AccueilFrançois Coutard : "Un champ important des possibles s'ouvre à nous"

François Coutard : "Un champ important des possibles s'ouvre à nous"

Pour François Coutard, président de l'ACE-Lyon le challenge du numérique doit s'appréhender comme une opportunité et non comme une contrainte.
François Coutard :
François Coutard, président de l'ACE Lyon

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Ce congrès s'inscrit-il dans un contexte particulier ?

Oui et non. Non parce que chaque année nous nous retrouvons en congrès pour travailler sur une problématique qui concerne notre profession, et plus spécifiquement les activités des avocats conseils. Et oui, car pour autant, on ne peut pas exclure une actualité de la profession que l'on connaît tous, avec l'évolution de l'organisation juridictionnelle et des procédures ou avec des sujets sensibles comme celui des retraites. Et ce, dans un monde qui change à la vitesse grand V avec les effets de la digitalisation qui impacte les citoyens et le monde du Droit.

Quelle est la place de l'avocat-conseil au sein de la profession ?

Nous sommes tous des avocats. Il y a bien sûr une spécificité de l'avocat conseil au sens où, majoritairement, il adresse ses compétences aux entreprises qui doivent gérer leur développement, avec l'ensemble des problématiques business qu'elles peuvent connaître dans un contexte de digitalisation.

Nous sommes ainsi poussés à avancer avec ces mutations aussi vite que nos clients sont amenés à les intégrer. D'où « l'Intelligence Avocat », thématique que nous souhaitons développer qui consiste en une compréhension par l'avocat du monde qui l'entoure pour s'adapter à ces enjeux digitaux.

Est-ce à dire que vous aviez du retard par rapport à d'autres professions du droit et du chiffre ?

Certes nous avons connu du retard à l'allumage. Mais je pense que l'ensemble de la profession a intégré aujourd'hui cette dimension car il y a une demande forte de la part de nos clients. On ne fera pas tout à coups de clics puisque la donnée humaine reste prépondérante dans notre profession. Je pense à la confidentialité des échanges et à des éléments d'ordre personnel que souvent nos clients nous confient. Un dossier ne pourra pas seulement se traiter avec la seule intelligence artificielle. Contrairement à l'intelligence artificielle qui n'invente pas, nous sommes créateurs de solutions pour nos clients. Il y a un premier niveau de services qui doit être pensé par rapport à l'utilisation de ces nouveaux outils. C'est ce que font les legaltechs en offrant un premier portail ouvert à de nombreux services qui nécessitent ensuite un second niveau de traitement plus personnalisé. Nous avons été moins réactifs que certaines autres professions. Je pense aux notaires qui très vite se sont notamment emparés de la signature électronique. Ceci du fait de leur statut d'officier ministériel. Les experts-comptables animés par une gestion des chiffres ont également dû prendre le train de la digitalisation. Mais je pense que l'ensemble des barreaux ainsi que le CNB ont pris aujourd'hui la mesure des enjeux.

Votre avis sur les legaltechs qui échapperaient aux garde-fous que représentent les notions de d'éthique et de transparence associées à votre profession ?

Il faut être vigilant par rapport à ces propositions de services juridiques du fait de leur manque d'encadrement en matière de déontologie, de secret ou de responsabilité professionnelle. L'utilisateur ne possède ainsi pas la garantie de la provenance de la solution proposée ni même du traitement des données qu'il aura fournies.

Le contrepoids exercé sur ces sujets par des structures « legaltechs » portées par des avocats et soutenues par les incubateurs des barreaux me paraît alors pertinent car on allie deux sujets : la modernisation de l'accès au droit et de l'outil mis à disposition, avec la dynamique de notre profession qui propose des services d'une très grande qualité en matière de prestation juridique.

De nos jours, garantir à nos interlocuteurs le secret des échanges et l'expertise qui accompagnera nos interventions ce, en toute sécurité, est extrêmement moderne à une époque où justement on se bat contre une tendance de diffusion tous azimuts (et donc dangereuse) de l'information.

Un message en particulier que vous voudriez passer ?

Ce que nous avons souhaité, en lien avec la présidente nationale de l'ACE, c'est d'être en phase avec le quotidien et la pratique de notre métier. Outre national, nous avons aussi voulu un congrès lyonnais, et je remercie d'ailleurs au passage le barreau de Lyon pour son soutien. L'objectif est que nos confrères puissent repartir avec des outils pratiques et facilement utilisables. Notre message est clair : il faut lutter contre le sentiment d'inquiétude intergénérationnel qui se diffuse au sein de la profession. Notre profession a un avenir qu'il faut construire et qui deviendra ce que nous aurons bien voulu en faire. Un champ important des possibles s'ouvre à nous.

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