sur l'évaluation des politiques publiques. Comme nous savons les fabriquer, nous sommes également en mesure de les évaluer. Nous avons fait un gros travail de formation pour cela et, surtout, pendant très longtemps nous avons fait le monitoring des projets de la Commission européenne. Nous avons planché sur tous les projets en Afrique, tous les projets en Asie… Tout notre personnel est allé à cette école, qui consiste à se rendre sur le terrain et à faire du monitoring pour le compte de la Commission européenne. Ce qui a permis à chacun d'apprendre son métier d'évaluateur. Ceci dit, tous ont une culture de base qui leur permet d'aborder ces sujets avec un minimum de compréhension. Nous recrutons nos experts dans le monde entier, car il nous faut des expertises qui correspondent aux besoins des pays où nous intervenons et à leur langue. Actuellement, nous sommes présents dans une douzaine de pays et territoires : Ukraine, Japon, Amérique centrale, Algérie, Tunisie, Azerbaïdjan, Afrique de l'Ouest, Égypte, Éthiopie, pays du Golfe, Moldavie.

Combien de personnes mobilisez-vous pour assurer ce travail à travers la planète ?

Nous avons entre 15 et 20 personnes à Lyon en permanence. Ils font de la gestion de projets et, surtout, ils constituent notre fer de lance pour répondre aux appels d'offres. Ils sont basés ici et se rendent sur le terrain uniquement pour être en mesure de fournir des réponses pertinentes aux appels d'offres. En revanche, ils n'y vont pas en tant qu'expert. Ensuite nous avons un consultant permanent en Irlande et un autre à l'AFD (Agence française pour le développement). Enfin, nous travaillons avec une société grecque, que nous contrôlons, mais qui n'est pas officiellement rattachée à DMI pour le moment. Nous envisageons de le faire, mais cela signifie qu'elle devra calquer son fonctionnement sur le nôtre, donc adopter la même rigueur que nous. Enfin, nous avons une centaine d'experts disséminés dans le monde entier. Ils sont recrutés à la mission. Ce sont donc des indépendants, mais certains d'entre eux travaillent avec nous depuis plus de 10 ans et passent d'une mission à l'autre. Nous sommes ainsi restés pendant 10 ans au Kazakhstan, avec une équipe installée sur place en permanence pour mener à bien tous les projets.

« Une centaine d'experts disséminés dans le monde entier »

Vous développez vos activités sur toute la planète sans exception ?

Nous sommes en mesure d'intervenir partout. Cependant, dans les faits nous travaillons très peu en Afrique, même si nous avons engagé un gros projet en Éthiopie récemment, et nous sommes également peu présents en Amérique Latine. Nous n'avons pas les compétences linguistiques en interne et nous n'avons pas vraiment travaillé pour développer cette partie du monde. En revanche, nous sommes très impliqués en Asie, que ce soit en Chine ou en Asie centrale, et beaucoup également en Europe centrale, ainsi que sur le pourtour de la méditerranée.

La nature des appels d'offres auxquels vous répondez a t-elle beaucoup changé en 20 ans ?

Oui, incontestablement. Avec notre antériorité, nous pouvons bien cerner l'évolution des problématiques ou des inquiétudes des bailleurs de fonds. Depuis quelques années, il y a beaucoup de sujets qui tournent autour du climat. Un thème comme la prison et le système pénitentiaire entre également dans la gouvernance depuis une dizaine d'années seulement. Le thème de la pauvreté prend aussi plus de poids au fil du temps et nous le traitons différemment depuis quelques années. Aujourd'hui, sa gestion est plus abordée sous l'angle du commerce, du business, en partant du principe qu'il faut développer le micro-crédit, développer des PME et exporter pour lutter contre la pauvreté. A l'inverse, l'agriculture, l'eau, l'éducation… étaient des thèmes très forts hier et sont moins dominants aujourd'hui. Ils sont toujours là, bien entendu, mais les thèmes plus transversaux prennent de l'importance.

Ses dates clés

1998 : Structuration de DMI Associates

1997 : Création de DMI Associates

1987 : Entre aux Nations-Unies comme conseiller à la section des renseignements commerciaux à Genève

1952 : Naissance à Toulon




Jacques DONNAY
Journaliste

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