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Fabrice Bruyère(Petits frères des Pauvres):« Ne pas s'arrêter d'agir et d'informer sur l'isolement »

le - - Grand témoin

Fabrice Bruyère(Petits frères des Pauvres):« Ne pas s'arrêter d'agir et d'informer sur l'isolement »

A 18 ans, il prend conscience de la réalité du monde bénévole et de l'engagement citoyen qui l'entourent. C'est par l'aide aux devoirs que Fabrice Bruyère s'immerge dans la vie associative avant de gérer un centre social pendant plus de vingt ans. Il découvre ensuite la fraternité des petits frères des Pauvres en 2009, dont la vocation est de lutter contre l'isolement des personnes de plus de 50 ans. Animé par un militantisme social à toute épreuve, le nouveau directeur régional de l'association, créée en 1953 à Lyon, a succédé en février à Pascal Isoard-Thomas, nommé à la métropole de Lyon en tant que conseiller à la solidarité… Au coeur d'un dispositif social très maillé, la fraternité agit à l'échelon de la région, et peut compter sur la motivation et l'engagement de ses bénévoles et salariés, afin que les plus isolés et démunis puissent retrouver leur place naturelle de citoyens.

Quel est l'objet de la fraternité des petits frères des Pauvres ?

Nous avons gardé nos fondamentaux citoyens avec l'idée d'accompagner les personnes les plus isolées, de plus de 50 ans, principalement les personnes âgées ; en forte précarité qui connaissent des problématiques multiples inhérentes à leur situation, de solitude. Quand on est précaire, les problèmes financiers et de santé sont légion. L'objectif est de rompre donc avec cette solitude. Nous mettons en lien des citoyens qui s'engagent bénévolement pour rendre visite à ces personnes là.

Au-delà, ces bénévoles sont en capacité de créer des projets en lien avec les besoins des personnes. Certaines d'entre elles sont ainsi tellement isolées qu'elles ne parviennent plus à sortir de leur domicile. L'ambition est qu'elles retissent du lien avec le quartier et les différentes structures qui les composent : associations, habitants…

Ce projet se discute ensemble, sur le rythme des visites et des activités que ces personnes souhaitent réaliser. Il y a une grande liberté autour l'accompagnement au sein duquel le bénévole est un point d'ancrage.

Dans ce maillage solidaire, entre les services sociaux et les élus, comment s'intègre votre mission, êtes-vous entendus ?

L'association reste ouverte aux partenariats car la personne âgée ne nous appartient pas. C'est un citoyen comme les autres qui vit dans un quartier. En cela, elle a accès à ce que l'on nomme « le droit commun » et c'est pour cela que nous travaillons avec les associations, les élus et les autres institutions. Ensuite, il y a des partenariats plus opérationnels, je pense aux diverses aides à domicile (santé), matérielles ou associatives.

Quid des partenaires financiers ?

Nous bénéficions de dons et legs car nous sommes une association reconnue d'utilité publique. Mais nous sommes également en lien avec des partenaires comme la métropole de Lyon, la Carsat, la municipalité ou la Région, qui nous soutiennent dans nos actions. On se diversifie par ailleurs par le biais de conventions avec certaines mutuelles et des fondations en fonction des projets.

Est-ce un parcours du combattant ?

Depuis ces dix dernières années, l'association a eu à coeur de travailler avec des partenaires financiers. Nous sommes aujourd'hui reconnus pour nos actions et pour notre spécificité auprès de ces personnes en difficulté. C'est un dialogue permanent plutôt qu'un parcours du combattant car les besoins évoluent.

Nous avons aussi la chance de travailler à l'échelon régional et que les partenaires se parlent entre eux, ce qui peut nous servir d'appui pour un rayonnement plus large. Nous devons rester vigilents dans le maintien d'un dialogue avec ces partenaires et faire remonter les réalités et les difficultés que vivent les personnes que nous accompagnons.

Nous avons ce rôle là de témoin et de relais et d'appui.

Quel est votre budget de fonctionnement ?

Nous avons un budget de 1,5 M€ pour la structure régionale. Principalement issu des dons et legs donc (80 %) puis des collectivités (Région, métropole et ville de Lyon). Nous participons également à des conférences de financeurs dans plusieurs départements.

Comment s'organise la fraternité en France ?

Il y a une strate nationale et régionale. Les deux niveaux sont indépendants dans le sens où chaque structure locale définit ses propres projets de territoires, même, si, bien entendu, l'échelon national guide nos entités.

Qui sont ces personnes de plus de 50 ans que vous accompagnez ?

Nous constatons sur les cinq dernières années, une précarisation importante des personnes, notamment par rapport aux petites retraites et par des parcours de vie plus complexes, précisément dans le cadre de séparations. Les problèmes se surajoutent à d'autres en cascade et tout peut aller très vite. En cela, le public 50-65 ans est beaucoup plus présent qu'avant. Cela questionne beaucoup et dans le contexte incertain de l'évolution des retraites, je crois que le phénomène va malheureusement s'amplifier dans les 15 à 20 années à venir.

L'utilité de votre association peut-elle être remise en question par une mauvaise perception de certaines personnes pour qui la notion d'isolement n'est pas forcément répandue ?

L'association agit sur deux axes, celui d'engager les citoyens pour être au coeur de la lutte contre l'isolement mais aussi de sensibiliser plus largement la société face à cette réalité. Toute association a son importance. On ne peut pas agir seul, on est forcément plus forts ensemble. Il faut être multiple car les gens sont multiples. Ils ont des besoins différents et peut-être ne trouveront-ils pas les réponses qu'ils souhaitent chez nous. L'intérêt est donc d'être plusieurs acteurs, et surtout de se concerter pour que nous actions soient les plus pertinentes possibles.

Quelle est la force de l'association ?

Dans notre fonctionnement, les salariés de l'association agissent en soutien de nos bénévoles, quelle que soit notre fonction. Sur la région, nous sommes 35 salariés et 1200 bénévoles pour

tout autant de personnes suivies. La structuration est telle que les bénévoles sont force de proposition. Toutes les complémentarités sont nécessaires pour faire fonctionner l'association.

Votre prédécesseur, Pascal Isoard-Thomas a intégré la métropole de Lyon en tant conseiller technique en charge de la solidarité auprès de David Kimelfeld. C'est plutôt un bon signe de reconnaissance ?

Absolument. La Métropole inclusive souhaitée par l'exécutif nous rassemble forcément. Cet été, nous nous sommes mobilisés ensemble durant la période de la canicule. Ces étés très chauds qui se rallongent posent un vrai problème d'année en année. La métropole avance également sur des actions collectives en matière d'isolement, il y a donc des points de convergence qui confirment qu'il y a du lien et du sens à travailler ensemble.

Y-a-t-il nécessité à coordonner les différents fichiers « sociaux » pour un meilleur recensement et ciblage des personnes en difficulté ?

Nous avons chacun, association et services sociaux des informations. Il faut trouver de moyen d'être encore plus complémentaires en avançant intelligemment. C'est une vraie volonté de part et d'autre.

Est-ce facile de briser l'isolement avec des personnes qui ont le sentiment que nul ne pourra les aider ?

Parfois, des personnes sont tellement isolées et ont tellement peu confiance en elles que c'est compliqué de recevoir l'autre. Dans ce cas-ci, notre action se déroule dans un temps long. Le plus difficile est de déceler ce que je nomme « les invisibles », c'est à dire ces personnes qui ne parlent à personne, qui souffrent en silence et qui ne se plaignent pas. Souvent c'est compliqué d'agir seul et qu'il faut se faire accompagner par d'autres structures. Je pense aux centres sociaux dans les quartiers et plus largement l'ensemble du réseau associatif. Nous avons donc tout intérêt à nous connaître pour donner un sens à cette lutte contre l'isolement.

Quand j'ai débuté chez les Petits Frères des Pauvres, j'ai rencontré une personne isolée à qui j'ai dit « Bonjour Madame ». Elle m'a demandé de l'appeler « Marguerite » car elle n'entendait jamais son prénom. Cette dame n'avait plus aucun lien amical ni familial.

Cette présence de terrain qui caractérise votre association est-elle de nature à accroître le nombre de vos structures dans les territoires et quartiers ?

Dans l'existant, il faut densifier l'expertise de nos équipes et de nos accompagnements. Le maillage ne peut pas s'arrêter sur un chiffre précis de structures. Le développement est continu mais avec le souci de préserver notre maillage de base.

Des projets, une nouvelle dynamique ?

Notre priorité est aujourd'hui de sensibiliser les populations jeunes à nos actions. Ce sont des citoyens qui auront la possibilité d'agir dans le futur et il me semble important de les initier très tôt dans leur vie. Nous voulons nous associer avec des associations type éducation populaire car nous devons agir ensemble dans certains quartiers, notamment ceux sensibles. Que ce soit en ville comme à la campagne. Renforcer la communication, les témoignages, les alertes sont des actions qu'il faut multiplier au sein de ces territoires.

Votre vision sur le particularisme lyonnais en matière de solidarité ?

Lyon est portée effectivement depuis de très nombreuses années par l'engagement citoyen. Après, je reste impressionné de la mobilisation au sein même de notre propre structure : près de 11 000 bénévoles sur toute la France. Les gens s'engagent, il y a une volonté d'agir plus globalement en France.

Est-ce difficile de mobiliser les bénévoles ?

Ils répondent présent mais l'engagement se fait moins sur la durée comme il y a une vingtaine d'année. C'est plus ponctuel mais ce n'est pas forcément négatif. L'intérêt de l'association est de permettre d'agir justement. Et d'ailleurs, c'est plutôt à nous de nous adapter à ces nouvelles formes d'engagements.

Nous ne sommes pas sur un contrat écrit d'engagement, la relation fraternelle se construit plutôt entre la personne âgée et le bénévole.

Votre combat au quotidien, peut-il générer certaines frustrations voire de la colère par certains immobilismes citoyens et institutionnels ?

Je suis complètement optimiste et justement ces barrières, ces difficultés de la vie qu'il ne faut pas nier, me donnent envie d'être militant davantage et cela fait sens. Il ne faut pas s'arrêter d'alerter et de témoigner, de relayer. C'est à travers ces notions que l'on s'engage, que l'on soit bénévole ou salarié dans une association.

Un dialogue constructif est beaucoup plus bénéfique qu'une relation de violence ou de crispation, qui peut-être certes efficace dans l'immédiateté mais qui ne fonctionnera pas sur la durée. En tant que militant, on doit démontrer, affirmer la problématique pour que l'autre soit sensibilisé.




Julien THIBERT
Journaliste

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