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Franck-Emmannuel Comte (Concert de l'Hostel Dieu), de Jordi Savall à Mourad Merzouki

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Franck-Emmannuel Comte (Concert de l'Hostel Dieu), de Jordi Savall à Mourad Merzouki

Où l'on rappelle, avec Franck-Emmanuel Comte, directeur artistique du Concert de l'Hostel Dieu, que Lyon fut, au XVIIè siècle, un centre important de la musique baroque venue d'Italie, et singulièrement de Rome, par ses relations privilégiés avec la cité du Primat des Gaules. Le mouvement baroque né en Italie est très lié à la Contre-Réforme, c'est pourquoi il a longtemps eu du mal à trouver un public en Europe du Nord, de tradition protestante. Aujourd'hui, Le Concert de l'Hostel Dieu se développe à l'international et beaucoup en Europe du Nord. En 2019, il multiplie par 3 ou 4 le nombre de ses concerts hors de France. Entretien.

Franck-Emmanuel, vous étiez à l'origine de la formation du Concert de l'Hostel Dieu il y a plus de 25 ans, aviez-vous déjà cette ouverture sur les autres musiques, sur les autres disciplines comme la danse ?

Non au début, pendant 10 ans, je n'ai fait que du baroque. Cette envie d'ouvrir, je l'avais en moi, le déclic est venu de la rencontre avec Jordi Savall. C'est en voyant et en écoutant cet artiste que j'ai compris que les musiques anciennes avaient cette capacité à créer des ponts. Auparavant mes modèles étaient des gens plus purement dans le baroque comme William Christie.

C'est intrinsèque aux musiques anciennes et cela permet de les faire connaître à d'autres publics ?

Je pense qu'en ouvrant, on peut faire partager à un cercle plus large.

C'est votre but premier ?

Le brut premier c'est de suivre l'intuition que j'ai que les XVIIè et XVIIIè siècles sont plus ouverts que notre siècle. C'est une réalisation personnelle et collective de cette intuition et enfin, partager avec un plus large public. Il y a un côté évangélisateur à aller initier des publics éloignés de la musique ancienne, voire même du classique. On ne peut pas dire que nos abonnements ont été multipliés par deux, mais on a planté la petite graine, et les gens éloignés de notre musique, vont retenir qu'il y avait du baroque sur Folia par exemple.

C'est pourquoi vous avez joué Folia avec le chorégraphe Mourad Merzouki ?

C'est typique de cette ouverture. Notre répertoire est déjà métissé, avec des musiques populaires, des tarentelles, des musiques sud-américaines…Avec la danse on touche le public de ma danse, du hip-hop, et de plus dans un lieu comme Fourvière, où l'on touche un public de festival extrêmement large. Pour moi, Folia, c'est le spectacle qui ferme notre saison des 25 ans, c'est la quintessence de ce que l'on a pu faire. Le disque de Folia va sortir dans 5 ou 6 semaines, et le spectacle va tourner en France et en Europe.

Comment s'est fait la rencontre avec Mourad Merzouki ?

Avec Mourad, on avait fait il y a trois ans Seven Steps, un spectacle plus modeste. On avait tous les deux l'idée de sortir de nos disciplines respectives. Nous avons été présentés par l'intermédiaire de notre administrateur il y a quatre ou cinq ans.

D'autres projets de cet acabit ?

Un projet d'ouverture interdisciplinaire est en cours avec le Japon autour du théâtre Nô.

La musique ancienne, et baroque, marche plutôt bien, en quoi parle-t-elle à notre époque ?

J'y vois trois éléments, sur lesquels j'essaie de « capitaliser ». C'est une musique sprituelle, patrimoniale, qui ajoute de l'expressivité et du mystère à la foi, c'est aussi une musique souvent connectée à la danse, moins intellectuelle que la musique de la fin du XVIII et du XIX è, qui est très « pure » centrée sur la musique elle-même. Elle a aussi une forme très mélodique qu'on va mémoriser, 80 % des musiques choisies pour les spots publicitaires télévisées, sont des musiques baroques, qui vont interpeller notre mémoire, notre patrimoine, qui auront une forme d'expressivité, de sensualité. En cinq ans, j'ai vu trois marques de saucisson utiliser la musique de Purcell (Cold Song). Pareil pour le camembert, ou le jambon d'Aoste. La musique classique est plus conceptuelle et intellectuelle .

Vous avez débuté en 1992 avec la formation, d'où vient-elle, quel est votre relation hier et aujourd'hui avec l'édifice Hôtel Dieu, qui retrouve une seconde jeunesse ?

Nous sommes un des éléments de l'Hôtel Dieu d'aujourd'hui qui est devenu un vaste complexe, nous y jouons, surtout à la chapelle, qui reste propriété des hospices civils de Lyon. Avant nous, il n'y a jamais eu à proprement parler de formation musicale attachée à l'Hôtel-Dieu, même à l'époque baroque. Il y a eu des cours de musique qui étaient dispensés aux orphelins, au sein de l'institution voisine de l'hôpital de la charité, qui a été rasée. Il y a eu des gens célèbre, comme Monsieur de Sainte-Colombe (l'un des personnages principaux du film Tous les matins du monde ), qui donnait des cours de viole de gambe, aux orphelins. Il y a une tradition culturelle médecine-charité-culture, c'était lié à l'époque.

Nous sommes nés à l'Hôtel Dieu, c'est une association de médecins, dont le président, le professeur Robert, l'un des pères de la génétique française, qui était mélomane, et m'a dit alors que j'étais étudiant au CNSM : "Viens donc faire de la musique avec tes copains". Pendant deux ans, on a été porté par l'association des médecins de l'Hôtel Dieu.

Pour faire le lien avec l'histoire, vous allez exhumer des musiques anciennes et fouiner au fonds des archives anciennes de la ville de Lyon ?

Nous avons cette activité d'aller chercher d'anciens manuscrits, principalement à la bibliothèque de Lyon, l'une des plus riches en manuscrits italiens. Cette richesse de Lyon en traces de l'époque baroque est issue de ses relations avec la ville de Rome plus qu'avec l'Italie dans son ensemble. Ce sont principalement des musiciens romains, dont les partitions ont été rapportées par les jésuites. En novembre, à l'Hôtel Dieu, nous jouons un Stabat Matter, conservé à la bibliothèque de Lyon. On édite un disque du Stabat Matter de Pergolese à partir du manuscrit lyonnais, une version à cinq voix au lieu d'être à deux voix. Cette partition-là est un arrangement fait par Lyonnais aux alentours de 1740. Stabat Matter (NDLR : la mère se tenait debout) était un tube dans toute l'Europe. A l'époque, c'était l'essor des académies à Lyon, et de différentes institutions musicales. La partition a été conservée précieusement par l'Académie des beaux-arts, qui à l'époque ne faisait principalement que de la musique, c'est un peu l'ancêtre d'une grande institution lyonnaise comme l'orchestre national de Lyon. Nous puisons souvent dans le fonds de cette académie des Beaux Arts, où nous trouvons de la musique française et de la musique italienne.

A voir sur la chaine you tube du concert de l'Hostel Dieu

Lyon avait donc une activité musicale si développée ?

Oui, beaucoup d'académies au XVIIé, de la musique privée, un opéra, des salles de musique, assez peu dans les églises …Il y a eu jusqu'à 2000 musiciens italiens à la fin du XVIIè siècle à Lyon, des violonistes, des clavecinistes, des maîtres à danser. Les trois quarts des partitions sont italiennes, c'est intéressant, car on voit que Lyon politiquement tourne le dos à Versailles. Il y a eu une spécificité italienne à Lyon. Beaucoup de partitions ont été brûlées et perdues à la Révolution. C'est pour nous un travail de restitution, d'interprétation.

Vous travaillez avec les mêmes musiciens depuis longtemps ?

Au fil du temps, un noyau dur d'une vingtaine d'artistes s'est installé, et nous travaillons avec de nombreuses collaborations ponctuelles invitées. Nous signons environ 1000 contrats d'artistes en moyenne chaque année. A l'international, j'essaie de former un groupe d'une quinzaine. Nous irons deux fois à Londres cette saison. Le Concert de l'Hostel Dieu est aujourd'hui une formation de type orchestre de chambre. Nous avons énormément de nationalités de musiciens venus à Lyon pour leurs études, et nous contribuons à les faire rester, qu'ils soient japonais, cubain, brésilien, canadien…

Quels sont vos budgets, et financements, quelle est la conjoncture ?

On a toujours été assez peu subventionné, conventionné ville et région, représentant 10% des recettes, nous avons 10% de mécénat (nous allons signer un partenariat avec la caisse d'Epargne), 10% de recettes de billeterie lyonnaise, le reste en vente de concerts hors Lyon. Nous avons un modèle économique assez agile en autofinancement à 80%, avec un budget moyen de 500 000 €.

Nous avons aussi nos donateurs qui sont modestes (environ 100 € par personne). Nous nous en sortons bien, mais depuis 7 ou 8 ans, nous enregistrons une baisse des prix imposées par nos clients. La crise est passée par-là mais, de plus, la multiplication des ensembles de musique baroque est très nette.

La concurrence est rude. Le nombre des festivals est constant (environ 400) mais ils ont de moins en moins d'argent. Par ailleurs, il y a un goût pour la musique baroque et les conservatoires forment de bons musiciens. C'est plus facile pour moi de recruter qu'il y a vingt ans, mais ces musiciens créent aussi des ensembles à leur tour.

Il y a eu un effet « Tous les matins du monde » ?

Oui, bien sûr, c'était fantastique mais c'est ancien maintenant. Le baroque est à peu près bien identifié aujourd'hui.

On ne vous voit plus au festival d'Ambronay ?

C'est vrai, mais nous sommes déjà très présents dans la région. Ambronay promeut peut-être des formations qu'on n'a pas l'habitude d'entendre. Nous avons environ 60 concerts par an dans 40 festivals différents, dont une douzaine de dates à Lyon. L'international se développe beaucoup pour nous. En 2019, on a déjà 13 concerts programmés (Londres, Allemagne, Belgique, Japon, Singapour, Macao…) contre 5 ou 6 en 2018. On travaille avec des agents internationaux depuis un an.

Les lieux baroques à Lyon ?

Il y a quatre chapelles et églises : Saint-Bruno, la chapelle de l'Hôtel Dieu (pour laquelle nous contribuons à la rénovation avec les Hospices civils), la Chapelle de la Trinité, et l'église Saint-Just. La Trinité est la plus grande, avec 480 places. L'acoustique du Temple Lanterne est très bien, on y a enregistré notre dernier disque.

A voir, entre autres, sur la chaine you tube du Concert de l'Hostel Dieu




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